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Depuis le 17 mars dernier, les Français sont contraints de rester confinés pour lutter contre la propagation de l’épidémie de coronavirus. Chacun doit donc rester enfermé chez soi, et ce, majoritairement en famille. Si les femmes sont davantage victimes de violences conjugales en cette période de confinement, les enfants maltraités par leurs parents sont eux aussi des victimes, bien trop silencieuses, de ce confinement.

Un risque plus élevé de violence en raison du confinement

En cette période de confinement, les enfants maltraités et victimes de violences parentales n’ont plus d’échappatoires. « Ces enfants n’ont pas de respiration à l’extérieur. Cette promiscuité dans la durée leur fait courir un risque très important« , s’inquiète Fabienne Quiriau, directrice générale de la CNAPE, fédération nationale des associations de la protection de l’enfance.

« D’un point de vue juridique, la famille a des droits très élargis sur l’enfant. Ce qui permet d’atténuer la domination des parents ce sont les différentes sphères dans lesquelles l’enfant peut évoluer. L’école en est une. Plus on multiplie ces sphères de vie, plus on lui offre la possibilité de demander de l’aide à d’autres adultes… Le confinement restreint toute la vie de l’enfant à la sphère familiale« , rapporte également Tal Piterbraut-Merx, chercheuse en philosophie étudiant les rapports de domination intrafamiliaux.

« La violence ne peut aller que crescendo. Habituellement, quand on sent que la situation est explosive au sein d’une famille, on décide d’organiser une sortie pour les enfants, une journée de pêche, un pique-nique… En parallèle, on discute avec les parents« , ajoute à son tour Didier Comte, directeur général de l’Association départementale de la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence du Puy-de-Dôme. Néanmoins, en raison du confinement, il n’y a plus autant d’occasions pour décompresser.

Par ailleurs, le 29 mars dernier, un enfant de 6 ans est décédé sous les coups de son père. Le coronavirus ne tue donc pas que les malades mais également les enfants victimes de maltraitance et de violence. Malheureusement, ces enfants demeurent bien trop dans le silence. « J’ai peur, je dors la porte fermée à double tour (…) Ma mère a même tenté de me tuer à l’arme blanche lorsque j’étais adolescente. Alors je me demande ce qui pourrait arriver avec ce confinement. Depuis quelques jours, je ne descends plus au salon et je saute des repas pour éviter de la croiser. Mon frère, qui a 9 ans, fait la même chose. Je n’ose même plus aller aux toilettes…« , a témoigné auprès de Slate une jeune femme de 18 ans, victime de violences physiques et psychologiques de la part de sa mère lorsqu’elle était plus jeune et actuellement confinée avec sa mère et son beau-père.

« Mes parents me traitent depuis toujours d’incapable, de « sous-merde »… Depuis quelques jours, leurs paroles deviennent de plus en plus violentes. Pour le moment, ils ne m’ont jamais frappée. Mais mon père avoue désormais qu’il en a envie. J’ai vraiment peur« , témoigne à son tour une autre jeune femme âgée, quant à elle, de 16 ans.

« Je crains un passage à l’acte car il n’y a plus de soupape de décompression comme peuvent l’être les sorties, les amis, le sport« , s’inquiète également Marie Danet, psychologue participant à une étude sur les conséquences du confinement sur le développement socio-émotionnel des enfants. « Dans certaines familles qui ne présentent aucun risque de violence, des comportements maltraitants peuvent apparaître à cause du confinement« , ajoute Martine Brousse, présidente de l’association La Voix de l’enfant.

Le confinement « est un moment de remontée d’angoisses, y compris de souvenirs traumatiques »

« Le plus difficile est de ne pas pouvoir fuir mes parents qui me maltraitent psychologiquement, en me rabaissant et m’humiliant constamment. Ils m’ont toujours fait comprendre que je n’étais pas désirée. J’ai fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, pour anorexie ou tentative de suicide. J’étais bien là-bas, sans eux. Avec le confinement c’est pire que tout, être bloquée avec mes parents 24 heures sur 24. Ne pas voir mon copain. Ils me privent de téléphone, d’ordinateur. J’ai de la haine envers eux. Il y a deux jours, j’ai eu envie de me scarifier. Je ne supporte plus cette atmosphère. Le confinement fait resurgir des idées noires… », témoigne une autre jeune femme de 16 ans. Ce témoignage poignant n’est pas étonnant selon Tal Piterbraut-Merx, qui explique d’ailleurs que « c’est un moment de remontée d’angoisses, y compris de souvenirs traumatiques« .

Les violences psychologiques envers les enfants sont donc également très importantes. Nombreux sont ceux qui sont victimes d’humiliations quotidiennes. « Tu vas redoubler ; tu es grosse ; pourquoi tu ne fais pas du sport ; tu as vu ton ventre« , entend par exemple une jeune femme de 16 ans, victime de violences physiques et sexuelles.

« Si habituellement, il y a déjà un contrôle strict et angoissant de l’alimentation et du poids des jeunes filles avec une tendance au dénigrement de la part de certains parents, en période de confinement, alors que les repas rythment plus que jamais les journées, la crainte liée à l’impossibilité de se dépenser exacerbe ces comportements« , rapporte Marie Danet. Ces dénigrements peuvent notamment provoquer des troubles psychologiques, tels que la dépression et la perte de confiance en soi.

Des efforts maintenus pour lutter contre cette vague de violence

Depuis que le confinement a été imposé en France, les experts pour la protection de l’enfance maintiennent leurs efforts pour lutter contre cette vague de violence. Le 119, numéro d’appel d’urgence de l’enfance en danger, est joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. « Il y a eu un branle-bas de combat pour nous réorganiser. Les appels sont redirigés directement vers le domicile de nos psychologues, travailleurs sociaux et juristes« , explique Nora Darani, responsable de la communication du GIP Enfance en Danger. Si davantage d’appels n’ont pas été reçus depuis le début du confinement, le nombre d’appels de la part de voisins ou proches au sujet « d’informations préoccupantes » a augmenté.

Par ailleurs, le 30 mars dernier, Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la Protection de l’enfance, a lancé une campagne de prévention contre les violences faites aux enfants. Dans une courte vidéo, il est rappelé que « chaque jour, des milliers d’enfants sont maltraités par leurs proches, que ce soit des violences physiques, psychologiques ou sexuelles« . Cette vidéo rappelle également que les victimes et les personnes qui soupçonnent tout type de violence ont la possibilité de contacter le 119. « Quand on a un doute, il faut agir au risque de se tromper. Quand on ne se trompe pas, c’est souvent la vie d’un enfant que l’on sauve« , explique le secrétaire d’État.

Adrien Taquet a également rapporté qu’un formulaire en ligne est mis en place pour éviter aux plus jeunes d’avoir à téléphoner alors qu’ils sont confinés avec leurs parents. Les victimes de violences conjugales et de maltraitance infantile ont aussi la possibilité de donner l’alerte en pharmacie.

« Nous comptons sur la solidarité de tous, les voisins, la famille, les amis, pour alerter et sauver les enfants en détresse« , rapporte Isabelle Debré, présidente de l’association L’Enfant bleu. Depuis le 23 mars dernier, cette association a annoncé une augmentation des appels et a rappelé qu’en cas de danger, il est primordial d’appeler le 17.

Les efforts sont d’autant plus maintenus que certains mineurs n’osent pas appeler les services sociaux. « Je n’ose parler à personne de ce que je traverse car j’ai peur que cela se retourne contre moi et que la situation empire. Je ne veux même pas imaginer comment tout cela va finir« , témoigne notamment une des jeunes femmes, âgée de 16 ans.

Par ailleurs, Unicef France et le collectif #NousToutes ont lancé la campagne #EntendonsLeursCris, à destination des enfants victimes ou des témoins de maltraitance infantile. Leur objectif est d’encourager à appeler le 119 si un adulte les maltraite, leur fait peur, les frappe, les insulte ou les touche de manière inappropriée. « Si tu penses qu’on a fait du mal à un autre enfant, appelle le 119« , explique notamment la campagne.

Une aide faite majoritairement à distance

En raison du confinement, les services sociaux sont contraints de travailler à distance et ne peuvent plus effectuer de visites à domicile. « Environ 70 % des déplacements à domicile ont été suspendus« , explique Fabienne Quiriau.

Afin d’aider au mieux ces enfants, les travailleurs sociaux travaillent par visioconférence. « Pour les enfants de moins de 10 ans, c’est difficile. Nous avons besoin d’outils, de jouets, de dessins pour travailler… Pour les plus de 11 ans, cela permet toutefois de les accompagner, les entendre et les réconforter« , rapporte Isabelle Debré. De plus, « on peut avoir du mal à joindre les familles. Il y a parfois des barrières liées à la langue. Le téléphone ou la visioconférence démultiplient ces difficultés et complexifient l’évaluation de la situation dans laquelle se trouve l’enfant« , explique Didier Comte.

Le secteur de la protection de l’enfance manque également cruellement de moyens. « Nous n’avons pas de masques car nous ne sommes pas reconnus comme un domaine d’intervention prioritaire, regrette Fabienne Quiriau. C’est un véritable frein à l’intervention de professionnels à domicile. Nous avons maintenu les visites à minima dans des situations potentiellement dangereuses pour les enfants car la visioconférence ne remplace pas l’efficacité du passage au domicile« , déclare-t-elle. Face à cette situation, elle a d’ailleurs appelé les pouvoirs publics à considérer la protection de l’enfance comme une intervention prioritaire en cette période de confinement.

Des parents qui sont également appelés à prendre contact

Afin d’éviter davantage de maltraitance infantile, les experts de la protection de l’enfance expliquent que les parents peuvent aussi appeler. « Il faut les déculpabiliser. Nous devons les amener à prendre conscience que le confinement est une situation particulière et temporaire. Il faut réussir à réinventer le quotidien et c’est plus ou moins facile en fonction de si l’on habite dans une maison à la campagne ou dans un appartement de 30 mètres carrés. Les familles en difficulté socio-économique risquent d’être encore plus touchées par le risque de maltraitance« , explique Marie Danet.

« Ils doivent savoir que la situation est exceptionnelle. Ils peuvent avoir un moment de colère. Il faut leur dire : ‘Sortez de la pièce, ne giflez pas votre adolescent, ne secouez pas votre bébé, appelez-nous !’« , rapportent également certaines associations telles que La Voix de l’enfant ou encore L’Enfant bleu.

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