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Généralement considérée comme plus respectueuse de l’environnement, la viande biologique a en fait un coût climatique aussi élevé que la viande d’élevage conventionnel, selon cette nouvelle étude allemande.

Une différence minime en matière d’émissions de gaz à effet de serre

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Nature Communications, une équipe de chercheurs allemands a évalué les coûts environnementaux « invisibles » de la production alimentaire, de l’utilisation des terres et des engrais aux émissions de méthane et au transport. Leur analyse portait sur les produits carnés, les produits laitiers et les aliments d’origine végétale, pour lesquels production biologique et conventionnelle ont été comparées.

S’il s’est avéré que la première approche, interdisant l’utilisation d’engrais azotés et minéraux, permettait une réduction des émissions pour les produits laitiers et végétaux, pour la viande, les coûts environnementaux se sont révélés aussi élevés dans les deux cas. Ce qui s’expliquerait pas le fait que le bétail issu de la production biologique a besoin de davantage de terres et présente une « productivité plus faible ».

Les émissions du bétail conventionnel proviennent du fumier et, pour les bovins et les moutons, des rejets de méthane, tandis que les cultures peuvent également participer à ces émissions lorsqu’elles sont liées à la déforestation. Bien que les vaches issues de la production ne mangent pas de fourrage importé et soient nourries à l’herbe, elles grandissent plus lentement, ce qui se traduit par des niveaux d’émissions plus élevés avant l’abattage.

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« Nous nous attendions à ce que l’agriculture biologique obtienne de meilleurs résultats pour les produits d’origine animale mais, bien qu’elle se révèle certainement meilleure que l’agriculture conventionnelle sur d’autres points, en matière d’émissions de gaz à effet de serre, la différence est minime », a déclaré Maximilian Pieper, chercheur principal de l’étude.

Le prix de la viande issue de l’élevage traditionnel très loin de refléter son coût environnemental

Les auteurs de l’étude ont expliqué avoir cherché à rendre le coût environnemental de ces différents produits plus tangible pour le consommateur. Selon leurs calculs, la viande produite de manière conventionnelle devrait être 150 % plus chère qu’aujourd’hui pour tenir compte de son impact environnemental. En comparaison, les aliments produits biologiquement et à base de plantes ne devraient coûter que 6 % de plus. Ce qui sous-entend que le prix de la viande biologique reflète son impact sur l’environnement, tandis que la viande conventionnelle est bon marché car personne ne paie pour les dommages environnementaux qu’elle cause.

La nouvelle recherche est basée sur le principe du « pollueur-payeur », qui suggère que les secteurs polluants devraient prendre en charge le coût des dommages environnementaux causés par leurs activités. Si celui-ci était effectivement appliqué, le prix plus élevé de la viande encouragerait l’abandon des régimes alimentaires à base de viande, plus nocifs pour l’environnement, au profit de régimes plus écologiques et riches en produits d’origine végétale.

Bien sûr, tout n’est pas si simple. L’augmentation du prix des légumes et des fruits rendrait une alimentation plus saine inabordable pour de nombreuses personnes, tandis qu’une hausse drastique de celui de la viande rouge et des produits laitiers, directement liés à un risque accru de cancer mais constituant des sources d’alimentation essentielles pour beaucoup, s’avérerait également problématique. Pour éviter cela, les chercheurs ont suggéré d’utiliser les subventions gouvernementales et les mesures de compensation sociale comme alternatives à une taxe environnementale supplémentaire.

Des changements raisonnés auraient d’importantes retombées positives

Selon l’équipe, appliqués de façon raisonnée, de tels changements auraient des retombées positives, avec une réduction de la consommation de viande, induisant une diminution des terres consacrées à l’élevage, qui pourraient être rendues à la nature. Ce qui contribuerait à la restauration des écosystèmes dans le monde entier.

« Les implications politiques sont claires : l’application d’un prix pour les émissions dans tous les secteurs de l’économie, y compris l’agriculture, constituerait une incitation cohérente et bien nécessaire à l’évolution vers des régimes alimentaires plus sains et plus durables », a estimé Marco Springmann de l’université d’Oxford, qui n’a pas participé à l’étude.

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