Sous-estimés, les pigeons sont pourtant plus performants que les humains pour multiplier les tâches

Qui l’eût cru ? Les humains et les primates ne sont pas les seuls êtres vivants à pouvoir être multitâches et jongler entre différentes activités. Il se trouve que les pigeons le font également. Mieux encore : ils sont même plus efficaces que nous !

Les pigeons sont loin d’être stupides

Parue en septembre dernier dans la revue scientifique Current Biology, une étude vient de mettre à mal quelques idées reçues sur les pigeons. Plutôt considérés comme des piafs sans intelligence, ces oiseaux ont tout de même des capacités cognitives étonnantes, qui rivalisent avec les nôtres.

« Les scientifiques ont longtemps cru que le cortex cérébral des mammifères étaient la cause anatomique des capacités cognitives« , explique Sara Letzner, de l’Université de la Ruhr à Bochum, en Allemagne. Or une telle structure, aussi appelée néocortex, n’existe pas dans le cerveau des oiseaux. « Ce qui signifie que la structure du cortex des mammifères n’est pas déterminante pour les fonctions cognitives complexes telles que le multitâche« .

Plus rapides que nous de 250 millisecondes

Pour les besoins de l’étude, Sara Letzner et ses collègues ont réalisé une expérience durant laquelle ils ont demandé à quinze personnes ainsi qu’à douze pigeons d’effectuer une tâche quelconque. Il leur a ensuite été demandé d’en effectuer une autre le plus rapidement possible après un signal de départ sous deux conditions différentes. Pour la première, la permutation vers la seconde tâche s’effectuait au moment même où on signalait l’arrêt de l’activité principale. Dans l’autre condition, la seconde tâche débutait 300 millisecondes après la fin de la première.

Dans le premier cas, les scientifiques ont pu observer un réel acte de multitâche dans le sens où les deux processus ont eu lieu simultanément dans le cerveau : l’arrêt de la première tâche et la permutation vers la seconde. Les chercheurs n’ont pas observé de différence de délai dans la réaction des humains et des pigeons. Les deux espèces réagissaient et ralentissaient de la même façon sous l’effet du stress.

En revanche, dans le second cas, le cerveau opère différemment. Les deux processus que celui-ci effectue, à savoir le fait d’arrêter la première tâche et de passer à la seconde, alternent d’une façon un peu similaire à un match de tennis. Cela se traduit dans le cerveau par le fait que les signaux envoyés par les neurones contrôlant ces processus font continuellement la navette.
C’est là que les pigeons ont un avantage puisque dans ce cas précis, les oiseaux étaient plus rapiques que les humains de 250 millisecondes.

Densité de neurones supérieure

Alors comment expliquer cette différence ?  » Les chercheurs dans le domaine de la neuroscience cognitive se sont depuis longtemps demandés comment il était possible que certains oiseaux, comme les corbeaux ou les perroquets, soient suffisamment intelligents pour rivaliser avec les chimpanzés en termes de capacités cognitives, et ce, malgré leur petit cerveau et l’absence de néocortex. « , raconte Sara Letzner.

Même si le cerveau des oiseaux est beaucoup plus petit que celui des humains et d’autres mammifères, la densité de neurones à l’intérieur y est bien supérieure : les pigeons ont six fois plus de cellules nerveuses dans un millimètre cube que nous humains. Ce qui fait que la distance moyenne entre deux neurones est réduite de moitié chez les pigeons par rapport à celle des neurones d’un être humain.

La vitesse de transmission des signaux entre deux cellules nerveuses étant la même quelle que soit l’espèce, les scientifiques ont alors estimé que l’information est traitée plus rapidement chez les oiseaux que chez les mammifères.


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— @UNICEF_france