Aviez-vous déjà entendu parler de la catastrophe ou de la maladie de Minamata Bay ? Il s’agit d’une intoxication au méthylmercure advenue il y a plusieurs décennies au Japon. Les dérèglements environnementaux actuels pourraient faire ressurgir et s’aggraver la maladie.

Dans les années 1950, habitants et animaux domestiques résidant à Minamata, au Japon, ont commencé à tomber malades, subir des convulsions, voir leurs facultés mentales décroître et mourir. Les médecins s’interrogeaient sur les causes de cet étrange mal qui ravageait la région et causa 1784 morts au fil des ans.

La maladie de Minamata Bay

En réalité, c’est l’industrie chimique Chisso Corporation qui, entre les années 1932 et 1968, a déversé plus de 600 tonnes de mercure dans la baie via ses eaux usées. La maladie de Minamata Bay est une maladie neurologique due à une intoxication au méthylmercure. Ce dernier n’est autre que du mercure ayant subi une méthylation et est donc devenu une forme organique de l’élément, dont l’intoxication entraîne une déficience à long terme du système nerveux central.

Le méthylmercure empoisonne nos aliments, remontant de l’absorption par les plus petits organismes de l’écosystème marin (le plancton) et remontant peu à peu la chaîne alimentaire, des poissons à l’homme. C’est la chercheuse postdoctorale Katlin Bowman, de l’université de Californie à Santa Cruz (UCSC), qui a étudié comment le mercure entrait dans la chaîne alimentaire. Elle a découvert que le méthylmercure était dangereux car il se concentre en remontant la chaîne alimentaire.

Le plastique, véhicule de prédilection du méthylmercure

De plus, les scientifiques ont également découvert que les microplastiques contiennent une quantité non négligeable de méthylmercure.

Abigail Barrows, chercheur en sciences marines au College of The Atlantic, a déclaré dans une étude que « les microplastiques sont définis comme des morceaux de plastique d’une taille inférieure à cinq millimètres. Ils couvrent toute une série de choses. » A rappeler que les microplastiques sont issus des objets en plastique (sacs, bouteilles, ustensiles, etc.) qui se décomposent au fil du temps. Ainsi, les microplastiques peuvent piéger plusieurs particules toxiques.

Selon Bowman, citée par Phys.org, « si les microplastiques augmentent le taux de production de méthylmercure, les microplastiques dans l’environnement pourraient indirectement augmenter la quantité de mercure qui s’accumule dans le poisson ».

Le plastique transporte et propage beaucoup de substances toxiques.

En quoi le méthylmercure est-il si dangereux ?

Le méthylmercure est dangereux sous deux aspects : la bioaccumulation et la bioamplification. La première suggère que le méthylmercure présent chez un poisson ou un autre organisme ne le quitte jamais mais au contraire, s’accumule progressivement. Selon les propos du Dr Nicholas Fisher, professeur distingué à l’université d’Etat de Stony Brook à New York, « plus le poisson vit longtemps, plus il continue de manger du mercure dans son régime alimentaire et ne le perd pas, plus il finit par concentrer de très hauts niveaux de mercure dans ses tissus ».

Et ce n’est pas tout puisque la seconde, la bioamplification, suggère quant à elle que « le méthylmercure se bioamplifie également, ce qui signifie que la concentration est plus élevée chez le prédateur que chez la proie ».

Lors du Mercury Issue Briefing de la Commission européenne de 2012, il a même été révélé que les prédateurs de haut niveau ont plus de 100.000 fois plus de méthylmercure stocké dans leur organisme que dans leur environnement.

Quand l’homme consomme des fruits de mer affectés par le méthylmercure, ce dernier se transmet dans l’organisme humain et cause plusieurs symptômes graves. Dans le cas de la maladie de Minamata, les personnes affectées avaient perdu la capacité de parler, de bouger et même de penser.

Le méthylmercure affecte gravement notre système nerveux.

Que font les gouvernements et organismes pour pallier ce problème ?

Début 2013 se tint la Convention de Minamata sur le mercure, qui devint ensuite un traité international sur l’environnement auquel se joignirent 112 pays. Le traité visait à limiter la production mondiale par le mercure. De même, des organisations gouvernementales et l’Environmental Protection Agency s’engagèrent à limiter la quantité de mercure provenant de sociétés industrielles et déversées dans les océans. Des règlements comme le Clean Water Act et le Safe Water Drinking Act ont également vu le jour depuis les années 1975.

Pourtant, ces efforts demeurent encore insuffisants. Les chercheurs sont clairs : le plastique et le mercure sont des déchets qui affectent directement notre cerveau. Un rapport publié en 2015 par Science montre effectivement que le nombre de plastique polluant nos océans ne cesse de s’accroître chaque année. Si aucune mesure visant à réduire le plastique ou nettoyer les océans n’est prise, la quantité de plastique dans les océans risque de doubler au cours des 20 prochaines années, avertissent les chercheurs.

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