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Ce champignon parasite utilise une stratégie effrayante pour prendre possession des coléoptères

Ce champignon parasite, présent sur de nombreuses plantes d’Amérique du Nord a trouvé un moyen particulièrement efficace pour se démultiplier. Et assez effrayant. Une récente étude se penche sur ses méthodes inhabituelles.

 

Un redoutable chasseur de coléoptères

Eryniopsis lampyridarum est un parasite fongique entomopathogène, c’est-à-dire un champignon qui parasite les insectes. Sa proie favorite : le Chauliognathus pensylvanicusAppelé vulgairement cantharide de Pennsylvanie, il s’agit d’un coléoptère très répandu dans les zones rurales des États-Unis et du Canada. Un sur cinq serait victime du parasite tueur.

Dans un premier temps, le champignon colonise les fleurs dont ces insectes se nourrissent, comme la verge d’or du Canada (solidago canadensis) ou encore de l’aster poilu (Symphyotrichum pilosum). L’insecte se pose sur son repas préféré, il est ensuite infecté par le champignon, paralysé et meurt rapidement. Jusqu’ici tout va bien : la nature est cruelle.

l’Aster poilu, l’une des plantes dont se nourrissent les victimes

Le coléoptère, un hôte temporaire

La particularité de l’action du parasite est encore mal expliquée. Toujours est-il que les cadavres de ses victimes restent accrochées à la plante. Paralysé, ses mandibules se referment sur ce repas empoisonné. Un effet bien particulier et non dénué d’avantages. Car au bout de quelques heures, de 15 à 22 selon les calculs de l’étude, publiée dans la revue Journal of invertebrate, les ailes du coléoptère s’ouvrent toutes grandes, comme si, bien vivant, il s’apprêtait à prendre son envol.

Ce phénomène peut s’expliquer de différentes manières. Le changement de position du cadavre permet d’abord une meilleure exposition des spores. Les chercheurs pensent que le temps de latence n’est donc pas anodin : le timing est parfait et permet aux spores d’être exposés dans les meilleurs conditions pour eux. À l’aube en effet, l’humidité plus importante est favorable à leur survie.

Chauliognathus pensylvanicus

L’hypothèse du zombie

Le rapport émet ensuite une autre hypothèse plus surprenante. Il se pourrait que ce changement de position du coléoptère infecté permettrait d’attirer les mâles. Les ailes déployés correspondent bien à la posture d’une cantharide femelle se lançant dans une parade nuptiale. Celles-ci seraient donc utilisées comme appât pour attirer des mâles, qui seraient à leur tour contaminés. Un moyen intelligent pour notre parasite tueur de se diffuser plus largement possible.

Plusieurs obstacles subsistent encore pour démontrer cette théorie alléchante. D’abord le phénomène constaté n’est pas encore clairement étudié. Les auteurs de l’étude, des scientifiques de l‘Université de l’Arkansas et de Cornell, n’expliquent pas encore les différentes étapes de l’infection, qu’il s’agisse de l’effet sur les mandibules, de la germination des spores sur le cadavre ou de l’étrange posture prise par les victimes. Enfin, comment s’explique la prévalence plus ou moins égale de mâles et de femelles infectés ?

Quoi qu’il en soit, l’hypothèse a de quoi inspirer les auteurs de films d’épouvante. Si l’on parlait d’êtres humains, on aurait bien là un parasite particulièrement effrayant. Une sorte de Maladie Sexuellement Transmissible cachée dans la nourriture, qui transformerait les femmes en de jolies zombies particulièrement entreprenantes.

Chauliognathus pensylvanicus

En Syrie, 1 enfant sur 3 n’a connu que la guerre durant toute sa vie.

— @UNICEF_france