Alors que le ministère de la Santé avait annoncé le 17 avril dernier que le taux de mortalité des patients malades du Covid-19 en réanimation était de 10 %, une récente étude a montré qu’il serait plutôt de l’ordre de 30 à 40 %. Les chiffres de la mortalité en réanimation ont donc été largement sous-estimés.

Un taux de mortalité en réanimation largement sous-estimé

Le 17 avril dernier, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a annoncé à l’occasion d’une conférence de presse, que le taux de mortalité des patients malades du coronavirus en réanimation serait de 10 %. Or, celui-ci serait plutôt de l’ordre de 30 à 40 %, sachant notamment que 4 682 patients atteints étaient en réanimation ce dimanche 26 avril.

Ces nouveaux taux ont été estimés à partir de données récoltées par le Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) dans une étude rapportée par Le Monde. Grâce à cette étude et à partir de 4 000 malades, un groupe d’environ 1 000 patients a été suivi durant vingt-huit jours. Ceux-ci étaient entrés en réanimation avant le 28 mars dernier et ont été suivis jusqu’au 25 avril.

— Daria Serdtseva / Shutterstock.com

« Nous nous dirigeons vers une mortalité qui serait très vraisemblablement entre 30 % et 40 %« 

« Nous nous dirigeons vers une mortalité qui serait très vraisemblablement entre 30 % et 40 %. C’est un chiffre énorme« , a rapporté Matthieu Schmidt, médecin réanimateur à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, coordinateur du REVA. « Il y a encore des données à analyser en provenance de certains centres pour affiner ce chiffre, mais on sera sur cette tendance, représentative de l’ensemble des réanimations de France. On n’a jamais vu de tels taux de mortalité. Avec le H1N1, même avec les formes les plus graves, on était à 25 %« , a également précisé le médecin.

Ce taux de mortalité aussi élevé serait-il donc le signe d’un manque de capacité de la part des services de réanimation français ? « Je ne crois pas. Nous avons certes frôlé la catastrophe, mais nous n’avons pas connu la situation de nos homologues italiens qui devaient intuber dans les couloirs. On n’est pas seulement sur une pneumonie, sur une simple défaillance des organes pulmonaires, mais sur une pathologie grave qui a aussi une grande composante inflammatoire, vasculaire, ou qui peut également atteindre les reins« , a répondu à cette question Matthieu Schmidt. Cette mortalité aussi élevée s’explique donc, selon lui, par la gravité et l’aspect protéiforme du Covid-19.

« A Bicêtre, on est sur une fourchette large de 40 % à 60 % de décès« , a expliqué à son tour au Monde Tai Pham, docteur et médecin réanimateur à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, situé dans le Val-de-Marne. « Pour les SDRA [Syndromes de détresse respiratoire aiguë], on n’est jamais au-dessous de 30 % à l’échelle nationale. On a un taux de décès Covid en réa« , a également rapporté Djillali Annane, professeur et chef du service de réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine, et responsable du Syndicat des réanimateurs. « Ce n’est pas délirant par rapport à ce que l’on voit sur le terrain », a aussi estimé Antoine Kimmoun, docteur et médecin réanimateur au centre hospitalier régional universitaire de Nancy, en Meurthe-et-Moselle.

Des chiffres qui ne « reflètent pas la mortalité définitive« 

« Les chiffres donnés par M. Salomon correspondent à un instant T et ne reflètent pas la mortalité définitive« , a rapporté Antoine Kimmoun. En effet, Jérôme Salomon s’est appuyé sur des données de Santé publique France datant du 16 avril. Selon celles-ci, sur 2 806 patients présents dans les 144 services de réanimation du 16 mars au 12 avril, 291 sont décédés, soit 10,37 %. Néanmoins, seulement 55 % d’entre eux avaient eu recours à une ventilation invasive contre 80 % dans le cadre de l’étude de REVA.

Le Monde a également rapporté que le ministère de la Santé a confirmé les dires de Jérôme Salomon qui s’est appuyé sur « une photographie des données de Santé publique France, et sur le nombre de patients décédés parmi les patients admis en réanimation, soit la mortalité à l’instant T au niveau de l’échantillon de Santé publique France. Les chiffres de M. Salomon correspondent à une fourchette très, très basse, au tout début du pic épidémique et d’entrées en réa, soit la deuxième moitié de mars, avec beaucoup de patients dont on ne connaissait pas alors le devenir. Au tout début de l’épidémie, des cas moins graves, sans grande détresse respiratoire, pouvaient être admis en réa. Le profil des patients a beaucoup évolué depuis mi-mars, cela peut biaiser les chiffres », a expliqué le docteur Pham. Néanmoins, « la déclaration de M. Salomon [est] prématurée, avec une étude qui commence quinze jours avant le début du moment critique« , a estimé Djillali Annane.

« Dix pour cent, c’est complètement hors-sol. On véhicule l’image d’une toute-puissance médicale et hospitalière. On ne peut pas dire : si vous allez en réa, on va vous sauver, ça va aller dans 90 % des cas. On ne peut pas calculer la mortalité sur un lieu et sur une période. Il faut le faire sur les personnes, en prenant le parcours des patients, et voir s’ils sont sortis vivants ou pas et ce qu’ils sont devenus« , a par ailleurs rapporté Yvon Le Flohic, médecin généraliste et chargé du suivi épidémiologique H1N1 en Bretagne en 2009.

« On souhaite avoir des études au long cours, avec un échantillon de patients sur trois, six mois, voire un an« , a également ajouté Tai Pham. « Il faudra aussi connaître le taux de mortalité dans les services de réanimation créés en urgence pour tirer les leçons et anticiper la deuxième vague de l’épidémie« , a expliqué à son tour Djillali Annane. Ainsi, nombreux sont les médecins qui critiquent la méthode qui a été employée.

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