Cyprinodon diabolis
Spécimens mâles de Cyprinodon diabolis — © Olin Feuerbacher / USFWS

Le point d’eau d’une minuscule grotte du désert d’Amargosa, au Nevada, abrite l’ensemble de la population sauvage de Cyprinodon diabolis, vivant isolée de toutes les autres espèces de poissons-pupilles depuis au moins 1 000 ans.

Consanguinité extrême

Cet isolement a eu des conséquences génétiques très graves pour ces petits poissons, dont les génomes se révèlent en moyenne identiques à 58 %. « L’équivalent de cinq à six générations d’unions entre frères et sœurs », a déclaré Christopher Martin, biologiste à l’université de Californie et auteur principal de la nouvelle étude, publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Selon le chercheur, en comparaison, la dynastie des Habsbourg, tristement célèbre pour sa consanguinité, se révélait génétiquement très diversifiée.

Le séquençage du génome de huit poissons-pupilles du trou du diable (Devils Hole) ainsi que d’un spécimen préservé datant des années 1980 a révélé l’absence de certains gènes habituellement considérés comme clefs. « Il est même assez surprenant qu’ils soient capables de se reproduire », souligne Martin. « Il leur manquait par exemple un gène impliqué dans la production de spermatozoïdes, dont la désactivation est connue pour entraîner l’infertilité chez d’autres espèces. »

Les poissons avaient également perdu un gène aidant d’autres espèces de poissons-pupilles à survivre dans des environnements pauvres en oxygène. Une surprise, étant donné que le point d’eau chaude et stagnante dans lequel ils vivent en présente des niveaux extrêmement faibles.

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Le Devils Hole — © Pacific Southwest Region USFWS

À l’heure actuelle, les scientifiques ignorent dans quelle mesure l’absence de ces gènes nuit à la santé générale de l’espèce. La prochaine étape pour Martin et ses collègues consistera à étudier plus en détail le profil génétique des poissons afin d’identifier les mécanismes leur permettant de compenser ces pertes génomiques.

Une situation précaire

L’intense consanguinité observée chez ces poissons est probablement due à leur isolement géographique, associé à de multiples chutes de leur population au cours des dernières années. Rien qu’au cours des vingt dernières années, la population a failli s’effondrer à deux reprises, tombant à 38 individus en 2006 et 35 en 2013.

Cyprinodon diabolis a été l’une des premières espèces à être officiellement ajoutées à la loi sur la préservation des espèces menacées en 1967. Au cours des décennies suivantes, des efforts de conservation considérables (incluant la construction d’une réplique du Devils Hole de 379 000 litres, abritant une population distincte de poissons élevés en captivité), ont permis à l’espèce de survivre.

« Leur situation est toujours précaire, mais je ne pense pas qu’ils soient condamnés », estime Martin.

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