
Au sein du règne animal, la sélection naturelle semble privilégier de façon récurrente les caractéristiques physiques typiques des crabes. Mais curieusement, leur iconique marche latérale n’a évolué qu’une seule fois.
Carcinisation et locomotion latérale
Terme introduit en 1916, la carcinisation désigne une forme de convergence évolutive : lorsque des espèces non apparentées mais soumises à des contraintes environnementales similaires développent les mêmes traits physiologiques, morphologiques ou comportementaux. Chez les crustacés, on estime qu’elle est apparue à au moins cinq reprises, et plusieurs cas ont également été documentés chez des arachnides.
Fournissant une protection efficace contre les prédateurs, le plan corporel des crabes leur permet également de se déplacer avec agilité et facilite la saisie des proies. De façon surprenante, des chercheurs de l’université de Nagasaki ont déterminé que la locomotion si particulière de bon nombre d’entre eux n’était apparue qu’à une seule reprise, il y a environ 200 millions d’années.
Dans le cadre de ces travaux publiés dans la revue eLife, Yuuki Kawabata et ses collègues ont examiné le mode de déplacement de 50 « vrais » crabes, et effectué des comparaisons génétiques impliquant 344 espèces de crustacés. Il s’est avéré que 35 de ces brachyoures se déplaçaient latéralement, et que ce trait avait émergé chez un lointain ancêtre à la base du groupe des Eubrachyura, qui marchait vers l’avant.
« Cet événement unique contraste fortement avec la carcinisation, qui s’est produite à plusieurs reprises chez les décapodes [crabes, homards, crevettes et langoustes] », écrit l’équipe.

Marche ou crève ?
À ce stade, les raisons d’un tel scénario restent floues, mais il est possible qu’il s’agissait initialement d’une stratégie défensive, avec des déplacements latéraux déconcertant les prédateurs.
« Un tel trait a probablement contribué à leur succès écologique », suppose Kawabata. « Grâce à des observations comportementales directes et à un cadre phylogénétique, ces travaux élargissent notre compréhension de la manière dont les modes de déplacement chez les animaux se diversifient et persistent au gré de l’évolution. »