Le nombre de mères avec leurs enfants ou de femmes enceintes sans-abri augmente de plus en plus. Il s’agit souvent de femmes venant de pays en guerre et d’Afrique. Elles se retrouvent seules et majoritairement dans les rues d’Ile-de-France. Des associations tirent le signal d’alarme face à cette situation catastrophique liée à un manque cruel d’hébergements.

LE NOMBRE DE MÈRES SANS-ABRI AUGMENTE CONSIDÉRABLEMENT

C’est un fait : le nombre de mères ou femmes enceintes sans-abri ne cesse d’augmenter. Venues de pays en guerre et d’Afrique subsaharienne, elles vivent principalement dans les rues d’Ile-de-France, mais également dans certaines grandes métropoles françaises.

Le mercredi 27 novembre, une dizaine de jeunes mères sans-abri et leurs enfants se sont vu refuser l’accès à l’hôpital parisien Trousseau, situé dans le 12e arrondissement. Ils souhaitaient simplement y trouver refuge. Une situation catastrophique qui s’explique par un manque cruel d’hébergements. En effet, ceux déjà existants sont en totale saturation. L’hôpital avait pourtant annoncé l’ouverture d’une soixantaine de places qui seraient organisées par le 115. Une annonce ayant engendré « un appel d’air suscitant l’arrivée de nombreuses familles. Un fois la capacité maximale du centre d’accueil atteinte, l’hôpital a été contraient de placer des vigiles devant le hall de l’hôpital en interdisant ainsi l’accès en raison des risques posés pour les patients hospitalisés. En effet, le hall n’a pas les conditions requises pour être un lieu d’hébergement », a alors expliqué l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP).

Les chiffres sont alarmants : une centaine de femmes ayant accouché dans la rue sont contraintes de trouver refuge chaque nuit dans les 13 maternités de l’AP-HP existantes. Une infime partie d’entre elles ont accès aux lits d’hospitalisation, comme cela est le cas à Robert-Debré, dans le 19e arrondissement. Alors que celles-ci y occupent un quart des lits de la maternité, d’autres sont acceptées uniquement dans les couloirs, sur le sol. « On leur permet de rester mais elles n’ont aucun statut : elles ne sont ni hospitalisées ni hébergées », ajoute la direction du groupe hospitalier.

— Lidia Muhamadeeva / Shutterstock.com

DE PLUS EN PLUS DE MÈRES, MAIS ÉGALEMENT D’ENFANTS SONT CONTRAINTS DE DORMIR DANS LES RUES

Cette situation est « insupportable pour les femmes et leurs bébés, mais aussi pour les soignants et le personnel hospitalier », alertent les membres du groupe hospitalier de Robert-Debré.

« Depuis quelques semaines, on a de plus en plus de mamans qui dorment dehors avec leurs bébés, des assistantes sociales nous demandent des nacelles pour que les bébés puissent dormir dans la rue », explique également Samra Seddik, sage-femme et présidente d' »Un petit bagage d’amour », association venant en aide aux femmes enceintes en situation de grande précarité. D’autres associations qui luttent contre cette précarité s’inquiètent davantage en cette période hivernale. « Nous estimons à 146 le nombre de bébés nés dans la rue cette année, alors qu’ils n’étaient que 100 en 2018 et 49 en 2017. La progression est fulgurante », alerte Gilles Petit-Gats, directeur de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile, gérée par le Centre d’action sociale protestant.

Nous vous avions récemment parlé, dans un article publié le 26 novembre, d’une situation tout aussi catastrophique : « Il y aurait aujourd’hui, en Ile-de-France, 700 enfants à la rue. Ils y resteraient entre deux et cinq mois, parfois plus », estime Bruno Morel, directeur d’Emmaüs Solidarité. De plus, les flux d’arrivées à l’accueil de son service de jour pour les familles et les enfants, situé dans le 15e arrondissement à Paris, ont triplé. « 75 % des 2 000 personnes que nous accueillons chaque mois passent la nuit dehors, dans les gares, les halls, sous tente, dans le métro, dans les hôpitaux ; 15 % ont un toit pour une ou quelques nuits et seuls 10 % un hébergement pérenne », ajoute-t-il.

— Rey Borlaza / Shutterstock.com

DES DIZAINES DE MÈRES CONFRONTÉES À « UN MANQUE DE PLACES D’HÉBERGEMENT » ET À DES CONDITIONS DE VIE CATASTROPHIQUES

Les hôpitaux concernés accueillent généralement ces femmes durant une trentaine de jours. Certaines y restent parfois plus d’une soixantaine de jours.

Cette « situation est sordide », explique Sophie Le Goff, médecin à la permanence d’accès aux soins de la Pitié-Salpêtrière, après qu’une mère a « accouché en août par césarienne et dort actuellement dans un couloir au rez-de-chaussée de la maternité avec d’autres mamans et bébés, à même le sol, avec deux draps. Pour se nourrir, elle n’a accès à aucun repas, sauf le soir, aux restes des plateaux des patientes hospitalisées. »

« Toutes les maternités de Seine-Saint-Denis sont confrontées au manque de places d’hébergement pour les jeunes accouchées. Elles font tous les efforts possibles pour les garder trois ou quatre semaines, mais ont aussi besoin de lits pour les arrivantes », explique à son tour Pauline Geindreau, responsable du pôle mise à l’abri et hébergement d’Interlogement 93, qui gère le 115.

Si la situation est la plus catastrophique en Ile-de-France, d’autres métropoles, dont Lyon, Bordeaux et Toulouse, sont également concernées. « À Lyon, une sélection impitoyable est opérée entre toutes les demandes d’hébergement à tel point que les enfants d’un an ou plus ne sont pas prioritaires, sauf s’ils sont malades ! », s’affole Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité.

QUELLES SONT LES SOLUTIONS PROPOSÉES PAR LE GOUVERNEMENT ?

« Mais le problème n’est pas financier, il est de trouver des locaux. Le gouvernement va lancer un appel aux grandes entreprises, aux administrations, aux institutions comme les hôpitaux, pour trouver des lieux temporaires », a précisé Gilles Petit-Gats.

Face à une telle situation, les institutions hospitalières ont mis en place différents dispositifs. « La Ville a proposé à l’État plus de 1 000 places, dans les bâtiments municipaux, pour les familles avec enfants. Ces lieux ouvriront au fur et à mesure de leur aménagement. L’un deux, dans le 3e arrondissement, sera particulièrement consacré aux femmes sortant de maternité », explique Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris et chargée de la lutte contre l’exclusion.

D’autres initiatives visant à lutter contre le manque cruel d’hébergements se sont avérées être bien moins concluantes. Un nouveau centre à ouvert le 1er novembre à Villeneuve-le-Roi, dans le Val-de-Marne. Comprenant 150 places, il est malheureusement déjà saturé. Par ailleurs, l’AP-HP a ouvert, le 1er juillet, 174 places aux femmes venant d’accoucher, dans l’ancien hôpital La Rochefoucauld, situé dans le 14e arrondissement. Néanmoins, il est plein depuis le 20 août et risque de fermer ses portes à la fin du mois de mars 2020.

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