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Vous êtes-vous déjà demandé comment les enfants découvrent le sens des mots ? L’apprentissage d’une langue au cours des premières années de vie est un processus complexe qui fascine de nombreux chercheurs. Alors qu’un enfant de deux ans connaît en général une poignée de mots, ce chiffre peut atteindre des milliers dès l’âge de cinq ans. Comment expliquer un tel exploit en si peu de temps ? Nous vous présentons dans cet article un nouvel outil informatique innovant, présenté par le media Science Alert, qui semble apporter certaines réponses.

De multiples sources d’information

Manuel Bohn, psychologue du développement et membre de l’institut allemand Max Planck en anthropologie évolutionniste, explique que les enfants découvrent des nouveaux mots dans des situations sociales très complexes car plusieurs types d’informations leur sont mis disposition. L’apprentissage de termes inconnus nécessite l’intégration de multiples sources d’information. Il semblerait que les enfants fassent appel à différentes astuces pour intégrer un nouveau lexique, rapporte le psychologue. Les enfants utilisent par exemple leurs connaissances pour déduire le nom de nouveaux objets. De plus, il leur arrive parfois de se souvenir d’une interaction avec quelqu’un et d’en déduire qu’elle pourrait être la suite logique de la conversation.

Les travaux préalables

Des équipes de la société Max Planck pour le développement des sciences, de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT)  ainsi que de l’université de Stanford se sont intéressées à la manière avec laquelle les enfants intègrent différentes sources d’informations afin d’apprendre de nouveaux termes. Les résultats de ce travail montrent qu’à peu près tout peut faire office de « source » d’information. Il s’agit d’une recherche publiée dans Nature Human Behaviour.

Le système théorique en question a été développé à partir de travaux en philosophie, psychologie du développement et linguistique. Des tests ont été effectués auprès de 148 enfants âgés entre 2 et 5 ans afin de mieux comprendre leur sensibilité vis-à-vis de différents types d’informations. Ces données ont ensuite été appliquées au modèle.

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Un modèle cognitif innovant

Afin de mieux comprendre les liens entre ces différentes sources, les chercheurs ont mis en place un modèle cognitif. Ce système a la capacité de proposer une approche dite de « déduction sociale ». Les enfants ont alors la possibilité d’utiliser toutes les informations disponibles devant eux afin d’identifier l’objet qui leur est présenté. Le psychologue Michael Henry Tessler, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), compare le modèle à un programme informatique de petite taille. Le dispositif en question a la capacité de prédire des situations supposées et de décrire ce qui se produirait si les informations étaient mises en relation de manière rationnelle.

Après avoir formulé des hypothèses à partir des prédictions du modèle, les chercheurs et chercheuses de cette étude ont fait passer le test à près de 220 enfants afin de voir s’ils pouvaient déduire le sens de certains mots qui leur étaient présentés sur un écran. Différents signaux ont été donnés aux enfants à propos du lien entre les mots et les objets, notamment la voix d’un présentateur. Les enfants étaient familiers avec une partie des informations avant le déroulé de l’expérimentation. De cette manière, les chercheurs avaient la possibilité de tester trois sources différentes : connaissances préalables, répliques du présentateur ainsi que le contexte de la conversation. Les prédictions du modèle correspondent très précisément aux résultats finaux, suggérant que les enfants font effectivement appel à ces trois types de sources d’information pour l’apprentissage du vocabulaire. L’article de la société Max Planck pour le développement des sciences sur le sujet explique donc que la question de l’apprentissage du langage est une problématique de « déduction sociale ». Cela signifie que les enfants essaient en permanence de deviner ce que disent leurs interlocuteurs et quelles sont leurs intentions.  

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L’étude présentée propose une approche mathématique pour comprendre l’apprentissage de la langue chez les enfants. Cependant, ce n’est que le début. Un travail de recherche s’était déjà intéressé à ce sujet en 2002. D’autres travaux (avec encore plus d’enfants) sont nécessaires. La recherche dans ce domaine est particulièrement importante car elle pourrait, par exemple, apporter un soutien et accompagner des enfants en difficulté.

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