Que s’est-il passé dans les ruchers du nord des Pays-Bas ? Après l’hiver 2025-2026, 41,5 % des colonies ont disparu dans la province de Groningue. Un chiffre spectaculaire qui révèle une crise persistante, mais aussi un mystère que les chercheurs ne savent pas encore résoudre.

Une mortalité hivernale élevée qui s’installe durablement dans les ruchers néerlandais
Lorsque les premières journées douces reviennent, les apiculteurs ouvrent leurs ruches avec une certaine appréhension. Cette année encore, beaucoup n’ont trouvé qu’un silence anormal. Aux Pays-Bas, 24 % des colonies d’abeilles domestiques n’ont pas survécu à l’hiver 2025-2026, selon Wageningen University & Research.
Le plus préoccupant n’est pourtant pas ce résultat isolé. Il s’agit du quatrième hiver consécutif durant lequel la mortalité nationale dépasse 20 %. En 2024-2025, elle atteignait déjà 22 %. La succession de mauvaises saisons dessine désormais une tendance durable, bien plus difficile à expliquer qu’un simple épisode météorologique défavorable.
Des écarts régionaux marqués avec des pertes extrêmes dans le nord du pays
La moyenne nationale cache un contraste saisissant. Dans la province septentrionale de Groningue, 41,5 % des colonies ont disparu. À l’autre extrémité du classement, l’Overijssel enregistre 16,9 % de pertes. Quelques dizaines de kilomètres semblent donc parfois séparer deux réalités apicoles radicalement différentes.
Pourquoi le nord est-il si durement touché ? Les chercheurs restent prudents. Les pratiques des apiculteurs, les ressources florales, l’humidité, les températures locales ou l’état initial des colonies pourraient s’additionner. Aucun facteur unique ne permet cependant d’expliquer pourquoi une ruche survit ici tandis qu’une autre s’effondre ailleurs.
Une colonie aborde l’hiver comme une petite ville coupée du monde. Elle doit conserver sa chaleur, gérer ses réserves et protéger sa reine jusqu’au retour des fleurs. Une reine perdue, une nourriture insuffisante ou une maladie installée avant le froid peuvent rompre cet équilibre et condamner rapidement toute la communauté.
Le varroa reste une menace majeure malgré des efforts de lutte largement répandus
Parmi les suspects, Varroa destructor porte particulièrement bien son nom. Cet acarien parasite les abeilles adultes et leur couvain, tout en transportant des virus capables d’affaiblir la colonie. Le réseau scientifique COLOSS le décrit comme l’une des menaces majeures pesant actuellement sur l’apiculture mondiale.
Les apiculteurs néerlandais connaissent pourtant l’adversaire. Durant le dernier hiver, 86,9 % ont appliqué un traitement ou une méthode de contrôle contre le varroa. Ce taux élevé montre que la lutte est largement engagée, sans garantir la survie des ruches. Le moment du traitement et son efficacité peuvent changer toute l’histoire.
Le frelon asiatique progresse rapidement et pourrait aggraver la pression sur les colonies
À cette menace presque familière s’ajoute désormais le frelon asiatique. Posté près des ruches, il capture les butineuses revenant chargées de pollen. Sa progression est rapide : sa présence locale était rapportée par 24,7 % des apiculteurs en 2024, puis par 56,4 % en 2025.
Son rôle exact dans la mortalité hivernale reste toutefois incertain. Le prédateur peut réduire les sorties, stresser la colonie et limiter les réserves accumulées avant l’hiver. Il pourrait donc agir indirectement, tel un siège prolongé, plutôt que provoquer seul l’effondrement. Les scientifiques s’attendent néanmoins à voir son influence augmenter dans les prochaines années.
L’enquête repose sur les réponses de 840 apiculteurs, soit près de 8 % des quelque 11 000 apiculteurs actifs aux Pays-Bas. Intégrée au dispositif international COLOSS, elle aide à comparer les pertes et leurs facteurs de risque. Reste une question décisive : que manque-t-il encore aux chercheurs pour comprendre l’hécatombe de Groningue ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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