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Comment une simple erreur de calcul a forcé l’Espagne à rallonger de 10 mètres son sous-marin S-80 à 3,9 milliards d’euros ?

En concevant son premier sous-marin moderne, la marine espagnole a fait face à un problème inédit : le bâtiment était trop lourd pour remonter à la surface. Pour sauver ce projet militaire à 3,9 milliards d’euros, les ingénieurs ont dû couper la coque et l’allonger en urgence.

Le sous-marin espagnol S-80 en cale sèche, avec une section métallique ajoutée au centre de sa coque pour corriger un défaut de flottabilité.
En cale sèche, le sous-marin espagnol S-80 dévoile la section ajoutée à sa coque. Une modification spectaculaire imposée par un surpoids qui menaçait sa capacité à remonter à la surface. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un défaut de flottabilité de 100 tonnes repéré juste avant la fin de la conception du sous-marin

En 2013, le chantier naval public Navantia révèle une anomalie majeure sur le premier sous-marin S-80, baptisé Isaac Peral. Le bâtiment accumulait entre 75 et 100 tonnes de surpoids. En plongée, la poussée d’Archimède risquait d’être insuffisante pour lui permettre de refaire surface.

Selon plusieurs rapports techniques, cette lourdeur excessive provenait d’une virgule mal placée dans les calculs. L’erreur est apparue alors que l’assemblage touchait à sa fin. Ce programme lancé en 2004 incarnait pourtant la souveraineté industrielle du pays.

Retirer des équipements risquait de compromettre le système de propulsion et la défense du navire. Les responsables ont donc rejeté l’option de l’allègement. La seule alternative consistait à augmenter le volume de la coque afin d’obtenir la poussée nécessaire.

L’intervention des ingénieurs américains pour rallonger le sous-marin de dix mètres

Pour résoudre cette impasse, l’Espagne sollicite l’aide de l’entreprise américaine General Dynamics Electric Boat en juin 2013. Les experts préconisent d’ajouter une section métallique au milieu de la structure. Cette décision modifie en profondeur la conception originale du bâtiment.

En 2016, les techniciens soudent un anneau supplémentaire sur la coque. Le sous-marin passe de 71 mètres à 80,8 mètres de longueur, tandis que son déplacement grimpe à près de 3 000 tonnes. La série prend la désignation officielle de S-80 Plus.

Un calendrier bouleversé et une facture globale qui explose jusqu’à quatre milliards d’euros

Ces modifications majeures ont retardé le chantier naval de Carthagène durant plusieurs années. L’Isaac Peral a été mis à l’eau en mai 2021, soit 16 ans après le début de sa fabrication. Le navire a ensuite traversé deux années d’essais intensifs en mer.

Le coût financier de ce correctif s’avère particulièrement lourd pour l’État espagnol. Estimé à 3,685 milliards d’euros en 2018, le budget total franchit la barre des 3,9 milliards d’euros l’année suivante. L’enveloppe initiale a ainsi été multipliée par dix.

Chaque unité de la flotte revient désormais à près d’un milliard d’euros. Cette hausse budgétaire place le programme S-80 parmi les ajustements industriels les plus onéreux d’Europe, illustrant la difficulté de maîtriser le coût des grands projets militaires.

Intégration dans la flotte espagnole et déploiement des unités suivantes de la série S-80

L’Isaac Peral, réimmatriculé S-81, a rejoint la base de Carthagène fin 2023 pour intégrer la flotte active. Équipé de torpilles lourdes et de missiles antinavires, le submersible est aussi capable de tirer des missiles de croisière terrestres.

Trois autres bâtiments doivent être livrés au cours des prochaines années. Le deuxième sous-marin de la série, le Narciso Monturiol, effectue actuellement ses premiers essais en mer. Ces sorties permettent de vérifier la fiabilité des modifications de structure.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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