La saison des coupures commence. Vent, neige collante sur les lignes, et les quelques heures sans électricité que connaissent chaque hiver plusieurs centaines de milliers de foyers français. Le réflexe est devenu l’achat d’une station électrique portable, ces grosses batteries à prise de courant vendues entre 250 et 1 500 €.
Le problème n’est pas le produit. Il est que presque personne ne fait le calcul avant d’acheter, et que les fiches produits entretiennent soigneusement la confusion entre deux choses très différentes : la puissance que l’appareil peut délivrer, exprimée en watts, et l’énergie qu’il contient, exprimée en wattheures. La première dit ce qu’on peut brancher. La seconde dit combien de temps. Et c’est la seconde qui décide de l’utilité réelle de la machine.
Résultat concret : beaucoup de foyers achètent une station de 2 000 € en pensant passer l’hiver, découvrent qu’elle ne chauffe rien pendant plus d’une heure, et s’en servent finalement pour recharger des téléphones. Alors que d’autres, avec 400 € bien placés, gardent le chauffage allumé toute une nuit on y revient, c’est le point le plus utile de ce dossier. On a repris les consommations réelles poste par poste, à partir des mêmes ordres de grandeur que ceux établis dans notre comparatif du coût réel des énergies de chauffage.
Ce qu’une coupure coupe réellement chez vous
Avant d’acheter quoi que ce soit, il faut savoir ce qui s’arrête. La liste est plus longue que « la lumière et le frigo », et elle surprend toujours.
Le chauffage, y compris au gaz et au fioul. C’est la découverte la plus désagréable. Une chaudière à gaz ne fonctionne pas sans électricité : son électronique, son allumage et surtout son circulateur la pompe qui pousse l’eau chaude dans les radiateurs sont tous alimentés par le secteur. Une maison chauffée au gaz est donc une maison froide pendant une coupure, exactement comme une maison tout électrique.
L’eau, dans certains cas. Un logement alimenté par le réseau public garde la pression. Un logement sur puits avec surpresseur, ou un étage élevé desservi par une pompe de reprise, perd l’eau courante.
Le téléphone fixe. La téléphonie passe désormais par la box, donc par le secteur. L’ancien poste analogique alimenté par la ligne elle-même a disparu avec le cuivre.
Le portail, la porte de garage, le volet roulant. Avec, pour chacun, une manœuvre de secours manuelle qu’il vaut mieux avoir repérée avant la panne qu’à la lampe de poche.
Les appareils médicaux à domicile. Un appareil de pression positive continue consomme de l’ordre de 30 à 60 W, un concentrateur d’oxygène bien davantage. Si un appareil de ce type est utilisé dans le foyer, la question se traite avec le prestataire médical qui l’a installé, pas avec une fiche produit : la plupart disposent d’un protocole et d’une solution de secours prévue pour ça.

Le calcul que personne ne publie
Une station électrique annonce deux chiffres. La puissance de sortie, en watts, détermine ce qu’on peut brancher sans que l’appareil se coupe. La capacité, en wattheures, détermine la durée.
Et il faut retirer environ 15 % de la capacité annoncée : rendement de l’onduleur, pertes de conversion, réserve basse du système. Une station de 1 000 Wh en délivre réellement 850.
Voici les consommations moyennes réelles des postes qui comptent, puis l’autonomie correspondante.
| Usage | Consommation | Station 300 Wh | 600 Wh | 1 000 Wh | 2 000 Wh |
|---|---|---|---|---|---|
| Box internet et téléphone | 20 W | 12 h | 25 h | 42 h | 85 h |
| Éclairage LED, quatre points | 30 W | 8 h | 17 h | 28 h | 56 h |
| Réfrigérateur-congélateur récent | 15 W en moyenne | 17 h | 34 h | 56 h | 113 h |
| Ordinateur portable | 45 W | 5 h | 11 h | 18 h | 37 h |
| Téléviseur 55 pouces | 90 W | 2,8 h | 5,7 h | 9 h | 18 h |
| Chaudière gaz : circulateur et électronique | 100 W | 2,5 h | 5 h | 8,5 h | 17 h |
| Chauffage d’appoint électrique | 1 000 W | 18 min | 30 min | 50 min | 1,7 h |
| Bouilloire | 2 000 W | — | 15 min | 25 min | 50 min |
| Plaque à induction, un foyer | 1 800 W | — | 17 min | 28 min | 56 min |
La ligne du réfrigérateur mérite une explication, parce que les 15 W surprennent. Un réfrigérateur-congélateur récent consomme 100 à 150 kWh par an, soit 270 à 410 Wh par jour. Son compresseur tire 80 à 120 W mais ne tourne qu’un tiers du temps environ : c’est la moyenne qui compte pour dimensionner une batterie, pas la pointe. En revanche la puissance de sortie de la station doit couvrir le pic de démarrage du compresseur, qui monte brièvement beaucoup plus haut.
Le cas de la chaudière, celui que tout le monde rate
Regardez la ligne en gras du tableau. C’est l’information la plus rentable de ce dossier et elle n’apparaît dans aucune fiche produit.
Une chaudière à gaz consomme environ 100 W pour faire fonctionner son électronique et son circulateur. Le gaz, lui, continue d’arriver : le réseau de distribution n’est pas affecté par une coupure électrique. Autrement dit, dans une maison chauffée au gaz, 100 watts suffisent à garder le chauffage en marche.
Une station de 1 000 Wh maintient donc le chauffage pendant huit heures et demie. Une nuit entière. Pour 600 à 700 € et la même station servira aussi à l’éclairage et aux téléphones une fois la chaudière éteinte le matin.
À comparer avec l’approche « chauffage d’appoint électrique », qui est le réflexe de la plupart des acheteurs : la même station de 1 000 Wh alimente un radiateur soufflant pendant cinquante minutes. Soit dix fois moins longtemps, pour une seule pièce, au lieu de toute la maison.
Trois vérifications avant de compter sur cette solution. La puissance réelle de votre chaudière à l’arrêt du brûleur, lisible sur la plaque signalétique ou dans la notice. Le fait que le branchement soit accessible beaucoup de chaudières sont raccordées sur une prise classique, certaines sont câblées en direct et demandent un électricien pour ajouter une prise. Et la présence d’un thermostat d’ambiance, qui consomme quelques watts de plus.
Pour une maison chauffée à l’électricité, ce raisonnement ne s’applique pas : il n’existe pas de solution de batterie domestique raisonnable pour alimenter des radiateurs électriques. C’est l’un des arguments rarement cités en faveur du gaz, du bois ou d’un poêle d’appoint non électrique un point que nous avions abordé sous un autre angle dans notre analyse des radiateurs dits économiques.
Le congélateur : la bonne nouvelle
C’est l’inquiétude numéro un et elle est largement surestimée.
Un congélateur plein, porte fermée, maintient ses denrées congelées pendant 24 à 48 heures sans électricité. Un coffre tient plus longtemps qu’une armoire, et un appareil plein tient plus longtemps qu’un appareil à moitié vide la masse de produits congelés sert elle-même de réserve de froid.
La règle est donc simple et gratuite : on n’ouvre pas. Pas « on ouvre vite », pas « juste pour vérifier ». On n’ouvre pas.
Alimenter un congélateur sur batterie n’a de sens que pour une coupure annoncée de plus de 24 heures, ou dans une zone où les coupures durent habituellement longtemps. Dans ce cas, et seulement dans ce cas, la ligne du tableau devient pertinente et elle est favorable, avec plus de deux jours d’autonomie sur une station de 1 000 Wh.
Ce qu’une station ne fera jamais
Quatre usages à écarter définitivement, parce qu’ils relèvent de la puissance et pas de l’énergie.
Chauffer. Toute résistance électrique consomme entre 1 000 et 2 500 W. Une station portable est, dans cet usage, un appareil à autonomie de l’ordre d’une heure. Il n’existe pas de modèle grand public qui change cette arithmétique.
Cuisiner. Plaques, four, bouilloire, micro-ondes : même famille de puissances, même conclusion. Un réchaud à gaz de camping à 25 € fait infiniment mieux le travail, pour quarante fois moins cher.
Produire de l’eau chaude. Un chauffe-eau électrique demande 1 500 à 2 400 W pendant plusieurs heures. Hors de portée.
Alimenter toute la maison. Les stations portables se branchent appareil par appareil. Raccorder une source de secours au tableau électrique est une installation fixe, qui relève d’un électricien et d’un inverseur de source pas d’un produit qu’on achète en ligne et qu’on déballe le soir d’une tempête.
Ce que ça coûte réellement
Le prix au wattheure baisse quand la capacité monte, ce qui pousse mécaniquement à surdimensionner. Voici les ordres de grandeur relevés début octobre 2026.
| Capacité | Prix indicatif | Prix au wattheure | À quoi ça sert honnêtement |
|---|---|---|---|
| 300 Wh | 200 à 300 € | ~0,83 €/Wh | Téléphones, lampes, box. Une soirée. |
| 600 Wh | 400 à 500 € | ~0,75 €/Wh | Idem plus longtemps, ou cinq heures de chaudière gaz. |
| 1 000 Wh | 600 à 800 € | ~0,70 €/Wh | Une nuit de chauffage au gaz, ou deux jours de congélateur. |
| 2 000 Wh | 1 100 à 1 500 € | ~0,65 €/Wh | Un week-end complet sur les postes qui comptent. |
Le raisonnement à garder en tête : l’écart de prix au wattheure entre 300 et 2 000 Wh est de 20 %, ce qui est faible. L’écart de prix absolu est de 1 000 €, ce qui ne l’est pas. Surdimensionner coûte peu par unité d’énergie et beaucoup en valeur absolue, et la capacité non utilisée ne rapporte rien.
Deux critères comptent autant que la capacité et sont moins mis en avant. La chimie des cellules : le lithium fer phosphate, noté LiFePO₄, annonce typiquement 3 000 cycles contre 500 à 800 pour les chimies classiques, pour un appareil destiné à durer dix ans et à servir trois fois par an. Et la présence d’une entrée solaire, qui transforme la station en appoint utilisable hors coupure nous avions chiffré la rentabilité de cette logique dans notre dossier sur les kits solaires plug and play, et nous avons testé un modèle combinant les deux usages avec le Jackery SolarVault 3 Pro Max.
Pour les modèles eux-mêmes, nos tests de la Bluetti AC200L et notre examen des stations EcoFlow détaillent les comportements réels en charge et en décharge.
Le groupe électrogène, et le danger qu’on sous-estime
Pour une autonomie longue, le groupe électrogène thermique reste imbattable : 500 à 900 € pour 2 000 W en continu, et une autonomie limitée seulement par le carburant disponible.
Il impose en revanche une règle absolue, et elle tue chaque hiver. Un groupe électrogène ne fonctionne jamais à l’intérieur. Ni dans un garage, même porte ouverte. Ni dans une véranda. Ni sous un auvent accolé à la maison. Ni dans une cave ou un sous-sol. Les gaz d’échappement contiennent du monoxyde de carbone, un gaz inodore et incolore dont les premiers signes maux de tête, nausées, somnolence ressemblent à de la fatigue et poussent à s’allonger plutôt qu’à sortir.
La distance de sécurité recommandée est de plusieurs mètres de toute ouverture, fenêtre ou bouche d’aération comprise, l’échappement orienté à l’opposé du bâtiment. Et un détecteur de monoxyde de carbone à l’intérieur, à vingt euros, est le complément logique de tout groupe électrogène.
Même précaution pour les chauffages d’appoint à combustion pétrole, gaz, butane qui reviennent dans les rayons chaque automne : ils exigent une ventilation permanente de la pièce et ne doivent jamais fonctionner dans une chambre fermée.

La liste de priorités, selon votre logement
Appartement, chauffage collectif. Le chauffage ne dépend pas de vous et redémarre tout seul. Une batterie externe de téléphone à 30 € et deux lampes frontales à 15 € couvrent 90 % du besoin réel. Une station de 300 Wh si vous télétravaillez et voulez maintenir la box. Au-delà, c’est de l’achat de confort.
Maison, chauffage au gaz ou au fioul. C’est le cas où une station se justifie pleinement : visez 1 000 Wh, faites repérer la prise de la chaudière, et vous passez une nuit de coupure sans que la maison descende. Le meilleur rapport utilité/prix de tout ce dossier.
Maison, chauffage électrique. Aucune batterie portable ne chauffera votre logement. L’arbitrage se déplace vers un chauffage d’appoint non électrique correctement ventilé, de bons duvets, et une station modeste pour l’éclairage et les communications.
Zone régulièrement coupée, ou appareil médical à domicile. On change de catégorie de problème. Groupe électrogène, ou installation fixe avec inverseur de source par un électricien. Et pour l’appareil médical, le protocole se construit avec le prestataire qui l’a fourni, en amont.
Questions fréquentes
Quelle capacité de station électrique faut-il pour une coupure de courant ?
Entre 300 et 1 000 Wh selon l’usage visé. 300 Wh couvrent téléphones, lampes et box pour une soirée. 1 000 Wh permettent de maintenir une chaudière à gaz pendant huit heures et demie, ou un réfrigérateur-congélateur pendant plus de deux jours. Au-delà, le coût absolu augmente plus vite que l’utilité réelle.
Une chaudière à gaz fonctionne-t-elle pendant une coupure de courant ?
Non, pas sans alimentation de secours : son électronique, son allumage et son circulateur sont alimentés par le secteur, même si le gaz continue d’arriver. Elle consomme environ 100 W, ce qui signifie qu’une station de 1 000 Wh maintient le chauffage de toute la maison pendant une nuit.
Peut-on chauffer une pièce avec une station électrique portable ?
Pas utilement. Un chauffage d’appoint électrique consomme 1 000 à 2 500 W : une station de 1 000 Wh l’alimente pendant environ cinquante minutes. Aucun modèle grand public ne change cette arithmétique. Pour chauffer, l’alternative est un appoint à combustion correctement ventilé.
Combien de temps un congélateur tient-il sans électricité ?
24 à 48 heures porte fermée, plus longtemps s’il est plein et s’il s’agit d’un coffre plutôt que d’une armoire. La seule règle qui compte est de ne pas ouvrir. Alimenter un congélateur sur batterie ne se justifie que pour une coupure dépassant une journée.
Faut-il préférer une station électrique ou un groupe électrogène ?
La station pour les coupures courtes, le silence et l’usage intérieur ; le groupe électrogène pour les autonomies longues et les fortes puissances. Le groupe impose une règle absolue : jamais à l’intérieur, jamais dans un garage même porte ouverte, à plusieurs mètres de toute ouverture, en raison du monoxyde de carbone.
Quelle différence entre les watts et les wattheures sur une station électrique ?
Les watts indiquent la puissance maximale, donc ce que l’on peut brancher sans que l’appareil se coupe. Les wattheures indiquent l’énergie stockée, donc la durée. C’est la seconde valeur qui détermine l’utilité réelle, et il faut en retirer environ 15 % pour les pertes de conversion.
Ce qu’on ferait
Avant d’acheter : un tour du logement, une feuille, et trois questions. Qu’est-ce qui chauffe ma maison, et dépend-il du secteur ? Où est branchée ma chaudière ? Et qu’est-ce qui, chez moi, ne peut vraiment pas attendre quatre heures ?
Dans la grande majorité des cas, la réponse honnête est : pas grand-chose. Des lampes, des téléphones, et le chauffage quand il est au gaz. C’est précisément ce qu’une station de 600 à 1 000 Wh fait très bien, et ce qu’un modèle à 2 000 € ne fait pas mieux.
Et si le budget est serré, l’ordre de priorité est contre-intuitif mais solide : d’abord deux lampes frontales et une batterie externe de téléphone, pour 50 € au total c’est ce qui sert à chaque coupure. Ensuite, et seulement ensuite, la station. Beaucoup de foyers ont fait l’inverse et se sont retrouvés à chercher une lampe de poche à côté d’une batterie de 1 500 €.
Par Antoine - Daily Geek Show, le
Étiquettes: panneau solaire, station de recharge