New York puise la moitié de son eau potable dans un seul tunnel, construit en pleine guerre. Il fonctionne sans interruption depuis 1944. Une fissure connue depuis 1988 y laisse fuir des millions de litres chaque jour. Pourtant, la réparation attendra, avec un nouvel arrêt prévu entre 2031 et 2032.

Un chantier titanesque lancé en pleine guerre pour amener l’eau des Catskills à New York par la seule gravité
Les ouvriers lancent le chantier en 1939, en pleine tension internationale. Le maire Fiorello La Guardia ouvre les premières vannes en 1944. Ils achèvent ensuite le tunnel, après six ans de forage sous les Catskills. L’ouvrage plonge à 150 mètres sous l’Hudson, avec un diamètre de 4,1 mètres.
Long de 137 kilomètres, l’aqueduc du Delaware fournit environ la moitié de l’eau potable de New York. Il transporte près de 600 millions de gallons par jour, soit 2,3 milliards de litres. Aucune pompe n’intervient. Seule la gravité fait descendre l’eau depuis les réservoirs des Catskills jusqu’aux robinets new-yorkais.
Une fissure repérée en 1988 sous Newburgh que personne n’a pu colmater pendant des décennies
Des ingénieurs détectent une première fuite en 1988, près de Newburgh. Elle atteint alors jusqu’à 35 millions de gallons perdus chaque jour, soit environ 130 000 mètres cubes. D’autres fuites apparaissent ensuite en 1990 et 1992, près de Roseton et Wawarsing, dans une roche calcaire fracturée.
Impossible de fermer le robinet. La moitié de la ville en dépend depuis toujours. Vider le tunnel priverait New York d’une eau essentielle pendant des mois. Or l’ouvrage, renforcé pendant la guerre pour résister aux bombardements, n’a jamais pu s’arrêter.
Cette efficacité a longtemps empêché toute réparation directe. Les ingénieurs choisissent alors une autre stratégie. Ils décident de construire un tunnel de contournement sans jamais couper l’alimentation. Cette décision engage la ville dans un chantier prévu pour durer plus de vingt ans.
Un tunnel parallèle de 4 kilomètres creusé sous le fleuve pour dévier l’eau sans interrompre l’approvisionnement
La solution retenue consiste à creuser un second tunnel, plus court, pour dévier l’eau autour de la zone fissurée. Ce tunnel de contournement mesure 4 kilomètres, à 183 mètres sous l’Hudson. Une machine de forage de 1 350 tonnes, surnommée Nora, a permis de l’excaver entre Newburgh et Wappinger.
Deux puits ont permis d’accéder au chantier depuis la surface. L’un plonge à 210 mètres, l’autre à 275 mètres de profondeur. L’ensemble du programme, en préparation depuis plus de vingt ans, atteignait environ 1,5 milliard de dollars en 2024. Ce montant approche désormais les 2 milliards de dollars.
La jonction entre les deux tunnels reste l’étape la plus délicate. Il faut assécher l’ancien conduit pour souder les deux ouvrages. Or les fuites sortantes maintenaient jusqu’ici une pression qui stabilisait les parois fragilisées. Sans cette pression extérieure, le risque d’effondrement grimpe nettement.
Le nouveau calendrier de réparation s’étire jusqu’en 2031, cinq ans après la date annoncée en 2024
Le tronçon nord ferme en septembre 2024, ouvrant la voie à la connexion attendue. La ville suspend le chantier en novembre, en pleine sécheresse. Le contrat de construction prend fin avec cette pause. Entre juin 2024 et juin 2026, les précipitations restent 20 à 30 % sous la moyenne.
D’après les dernières annonces de l’agence municipale, un nouveau contrat sera lancé en 2029. Le prochain arrêt du tunnel est désormais prévu entre 2031 et 2032, pour six à neuf mois. Ce report redéfinit encore le partage de l’eau entre quatre États voisins.