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Victimes de viols, ces grands-mères kick-boxeuses ont décidé de combattre leurs agresseurs

Un exemple de résilience

Loin des quartiers huppés du centre de Nairobi, Korogocho est réputé pour être le bidonville le plus dangereux de la capitale du Kenya. Face à cette insécurité, des grands-mères courageuses ont décidé de prendre les choses en main.

Si la superficie de Korogocho ne dépasse pas quelques kilomètres carrés, on estime qu’environ 200 000 personnes y vivent, dans des conditions extrêmement précaires. Gangrené par le trafic de stupéfiants et tenu par de nombreux gangs, celui-ci affiche un taux de criminalité record.

Depuis plus d’une décennie, les femmes âgées de ce bidonville sont régulièrement victimes de violences sexuelles. Ceux qui s’en prennent à elles, souvent la nuit, les considèrent en effet comme des cibles faciles et pensent qu’elles sont moins susceptibles d’être séropositives.

Ne pouvant essentiellement compter que sur elles-mêmes, dans un quartier où la police ne met que rarement les pieds, une poignée d’entre elles ont choisi de s’unir pour ne plus vivre dans la peur.

Durant les séances organisées chaque semaine par le collectif, les femmes de Korogocho apprennent à riposter en cas de tentative de viol — © Vimeo

En plus des cours d’autodéfense, ces dernières enseignent également aux membres de leur communauté comment réagir en cas d’agression sexuelle, venir en aide aux personnes qui en sont victimes et alerter le voisinage.

C’est cette détermination, contrastant avec leur apparente fragilité, qui a attiré l’attention du réalisateur canadien Brent Foster, alors qu’il documentait le difficile quotidien des habitants de Korogocho.

De ces rencontres hors du commun est né le court-métrage « Enough : The Empowered Women of Korogocho », visible ci-dessous.

Comme il l’expliquait au National Geographic en 2019 : « J’avais envie de mettre en avant des gens ordinaires qui réalisent des choses extraordinaires. Il m’est apparu comme indispensable de raconter l’histoire de ces femmes courageuses qui se sont mobilisées et ont décidé d’obtenir le respect qu’elles méritaient ».

On doit la fondation du collectif des « Grands-mères kickboxeuses du Kenya » à la charismatique Beatrice Nyariara qui se trouve au cœur du film. Fatiguée de ne plus se sentir en sécurité dans sa propre maison une fois la nuit tombée, celle-ci se disait auparavant incapable de trouver le sommeil de peur d’être agressée, violée, voire assassinée.

« Elle se fichait de savoir si vous étiez là ou non. C’était son quotidien, elle ne jouait pas un rôle et n’hésitait pas à exprimer le fond de sa pensée », se remémorait Foster.

Ne comptant au départ que quelques membres, cette petite communauté s’est structurée et a rapidement accueilli de nouvelles recrues. Au cours des séances organisées chaque semaine, les participantes apprennent aussi à mieux se connaître et à compter les unes sur les autres.

Beatrice Nyariara — © Vimeo

Cela fait maintenant dix ans que ces grands-mères kényanes pratiquent l’autodéfense, et cet entraînement a déjà permis à plusieurs membres du groupe de faire fuir leurs agresseurs. Un bel exemple de résilience, mais aussi de la force de la mobilisation collective face aux injustices.

Par Yann Contegat, le

Source: National Geographic

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