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DPE 2027 : 300 000 logements vont changer de classe sans qu’on touche à un seul mur

Un arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel une semaine plus tard, modifie une seule ligne du calcul du diagnostic de performance énergétique. Le coefficient d’énergie primaire de l’électricité passe de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Trois chiffres, aucun travaux, et environ 300 000 résidences principales qui changent d’étiquette.

Parmi elles, à peu près 200 000 logements classés F et 100 000 classés G remontent d’un cran. Dans le parc locatif privé, 125 000 biens sortent du statut de passoire thermique. Le stock de logements F et G recule de 10 % à l’échelle nationale et de 14 % dans le parc mis en location.

La mesure est passée quasiment inaperçue en plein mois d’août. Elle concerne pourtant tout propriétaire chauffé à l’électricité, tout bailleur au bord d’une interdiction de location, et tout acheteur qui négocie sur la base d’une lettre. On a repris le calcul, on a établi les seuils exacts de bascule la question qui intéresse un propriétaire n’est pas « combien de logements changent » mais « le mien change-t-il » et on a listé ce que la réforme ne change pas, à commencer par la facture. C’est le prolongement direct de notre comparatif du coût réel des énergies de chauffage : le DPE et la facture mesurent deux choses différentes, et cette réforme le démontre mieux que n’importe quelle explication.

Ce qu’est ce coefficient, en une minute

Le DPE ne mesure pas ce que vous consommez. Il mesure l’énergie primaire mobilisée pour produire ce que vous consommez.

Pour le gaz, le fioul ou le bois, le coefficient vaut 1 : un kilowattheure brûlé chez vous correspond à un kilowattheure prélevé à la source, aux pertes de transport près. Pour l’électricité, il a longtemps valu 2,3 un kilowattheure au compteur supposait 2,3 kilowattheures d’énergie primaire, principalement à cause du rendement thermodynamique des centrales.

Ce chiffre a été ramené à 1,9 lors d’une réforme précédente, et il passe donc à 1,7. La justification tient au mix électrique français, largement nucléaire et renouvelable, et à la directive européenne 2023/1791 sur l’efficacité énergétique, qui a révisé la méthode de conversion.

La conséquence arithmétique est simple : la consommation d’énergie primaire d’un logement tout électrique baisse de 10,5 % sur le papier, sans qu’un seul watt de moins ne soit consommé. Le radiateur est le même, la facture est la même, l’isolation est la même. Seul le diviseur a changé.

Précision utile : les logements chauffés au gaz, au fioul ou au bois ne gagnent rien. Leur coefficient reste à 1. Cette réforme est un transfert d’avantage relatif entre énergies, pas une amélioration générale du parc.

Le tableau que personne ne publie : votre logement bascule-t-il ?

Le DPE classe selon la consommation d’énergie primaire en kilowattheures par mètre carré et par an. Voici les bornes officielles, et la fourchette dans laquelle un logement chauffé à l’électricité descend d’une classe le 1er janvier.

ClasseConsommation (kWhEP/m²/an)Zone de bascule vers la classe inférieure
Amoins de 70—
B70 à 110de 70 à 78
C110 à 180de 110 à 123
D180 à 250de 180 à 201
E250 à 330de 250 à 279
F330 à 420de 330 à 369
Gplus de 420de 420 à 469

Mode d’emploi. Sortez votre DPE, relevez la valeur en kWhEP/m²/an elle figure sur l’étiquette énergie, sous la lettre. Si elle tombe dans la fourchette de la colonne de droite, votre logement descend d’une classe au 1er janvier 2027. Si elle est au-dessus, il ne bouge pas.

Quelques cas concrets, pour fixer les idées :

Valeur actuelleClasse aujourd’huiValeur au 1er janvierClasse en 2027
450G403F
430G385F
400F358F, pas de changement
360F322E
335F300E
300E268E, pas de changement
270E242D
200D179C

La lecture qui surprend le plus : un logement à 400 kWhEP ne gagne rien alors qu’un logement à 360 gagne une lettre. La réforme ne récompense pas les plus mauvais élèves, elle déplace mécaniquement des bornes. Un propriétaire à 400 restera en F et sera concerné par l’interdiction de location de 2028 ; son voisin à 360 en sortira, pour un écart de performance réelle de 10 %.

Un point à ne pas oublier : le DPE retient la plus mauvaise des deux étiquettes, énergie et climat. Pour un logement chauffé à l’électricité, l’étiquette climat est très favorable et c’est bien l’énergie qui commande. Pour un logement à chauffage mixte, vérifiez les deux avant de conclure.

Faut-il refaire un diagnostic ?

Non, et c’est la bonne nouvelle du dossier. Les DPE en cours de validité pourront faire l’objet d’une attestation gratuite de changement d’étiquette, générée par l’ADEME. Pas de nouveau diagnostiqueur à faire venir, pas de 150 à 250 € à sortir.

Trois réflexes à avoir malgré tout.

Attendre janvier. Faire réaliser un DPE en octobre ou novembre 2026 revient à payer pour un document qui sera périmé dans sa lettre trois mois plus tard. Si une vente ou une mise en location n’est pas urgente, décaler le diagnostic de quelques semaines est rentable.

Vérifier la validité. L’attestation s’applique aux diagnostics en cours de validité. Un DPE réalisé sous une méthode antérieure et arrivé à échéance ne sera pas requalifié : il faudra en refaire un, qui intégrera d’emblée le nouveau coefficient.

Ne pas signer sur une lettre qui va changer. Pour un compromis de vente ou un bail signé en fin d’année, la lettre mentionnée sera l’ancienne. Ça n’a rien d’illégal, mais ça pèse dans une négociation et un acheteur informé le sait.

Ce que ça change pour la location

C’est le point qui a fait réagir. Le calendrier d’interdiction de location est indexé sur les lettres.

ClasseStatut locatif
GInterdite à la location depuis le 1er janvier 2025
FInterdiction à compter de 2028
EInterdiction annoncée pour 2034

Un logement locatif qui passe de G à F redevient donc louable, et un logement qui passe de F à E gagne six ans de sursis. Sur les 125 000 biens locatifs concernés, l’effet est immédiat et considérable pour leurs propriétaires.

La consultation publique sur le projet d’arrêté a d’ailleurs recueilli 110 contributions, dont 78 défavorables et 29 favorables. Le reproche principal des opposants tient en une phrase : la réforme réduit la pression réglementaire sur la rénovation sans améliorer un seul logement.

L’argument est fondé sur les faits. Il faut cependant lui opposer une objection tout aussi factuelle : le coefficient de 2,3 puis de 1,9 pénalisait le chauffage électrique par rapport à sa réalité physique dans un mix décarboné, et poussait des propriétaires vers des remplacements d’équipement qui ne réduisaient ni leur facture ni leurs émissions. Les deux critiques peuvent être justes en même temps. Ce qui est certain, c’est que la lettre n’a jamais été une mesure de confort ni de dépense.

Le piège que personne n’a signalé : gagner une lettre peut coûter des aides

Voici le point le plus contre-intuitif de la réforme, et il n’apparaît dans aucune des reprises qu’on a lues.

Plusieurs dispositifs d’aide à la rénovation réservent ou prolongent l’accès aux logements les plus mal classés. Depuis le 1er septembre 2026, six gestes sont sortis du parcours par geste de MaPrimeRénov’ dont le chauffage biomasse, le chauffe-eau thermodynamique et le solaire thermique les logements classés F et G conservant seuls l’accès jusqu’au 31 décembre 2027.

Un propriétaire de logement F qui bascule en E le 1er janvier perd donc cette fenêtre. Il n’a rien fait, son logement n’a pas changé, et une aide qui lui était accessible fin 2026 ne l’est plus début 2027.

La conséquence pratique est nette pour qui envisage des travaux : si votre logement est classé F ou G aujourd’hui et que vous prévoyez un geste éligible, examinez le calendrier maintenant plutôt qu’au printemps. Trois mois séparent la situation actuelle de la nouvelle grille.

Acheter ou vendre entre maintenant et janvier

Trois mois séparent le marché de la nouvelle grille, et cette période a ses règles propres.

Côté vendeur. Si le bien est chauffé à l’électricité et se situe dans une zone de bascule, attendre janvier améliore la lettre affichée dans l’annonce sans dépenser un euro. L’écart de prix entre deux classes voisines n’est pas anecdotique sur le marché français, et il est plus marqué sur les lettres basses, là où la lettre déclenche un raisonnement de travaux plutôt qu’une simple préférence. Un bien à 360 kWhEP mis en vente en février s’affiche en E ; le même mis en vente en novembre s’affiche en F.

Côté acheteur. L’inverse est vrai, et c’est une carte à jouer d’ici la fin de l’année. Un logement affiché en F aujourd’hui, dont la valeur en kWhEP se situe entre 330 et 369, passera en E sans travaux. L’acheteur qui a fait le calcul sait que la décote liée à la lettre va se réduire, et peut arbitrer en conséquence soit en accélérant, soit en négociant sur la performance réelle plutôt que sur l’étiquette.

Dans les deux cas, la donnée à demander n’est pas la lettre mais la valeur chiffrée. Une annonce qui affiche « classe F » sans le nombre de kilowattheures est inexploitable pour ce raisonnement, et un vendeur qui refuse de le communiquer alors qu’il figure sur le diagnostic mérite qu’on s’interroge.

Le cas particulier des copropriétés

Pour un appartement en immeuble collectif, deux diagnostics coexistent et se confondent souvent dans les conversations.

Le DPE individuel du lot est celui qui figure dans une annonce de vente ou de location, et c’est lui qui déclenche ou non l’interdiction de louer. Il est concerné par la réforme si le chauffage est électrique ce qui est fréquent dans les copropriétés des années 1960 à 1980 équipées de convecteurs, précisément la catégorie de biens la plus représentée parmi les logements requalifiés.

Le DPE collectif de l’immeuble, lui, relève de la copropriété et suit son propre calendrier d’obligation selon la taille du bâtiment. Un immeuble chauffé collectivement au gaz ne gagnera rien à la réforme, même si certains lots disposent d’appoints électriques.

Conséquence pratique pour un copropriétaire : si le chauffage est individuel et électrique, la bascule de janvier vous concerne directement et personne dans la copropriété n’a de démarche à faire à votre place. Si le chauffage est collectif au gaz ou au fioul, la réforme vous est indifférente et les travaux votés en assemblée restent le seul levier.

Ce que la réforme ne change absolument pas

Cinq points, à garder en tête avant de se réjouir d’une lettre.

La facture. Aucun kilowattheure économisé. Un logement qui passe de F à E consomme exactement la même chose le 2 janvier que le 31 décembre, et coûte exactement le même prix à chauffer.

Les déperditions. Les murs, les fenêtres, les ponts thermiques, la toiture. Rien n’est traité. Un logement mal isolé reste un logement mal isolé, avec les mêmes courants d’air et la même inertie.

Le confort d’été. C’est la réserve la plus sérieuse, et elle vise particulièrement les petites surfaces urbaines chauffées à l’électricité, qui constituent le gros des logements requalifiés. Studios et deux-pièces sous combles, mal isolés, orientés plein sud : ils sortent du statut de passoire thermique sans qu’un degré de moins ne soit atteint en août.

L’étiquette climat. Elle est calculée sur les émissions de gaz à effet de serre et n’est pas concernée. Un logement au gaz bloqué par son étiquette climat le reste.

La valeur d’usage à la revente. Une lettre s’améliore, un acquéreur averti demande la valeur en kWhEP et le détail des déperditions. La décote liée à une mauvaise performance ne disparaît pas parce qu’une borne administrative a bougé.

Ce qu’il reste à faire, réforme ou pas

La hiérarchie des actions n’est pas modifiée par un coefficient. Elle reste, par ordre de rentabilité sur un logement chauffé à l’électricité :

L’isolation des combles perdus, poste le plus rentable du bâtiment et le moins cher au mètre carré. Le calfeutrage des entrées d’air parasite. La régulation, qui reste le geste au meilleur rapport effort/résultat notre dossier sur les thermostats connectés chiffre les gains selon le point de départ. Le remplacement des convecteurs anciens, qui ne change pas le rendement mais change la régulation et le confort, comme on l’a détaillé à propos des radiateurs dits économiques.

Et pour un logement tout électrique, l’arbitrage tarifaire pèse souvent davantage qu’une lettre : le seuil de bascule vers l’option heures creuses et l’intérêt réel de Tempo sont chiffrés dans notre comparatif des options d’électricité. Un propriétaire qui gagne une lettre le 1er janvier et qui reste sur une option tarifaire inadaptée aura amélioré son diagnostic et pas sa facture.

Reste enfin la production sur place, dont la rentabilité dépend du profil de consommation en journée bien plus que de la puissance installée notre dossier sur les kits solaires plug and play détaille les cas où le calcul tient et ceux où il ne tient pas.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui change exactement dans le DPE au 1er janvier 2027 ?

Le coefficient de conversion en énergie primaire de l’électricité passe de 1,9 à 1,7, par un arrêté du 19 août 2026 publié au Journal officiel le 26 août. La consommation d’énergie primaire d’un logement chauffé à l’électricité baisse mécaniquement de 10,5 % sur le diagnostic, sans aucune modification du bâtiment.

Combien de logements vont changer de classe ?

Environ 300 000 résidences principales, dont à peu près 200 000 actuellement classées F et 100 000 classées G. Dans le parc locatif privé, environ 125 000 logements sortent du statut de passoire thermique. Le stock de F et G recule de 10 % au niveau national, et de 14 % dans le parc mis en location.

Comment savoir si mon logement gagne une classe ?

Relevez la valeur en kWhEP/m²/an sur votre DPE. Un logement chauffé à l’électricité descend d’une classe si cette valeur se situe entre 330 et 369 (F vers E), entre 420 et 469 (G vers F), entre 250 et 279 (E vers D) ou entre 180 et 201 (D vers C). Au-dessus de ces fourchettes, il ne bouge pas.

Faut-il refaire un DPE pour bénéficier du nouveau calcul ?

Non. Les diagnostics en cours de validité pourront faire l’objet d’une attestation gratuite de changement d’étiquette, générée par l’ADEME. En revanche, un DPE arrivé à échéance devra être refait, et intégrera alors d’emblée le nouveau coefficient.

Un logement chauffé au gaz gagne-t-il aussi une classe ?

Non. Le coefficient d’énergie primaire du gaz, du fioul et du bois reste fixé à 1 et n’est pas modifié. La réforme ne concerne que l’électricité. Elle déplace l’avantage relatif entre énergies, elle n’améliore pas le classement général du parc.

Ma facture va-t-elle baisser ?

Non, d’aucun euro. Le DPE mesure une énergie primaire conventionnelle, pas une consommation facturée. Le logement consomme la même chose, l’isolation est identique, les déperditions aussi. Seule la lettre change.

Ce qu’on retient

Pour un bailleur au bord d’une interdiction de location, la réforme est une respiration réelle, et il serait absurde de faire la fine bouche : 125 000 logements locatifs sortent d’une impasse juridique le 1er janvier. Le geste à faire est simple relever la valeur en kWhEP sur le diagnostic existant, la comparer aux fourchettes du tableau, et demander l’attestation ADEME début janvier.

Pour un occupant, elle ne change rien du tout. La lettre s’améliore, le logement non, la facture non plus. Et si des travaux sont envisagés avec une aide réservée aux classes F et G, la fenêtre se referme le 31 décembre.

Il reste une question que ce dossier ne tranche pas, parce que personne ne peut la trancher aujourd’hui : un indicateur qu’on recalibre trois fois en cinq ans conserve-t-il sa fonction de signal ? Les propriétaires, les acheteurs et les locataires ont appris à lire une lettre. Trois révisions successives du mode de calcul leur apprennent surtout à s’en méfier ce qui est peut-être la bonne réaction, mais sûrement pas l’objectif recherché.

Par Antoine - Daily Geek Show, le

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