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Heures creuses : 9,3 millions de compteurs vont changer d’horaires à distance, et personne ne vous demandera votre avis

Votre facture d’électricité va changer sans que vous ayez rien demandé. Pas le prix du kilowattheure les heures auxquelles il est bon marché. Enedis a commencé à déplacer les plages d’heures creuses à distance, par le compteur Linky, et la deuxième phase concerne environ 9,3 millions de clients.

Le principe reste le même : huit heures creuses par jour, facturées 0,1589 € le kilowattheure contre 0,2142 € en heures pleines au tarif réglementé en vigueur. Ce qui bouge, c’est leur emplacement dans la journée. Au moins cinq heures consécutives restent la nuit, entre 23 h et 7 h. Les trois autres peuvent basculer l’après-midi, entre 11 h et 17 h.

Pour la plupart des foyers, l’opération sera neutre : le ballon d’eau chaude piloté par le compteur suivra les nouvelles heures tout seul, sans intervention. Pour les autres et ils sont nombreux elle coûtera entre trente et soixante euros par an, sans qu’aucune alerte ne se déclenche. La différence tient à un détail technique que personne n’explique, et c’est tout l’objet de ce dossier. Il complète ce que nous avions établi dans notre comparatif des options tarifaires Base, Heures creuses et Tempo, dont les seuils de rentabilité restent valables.

Ce qui change exactement

Les nouvelles règles sont fixées par la Commission de régulation de l’énergie, pas par votre fournisseur ni par Enedis. Elles tiennent en quatre points.

RègleContenu
Durée totaleToujours 8 heures creuses par jour
NuitAu moins 5 heures consécutives entre 23 h et 7 h
Après-midiJusqu’à 3 heures, entre 11 h et 17 h
SaisonEn été (avril à octobre), au moins 2 heures l’après-midi. En hiver (novembre à mars), les 8 heures peuvent rester la nuit

Deux conséquences pratiques à retenir. D’abord, les plages deviennent saisonnières : vos heures creuses d’août ne seront plus celles de janvier, et il faudra deux programmations au lieu d’une. Ensuite, et c’est le point qui agace le plus, vous ne choisissez pas vos horaires. Enedis les fixe en fonction de l’état du réseau local, rue par rue. Deux voisins alimentés par des départs différents peuvent se retrouver avec des plages distinctes.

Le changement est appliqué à distance, par une commande envoyée au compteur. Aucun technicien ne se déplace, aucune intervention n’est nécessaire, et c’est précisément ce qui rend l’opération invisible. Le compteur communicant permet ce type de pilotage à distance depuis son déploiement un pouvoir dont nous avions examiné d’autres usages dans notre dossier sur les données collectées par les compteurs Linky.

Qui est concerné, qui ne l’est pas

Environ 14,5 millions de clients disposaient d’une option heures creuses début 2025. À peu près 3,5 millions avaient déjà des plages conformes aux nouvelles règles. Restaient environ 11 millions de compteurs à modifier, dont 9,3 millions dans la phase en cours.

Sont exclus du dispositif : les clients à l’option Tempo, ceux qui disposent de super-heures creuses, les offres fondées sur le week-end, les offres indexées sur le marché de gros, ainsi que la Corse et les territoires d’outre-mer. Les clients desservis par une entreprise locale de distribution suivent les mêmes règles, selon un calendrier qui peut différer.

Le test pour savoir si vous êtes concerné tient en une lecture. Regardez vos plages actuelles sur votre facture ou dans votre espace client : si l’une de vos heures creuses tombe entre 7 h et 11 h, ou entre 17 h et 23 h, vous serez modifié. Ces créneaux disparaissent du dispositif, parce qu’ils correspondent aux moments où le réseau est le plus sollicité.

Le calendrier, et pourquoi il est flou

C’est le point sur lequel il faut être honnête : les sources ne concordent pas. Enedis annonce une bascule entre décembre 2026 et octobre 2027. EDF communique sur une fenêtre allant du 4 novembre 2026 au 30 novembre 2027. Les professionnels passeraient en dernier, au second semestre 2027.

L’écart n’est pas inquiétant, il traduit la différence entre le calendrier technique du gestionnaire de réseau et le calendrier commercial des fournisseurs. Mais il signifie qu’on ne peut pas vous donner votre date.

Ce qui est en revanche certain, et c’est ce qui compte : c’est votre fournisseur, et non Enedis, qui doit vous prévenir au moins un mois avant le changement. Il connaît la liste des compteurs concernés six mois à l’avance. L’information peut arriver par courrier, par courriel, ou sous forme d’une mention sur une facture ce dernier canal étant celui où elle a le plus de chances de passer inaperçue.

Conséquence : si vous recevez dans les mois qui viennent un courrier de votre fournisseur qui ressemble à une communication administrative sans intérêt, ouvrez-le. C’est probablement celui-là.

Le piège : les appareils que le compteur ne pilote pas

Voici le cœur du sujet, et la raison pour laquelle cette réforme sera neutre pour certains foyers et coûteuse pour d’autres.

Un ballon d’eau chaude peut être commandé de deux façons. Soit par le contact sec du compteur — un fil qui relie le compteur au contacteur jour/nuit du tableau électrique. Dans ce cas, le compteur dit au ballon quand chauffer, et le ballon suit automatiquement les nouvelles heures creuses. Rien à faire.

Soit par une horloge mécanique ou un programmateur réglé à la main, qui déclenche le chauffage à une heure fixe indépendamment du compteur. Dans ce cas, le ballon continuera de chauffer aux anciennes heures. Et si celles-ci ne sont plus des heures creuses, il chauffera au tarif plein, tous les jours, sans que rien ne le signale.

La même logique s’applique à trois autres postes :

Le lave-linge et le lave-vaisselle en départ différé, programmés une fois pour toutes à une heure qui était creuse. Le chargeur de voiture électrique réglé pour démarrer à heure fixe. Et tout programmateur de chauffe-eau installé indépendamment du tableau.

Comment savoir de quel côté vous êtes : ouvrez votre tableau électrique et cherchez un contacteur jour/nuit — un module avec un petit interrupteur à trois positions, marqué Auto, I et 0. S’il existe et qu’il est en position Auto, votre ballon est piloté par le compteur. S’il n’y a qu’une horloge avec une molette crantée, il ne l’est pas.

Ce que ça coûte si vous ne faites rien

L’écart entre heures pleines et heures creuses est de 0,0553 € par kilowattheure au tarif réglementé en vigueur depuis le 1er août 2026. Voici ce que représente un ballon mal réglé.

Consommation annuelle du ballonSi 25 % passe en heures pleinesSi 37 % passe en heures pleinesSi 50 % passe en heures pleines
1 200 kWh (foyer de 2 personnes)+17 €/an+25 €/an+33 €/an
1 800 kWh (foyer de 3 à 4 personnes)+25 €/an+37 €/an+50 €/an
2 500 kWh (foyer nombreux)+35 €/an+52 €/an+69 €/an

La colonne du milieu correspond au scénario le plus probable : trois heures sur huit déplacées, soit 37 % de la chauffe qui tombe en dehors des nouvelles plages.

À quoi s’ajoutent les autres appareils. Un lave-linge en départ différé représente environ 10 € par an s’il bascule entièrement en heures pleines, un lave-vaisselle 14 €, et la recharge d’une voiture électrique sur 3 000 kilomètres annuels près de 30 €.

Cumul pour un foyer type qui ne reprogramme rien : environ 61 € par an. Ce n’est pas une catastrophe. C’est aussi, rapporté au temps nécessaire pour corriger une demi-heure, une fois l’un des meilleurs taux horaires disponibles cet hiver.

Pourquoi l’après-midi, et pourquoi maintenant

La question qui vient naturellement : pourquoi déplacer des heures creuses vers le milieu de la journée, alors que la logique historique était de pousser la consommation vers la nuit ?

Parce que le réseau a changé de forme. Les heures creuses nocturnes ont été inventées dans un système où la production de nuit était abondante et peu flexible, et où il fallait trouver des consommateurs pour l’absorber. Ce raisonnement tient toujours l’hiver. Il ne tient plus l’été.

Entre avril et octobre, la production solaire française culmine en milieu de journée, à un moment où la consommation est faible. Le réseau se retrouve avec un excédent qu’il faut écouler, parfois à prix négatif. Déplacer des heures creuses vers 11 h-17 h revient à créer de la demande au moment précis où l’électricité est la moins chère à produire et la moins carbonée.

D’où le caractère saisonnier du nouveau dispositif, qui n’est pas une complication administrative mais la traduction directe de cette réalité : au moins deux heures l’après-midi en été, zéro obligation l’hiver.

Conséquence pour les propriétaires de panneaux solaires, et elle est contre-intuitive : des heures creuses l’après-midi entrent en concurrence directe avec votre autoconsommation. L’électricité que vous produisez gratuitement arrive au même moment que l’électricité réseau devenue bon marché, ce qui réduit l’intérêt de décaler vos usages sur votre propre production. Le calcul de rentabilité d’un kit solaire s’en trouve légèrement modifié — un point à ajouter aux arbitrages que nous avions détaillés sur les kits solaires plug and play.

La vérification à faire en cinq minutes

1 · Relevez vos plages actuelles. Sur votre facture, rubrique « détail de votre consommation », ou dans votre espace client. Notez-les.

2 · Repérez si vous êtes concerné. Une heure creuse entre 7 h et 11 h, ou entre 17 h et 23 h : vous serez modifié.

3 · Ouvrez le tableau électrique. Cherchez le contacteur jour/nuit. S’il est là et en position Auto, votre ballon suivra tout seul. Sinon, notez qu’il faudra le reprogrammer.

4 · Listez ce qui tourne à heure fixe. Ballon sur horloge, départs différés, chargeur de voiture, pompe de piscine, programmateur de chauffage électrique.

5 · Mettez le courrier de côté. Quand la notification arrive, relevez les deux nouvelles plages — celle d’été et celle d’hiver — et reprogrammez le même jour. L’erreur classique est de remettre à plus tard une tâche de dix minutes qui coûte quatre euros par mois.

Le bon moment pour vérifier si l’option vous sert encore

Puisqu’il faut de toute façon regarder sa facture, autant poser la question qui précède toutes les autres : l’option heures creuses est-elle encore rentable pour vous ?

Au tarif en vigueur, les abonnements des options Base et Heures creuses sont identiques à 6 kVA 190,32 € par an. Le seul arbitrage porte donc sur le prix du kilowattheure, et le point d’équilibre se situe à 25,5 % de votre consommation déplacée en heures creuses. En dessous, l’option Base coûte moins cher.

Un quart de sa consommation en heures creuses paraît facile à atteindre. En pratique, un foyer sans ballon d’eau chaude électrique, sans voiture électrique et sans chauffage électrique y arrive rarement : la plus grande part de la consommation d’un tel foyer tombe le matin et le soir. Beaucoup de clients paient depuis des années une option dont ils ne tirent rien.

La réforme est l’occasion de reposer le calcul, d’autant que des plages l’après-midi peuvent améliorer le score d’un foyer présent la journée un retraité, un télétravailleur et le dégrader pour un foyer absent de 8 h à 18 h. Nos seuils détaillés par profil figurent dans le comparatif du coût réel des énergies de chauffage, dont les hypothèses restent valables.

Si la nouvelle plage ne vous convient pas

Vous ne pouvez pas négocier vos horaires, mais vous n’êtes pas sans recours. Trois leviers existent, par ordre de simplicité.

Décaler les usages plutôt que les heures. C’est le plus efficace et le moins coûteux. Trois heures creuses l’après-midi en été, c’est le bon créneau pour une machine lancée avant de partir, pour la recharge d’une voiture qui reste au domicile la journée, et pour un ballon dont la chauffe peut être fractionnée en deux cycles. Un foyer qui accepte de réorganiser deux habitudes récupère plus que ce que la réforme lui retire.

Changer d’option. Si votre part de consommation en heures creuses passe durablement sous les 25,5 %, l’option Base devient moins chère. Le changement est gratuit, se fait par simple demande auprès du fournisseur, et prend effet sur la facture suivante. Attention au sens inverse : revenir ensuite aux heures creuses peut impliquer un délai, voire des frais selon les fournisseurs.

Remplacer le pilotage. Pour un ballon sur horloge mécanique, faire poser un contacteur jour/nuit relié au compteur coûte de l’ordre de 100 à 200 € avec la main-d’œuvre, et supprime définitivement le problème y compris pour les réformes suivantes. Sur un ballon de 2 500 kWh, l’investissement se rembourse en trois à quatre ans, et il transforme un réglage à refaire deux fois par an en une opération automatique. Le raisonnement est le même que celui du pilotage du chauffage, dont nous avions chiffré les temps de retour dans notre dossier sur les thermostats.

Une dernière option à écarter, parce qu’elle revient souvent dans les discussions : refuser le changement. Ce n’est pas prévu. La modification relève des conditions d’accès au réseau fixées par le régulateur, pas du contrat commercial avec votre fournisseur, et aucune procédure d’opposition individuelle n’existe.

Questions fréquentes

Quelles sont les nouvelles plages d’heures creuses en 2026 ?

Toujours huit heures par jour, dont au moins cinq consécutives la nuit entre 23 h et 7 h. Jusqu’à trois heures peuvent être déplacées l’après-midi, entre 11 h et 17 h. En été, d’avril à octobre, au moins deux heures sont placées l’après-midi ; en hiver, les huit heures peuvent rester la nuit.

Suis-je concerné par le changement des heures creuses ?

Regardez vos plages actuelles sur votre facture : si l’une de vos heures creuses tombe entre 7 h et 11 h, ou entre 17 h et 23 h, votre compteur sera modifié. Environ 9,3 millions de clients sont concernés par la phase en cours. Tempo, les offres week-end, les offres indexées sur le marché, la Corse et l’outre-mer sont exclus.

Quand mes heures creuses vont-elles changer ?

Les sources diffèrent : Enedis annonce décembre 2026 à octobre 2027, EDF communique sur novembre 2026 à novembre 2027. Impossible de donner une date individuelle. En revanche, votre fournisseur doit vous prévenir au moins un mois avant, par courrier, courriel ou mention sur facture.

Faut-il reprogrammer son ballon d’eau chaude ?

Seulement s’il n’est pas piloté par le compteur. Cherchez un contacteur jour/nuit dans votre tableau électrique : s’il est présent et en position Auto, le ballon suivra les nouvelles heures automatiquement. S’il n’y a qu’une horloge mécanique à molette, il faudra la régler à la main.

Combien coûte un ballon d’eau chaude mal réglé après le changement ?

Environ 37 € par an pour un ballon de 1 800 kWh dont trois heures de chauffe sur huit basculent en heures pleines, l’écart entre les deux tarifs étant de 0,0553 € par kilowattheure. En ajoutant un lave-linge et un lave-vaisselle en départ différé, le total atteint une soixantaine d’euros par an.

Peut-on choisir ses heures creuses ?

Non. Enedis les fixe en fonction de l’état du réseau local, et deux voisins alimentés par des départs différents peuvent avoir des plages distinctes. La seule marge de manœuvre est de changer d’option tarifaire, ou de fournisseur pour une offre qui n’entre pas dans le dispositif.

Ce qu’on retient

Une réforme silencieuse, appliquée à distance, qui ne demande aucune démarche et ne coûte rien à la majorité des foyers. Pour les autres, elle coûtera une soixantaine d’euros par an, et la différence ne tient pas à la chance : elle tient à un contacteur dans le tableau électrique.

Trois gestes couvrent le sujet. Ouvrir le tableau pour savoir si le ballon est piloté par le compteur. Lister ce qui tourne à heure fixe dans la maison. Et ouvrir le courrier du fournisseur quand il arrivera, au lieu de le classer avec les autres.

Reste une réserve honnête. Cette réforme est défendable techniquement le réseau a réellement changé de forme, et créer de la demande en milieu de journée l’été a un sens physique et climatique. Elle est en revanche appliquée sans consultation, sans choix d’horaires, et notifiée par un canal qui peut se réduire à une ligne sur une facture. Pour un dispositif qui touche 9,3 millions de foyers et modifie leur facture, c’est peu.

Par Antoine - Daily Geek Show, le

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