
L’étude au long cours du plus grand groupe de chimpanzés sauvages a révélé une scission nette ainsi que des affrontements violents et parfois mortels, poussant certains scientifiques à parler de « guerre civile ».
Affrontements meurtriers
Se basant sur trois décennies d’analyses comportementales et statistiques, ces nouveaux travaux indiquent un basculement relativement récent chez les chimpanzés du parc national ougandais de Kibale. Auparavant soudée, la communauté Ngogo a commencé à se morceler en 2015, avec des membres s’évitant tant sur le plan géographique que reproductif. Un scénario potentiellement lié à la mort de plusieurs mâles clés de cette communauté un an plus tôt.
En 2018, deux groupes de primates ont émergé, et, contrairement aux autres exemples documentés, la situation n’a depuis fait qu’empirer. Composé de 83 individus, le groupe occidental a commencé à s’en prendre physiquement au groupe central (107 individus), avec des attaques ciblant d’abord des adultes puis des juvéniles à partir de 2021. Les observations suggèrent au moins trois morts annuelles sur la période 2018-2024.
« Ce qui est particulièrement frappant, c’est que les chimpanzés tuent d’anciens compagnons », souligne Aaron Sandel, chercheur à l’université du Texas et auteur principal de l’étude, publiée dans la revue Science. « Les nouvelles identités de groupe prennent globalement le pas sur les dynamiques coopératives qui existaient depuis des années. »

Des implications potentielles pour notre compréhension des conflits humains
Dans les années 1970, la primatologue Jane Goodall avait été la première à qualifier la scission sanglante d’un groupe de chimpanzés tanzanien de « guerre civile ». Si Sandel reconnaît des similitudes, il note également un certain nombre de différences, incluant l’absence de « système culturel ».
« Le fait que la dynamique relationnelle puisse à elle seule entraîner la polarisation et des conflits meurtriers chez des chimpanzés dépourvus de parole, d’ethnicité ou de système idéologique, laisse également penser que ces marqueurs pourraient être éclipsés par quelque chose de plus fondamental chez les humains », estime le chercheur.
« Ainsi, ce sont peut-être les petits gestes quotidiens de réconciliation et de rapprochement entre les individus qui offrent les meilleures chances de paix. »
Précédemment, une étude avait montré que même après des décennies de séparation, chimpanzés et bonobos reconnaissaient leurs vieux amis.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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