
Oubliez un instant l’image bucolique d’abeilles volant nonchalamment de fleur en fleur dans un bourdonnement sourd. En Amérique centrale, une poignée d’espèces butinent… des carcasses en putréfaction.
Nectar macabre
Le genre Trigona recense 32 espèces d’abeilles sans dard. Observées au Costa Rica, trois espèces boudent complètement les fleurs. S’il leur arrive ponctuellement de récolter le sucre des nodules des tiges de différentes plantes, elles se nourrissent essentiellement de chair en décomposition.
Comme on peut l’imaginer, un tel régime alimentaire implique une série d’adaptations significatives. En 2021, une étude avait révélé que leur microbiote intestinal différait largement de celui de leurs cousines exclusivement phytophages.
« Il se révèle notamment riche en bactéries acidophiles [qui aident à décomposer la viande], qui sont absentes chez les proches parents de ces abeilles », écrivait l’entomologiste Quinn McFredrick. « Ces populations bactériennes, similaires à celles observées chez les vautours et d’autres espèces charognardes, leur fournissent également une protection contre les agents pathogènes présents sur les carcasses [toxines et microbes]. »
Ces « abeilles vautours » costariciennes possèdent également des mandibules spécialisées, qu’elles utilisent pour découper la chair malodorante dont elles se nourrissent, mais leur comportement global s’avère étroitement similaire à celui des espèces mellifères classiques. Une fois leur butin convoyé jusqu’à la ruche, il est soigneusement stocké puis utilisé pour nourrir les larves, dont la croissance nécessite un apport élevé en protéines.

Abeilles étranges
Parmi les autres abeilles atypiques, figurent également certaines espèces dites « oléicoles », qui ne collectent pas de pollen mais des lipides végétaux, qu’elles extraient grâce à des structures adaptées sur leurs pattes. Ceux-ci sont ensuite utilisés pour nourrir leurs larves ou tapisser les parois des nids.
Chez les abeilles à orchidées, les mâles ne récoltent ni nectar ni pollen, mais des molécules odorantes (également prélevées sur les charognes) afin de constituer une fragrance chimique complexe pour séduire les femelles.
Dans un tout autre genre, certaines abeilles adoptent un mode de vie parasite, infiltrant les colonies d’autres espèces pour y pondre leurs œufs, qui se développent grâce aux précieuses ressources accumulées par leurs hôtes.
Autre particularité de ces insectes fascinants : ils adaptent adaptent leurs mouvements de danse à leur public.