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Le cancer du poumon progresse chez les non-fumeurs et la pollution de l’air devient un suspect de plus en plus sérieux

Longtemps, le cancer du poumon semblait réservé aux fumeurs. Pourtant, des milliers de non-fumeurs développent aujourd’hui cette maladie sans cause évidente. Les chercheurs s’intéressent désormais à un suspect omniprésent et invisible : la pollution de l’air, notamment les particules fines urbaines.

Médecin montrant un scanner pulmonaire à une femme non-fumeuse dans un cabinet médical moderne
Les cancers du poumon chez les non-fumeurs progressent silencieusement. Les chercheurs pointent de plus en plus la pollution de l’air – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le cancer du poumon chez les non-fumeurs progresse silencieusement depuis plusieurs années

Pendant des décennies, le lien entre cigarette et cancer du poumon semblait presque mécanique. Pourtant, les services d’oncologie observent aujourd’hui une progression troublante des cas chez des personnes n’ayant jamais fumé. En France, près de 40 000 nouveaux diagnostics sont recensés chaque année, et une part croissante concerne des profils inattendus, notamment des femmes.

Le phénomène intrigue d’autant plus que ces cancers ne ressemblent pas toujours à ceux liés au tabac. Les médecins découvrent souvent des adénocarcinomes pulmonaires, des tumeurs situées dans les zones profondes du poumon, loin des grosses bronches directement exposées à la fumée. Chez certains patients, aucun facteur évident n’apparaît immédiatement.

Cette hausse reste encore difficile à expliquer totalement, mais les spécialistes parlent désormais d’un véritable changement de paysage sanitaire. Plusieurs études internationales, notamment relayées par le Centre international de recherche sur le cancer, montrent que les non-fumeurs touchés présentent des caractéristiques biologiques très différentes de celles observées chez les anciens fumeurs.

Les particules fines de la pollution atmosphérique deviennent un facteur de risque crédible

Depuis 2013, l’Organisation mondiale de la santé classe officiellement la pollution de l’air extérieur comme cancérigène pour l’être humain. Les particules fines issues des moteurs diesel, du chauffage urbain ou de certaines industries sont particulièrement surveillées, car elles pénètrent profondément dans les poumons jusqu’aux alvéoles les plus fragiles.

Le problème est devenu mondial. Selon plusieurs travaux relayés par le CIRC et la revue Nature, la pollution atmosphérique provoquerait plus de 3 millions de décès prématurés chaque année. Dans certaines mégapoles asiatiques, les habitants respirent quotidiennement un air chargé en microparticules capables de déclencher des inflammations chroniques invisibles.

Les chercheurs soupçonnent désormais ces particules de jouer un rôle bien plus complexe qu’une simple irritation pulmonaire. Certaines pourraient réveiller des mutations génétiques déjà présentes dans les cellules pulmonaires. Cette hypothèse fascine les scientifiques, car elle expliquerait pourquoi des personnes au mode de vie sain développent malgré tout des cancers agressifs.

Des mutations génétiques spécifiques permettent aujourd’hui des traitements beaucoup plus ciblés

Le cancer du poumon chez les non-fumeurs cache souvent des anomalies génétiques très spécifiques. Les chercheurs retrouvent régulièrement des mutations touchant les gènes EGFR, ALK ou KRAS, déjà bien connus en cancérologie. Ces découvertes ont profondément modifié la manière de traiter certains patients.

Plutôt que d’utiliser uniquement des chimiothérapies lourdes, les médecins disposent désormais de traitements ciblés capables d’attaquer précisément les cellules cancéreuses porteuses de ces anomalies. Cette approche de médecine personnalisée offre parfois des résultats spectaculaires, avec des tumeurs qui régressent rapidement chez certains malades.

Ces avancées changent aussi le regard porté sur la maladie. Pendant longtemps, le cancer du poumon restait associé à une responsabilité individuelle liée au tabac. L’augmentation des cas chez les non-fumeurs rappelle désormais que des facteurs environnementaux invisibles peuvent également bouleverser l’équilibre fragile du corps humain.

Les femmes et les populations asiatiques sont de plus en plus touchées par ces cancers

Les statistiques mondiales révèlent une autre énigme. Les cancers pulmonaires chez les non-fumeurs touchent plus fréquemment les femmes et les populations asiatiques. En Asie de l’Est, notamment en Chine, la combinaison entre urbanisation massive et pollution chronique semble particulièrement préoccupante pour les autorités sanitaires.

Certaines équipes de recherche explorent aussi le rôle possible des hormones féminines. Les cellules pulmonaires possèdent des récepteurs sensibles aux œstrogènes et à la progestérone, deux hormones capables d’influencer la prolifération cellulaire. Pour le moment, aucune certitude absolue n’existe, mais cette piste suscite un intérêt croissant dans les laboratoires.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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