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Image d’illustration — © Vipin Baliga / Flickr

Depuis plus de 16 ans, les scientifiques sont intrigués par un phénomène étrange : des milliers de larves de mouches se déplacent en groupe, formant une sorte de serpent grisâtre, connu sous le nom de « ver serpent ». Les scientifiques viennent de résoudre cette énigme en découvrant une nouvelle espèce de mouches qui se nourrissent de champignons.

L’origine du mystère

Le premier témoin du phénomène des vers serpents est Maggie Billington, une bénévole au Musée de l’université de l’Alaska à Fairbanks. En 2007, elle observe des milliers de larves minuscules, ressemblant à des vers, rampant le long d’une route en une longue ligne. 

Intriguée, elle a documenté l’observation et a apporté des photos et des échantillons au conservateur des insectes du musée du Nord de l’université de l’Alaska, Derek Sikes. “Je pensais que c’étaient des larves de mouches, mais je n’avais jamais entendu parler de ce phénomène de vers serpents”, dit-il dans un communiqué.

Dans une étude récente publiée dans Integrative Systematics : Stuttgart Contributions to Natural History, Sikes et son équipe ont finalement identifié les larves. Ils ont appelé l’espèce Sciara serpens. Ces moucherons fongiques, peu étudiés jusqu’à présent, présentent un comportement unique où leurs larves se regroupent et se déplacent en imitant la forme d’un serpent.

Identification d’une nouvelle espèce

Les mouches de l’espèce Sciara serpens appartiennent à la famille des Sciaridae, communément appelées mouches des champignons, car elles se nourrissent de matière organique en décomposition. Pour identifier l’espèce des mouches, M. Sikes a élevé des larves recueillies lors d’une seconde observation de vers serpents en 2007, jusqu’à ce qu’elles se transforment en mouches à ailes sombres.

Il remarque qu’elles ressemblent davantage à une espèce européenne, Sciara mirabilis, qu’aux espèces nord-américaines signalées dans le Maryland et l’Arkansas. Toutefois, ce n’est qu’en 2021 que l’équipe de Sikes confirme qu’il s’agit bien d’une espèce nouvelle pour la science.

L’auteur principal, Thalles Pereira, chercheur en insectes au musée du Nord de l’université de l’Alaska, a utilisé un puissant microscope pour analyser les organes génitaux des moucherons mâles et a découvert des changements morphologiques significatifs par rapport à leurs homologues européens.

L’origine ancienne de Sciara serpens

Le fait qu’une mouche d’Alaska soit plus proche d’une mouche d’Europe que de ses congénères nord-américains n’est pas si surprenant, selon les auteurs de l’étude. Ils expliquent que cela suit une tendance observée chez d’autres insectes d’Alaska, comme les sauterelles et les coléoptères, et qui remonte au Pléistocène (entre 2,6 millions et 11 700 ans avant notre ère). À cette époque, le pont terrestre de Béring reliait l’Alaska à l’Europe et à l’Asie, permettant aux insectes de se propager de la Sibérie orientale à l’Alaska, tandis que d’énormes couches de glace isolaient le reste de l’Amérique du Nord.

Les chercheurs pensent que les larves imitent la forme d’un serpent pour se protéger des prédateurs ou pour préserver l’humidité en se chevauchant. Les scientifiques ont encore beaucoup de travail à faire pour comprendre pleinement ces mouches des champignons et leurs habitudes larvaires particulières. 

Par ailleurs, Sikes et d’autres témoins des vers serpents ont signalé avoir vu des coléoptères courir à côté des larves, ce qui pourrait également faire l’objet d’une enquête. Les coléoptères pourraient se nourrir des larves de mouches, mais quand Sikes les a mis ensemble en laboratoire, les coléoptères ont surtout ignoré les larves, selon l’étude. Pour aller plus loin, découvrez l’incroyable serpent-pénis.

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