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De récentes recherches ont montré que les évènements traumatisants et stressants de l’enfance peuvent affecter le cerveau à l’âge adulte, avec la présence d’altérations spécifiques de structures clés du cerveau au niveau de l’amygdale et de l’hippocampe.

Une étude pionnière

Dans le cadre de travaux présentés dans le Journal of Psychiatry & Neuroscience, une équipe de chercheurs de l’université d’Alberta (Canada) a comparé les IRM de 35 adultes souffrant d’un trouble dépressif majeur (TMD) et de 35 sujets sains. Croisées avec différents questionnaires, ces analyses ont permis d’établir un lien entre le volume du tissu neural et le stress traumatique de l’enfance. Les expériences négatives et les mauvais traitements subis durant l’enfance étant des facteurs de risque connus pour le développement de troubles dépressifs, les changements dans les fonctions cérébrales pourraient en constituer l’une des principales causes.

« Maintenant que nous pouvons réellement identifier quelles sous-régions spécifiques de l’amygdale ou de l’hippocampe sont altérées de façon permanente par des incidents d’abus, de traumatismes ou de mauvais traitements subis pendant l’enfance, nous pouvons commencer à nous concentrer sur la manière d’atténuer, voire de renverser ces changements », estime Peter Silverstone, auteur principal de l’étude.

Associés à l’apprentissage, à la mémoire et à la gestion des émotions, de la peur et du stress, l’amygdale et l’hippocampe présentent un intérêt particulier pour les scientifiques qui étudient le développement des enfants, car ils continuent à grandir et à évoluer longtemps après la naissance. Les récentes améliorations de la technologie de l’IRM ont permis d’étudier en détail ces zones particulières du cerveau chez des sujets volontaires, en s’appuyant sur des recherches antérieures ayant examiné le lien entre le stress infantile et le volume du cerveau chez les animaux.

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Des dommages durables sur le cerveau

Les chercheurs suggèrent que les dommages causés au cours des premières années de vie pourraient rendre le cerveau (et plus particulièrement l’amygdale et l’hippocampe) plus vulnérable aux stress survenant plus tard dans la vie adulte.

« Bien que nous n’ayons pas trouvé d’effet significatif du trouble dépressif majeur ou du traitement antidépresseur à long terme sur les sous-noyaux de l’amygdale, nous avons constaté que les dommages subis pendant l’enfance étaient associés à des volumes de l’hippocampe et de l’amygdale réduits », soulignent les chercheurs. « Plus nous en savons sur la façon dont le stress et les traumatismes affectent le cerveau, ainsi que les structures et les régions spécifiques qu’il abrite, mieux nous pouvons adapter les traitements pour tenter de prévenir ou de gérer les troubles. Le ciblage des traitements est essentiel. »

Le fait que l’étude se concentre spécifiquement sur les blessures de l’enfance chez les personnes souffrant de dépression laisse une large place pour des recherches plus approfondies dans le domaine. Celles-ci seront notamment nécessaires pour distinguer les effets de la dépression, y compris les facteurs héréditaires, de l’impact des traumatismes eux-mêmes.

Il y a deux ans, des chercheurs d’Harvard avaient révélé que notre ADN pouvait conserver des traces de violences subies durant l’enfance ― TZIDO SUN / Shutterstock.com

Mieux comprendre les mécanismes de la dépression pour améliorer son traitement

On pense depuis longtemps que l’hippocampe est la partie du cerveau la plus exposée aux effets néfastes du stress physiologique et émotionnel, mais il reste encore beaucoup de travail pour comprendre pleinement ces relations. La dépression étant l’une des principales causes d’invalidité dans le monde, qui touche jusqu’à une personne sur dix à un moment donné, la recherche de meilleurs moyens de gérer et de traiter la dépression pourrait dépendre d’études comme celle-ci.

« Cela pourrait contribuer à éclairer la façon dont fonctionnent les nouveaux traitements prometteurs tels que les psychédéliques, car de plus en plus de preuves suggèrent qu’ils pourraient favoriser la repousse des tissus nerveux dans ces régions », souligne Silverstone.

« Comprendre les changements structurels et neurochimiques spécifiques du cerveau sous-tendant les troubles de santé mentale est une étape cruciale vers le développement de nouveaux traitements potentiels pour ces conditions, qui n’ont fait qu’augmenter depuis le début de la pandémie de Covid-19. »

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athena
Invité
athena

Je travaillais en psy, on savait déjà combien les enfants malheureux subissent des troubles psychologiques à l’âge adulte, mais ces découvertes-ci sont un formidable pas en avant dans la compréhension des pathologies !

Clar
Invité
Clar

Certes, mais avant cela il faut s’en prendre aux causes. La politique de protection de l’enfance est une honte dans notre pays. Et ne parlons pas de la violence rampante à tous les niveaux. Nous avons une société violente, dans ses mécanismes même ( compétition, primat de l’égotisme, promotion de… Lire la suite »