Connaissez-vous Stanislav Petrov, un des héros anonymes du XXe siècle ? Restée un temps inconnue, son histoire est pourtant celle d’un officier qui a un jour refusé d’obéir aux ordres, ce qui a permis d’éviter une guerre nucléaire en pleine guerre froide. Le Daily Geek Show vous raconte l’histoire de cet homme unique.

L’invasion de la Russie en Ukraine pourrait déclencher une guerre nucléaire entre les grandes nations. Cette situation tendue fait penser à la fois où l’une des armées soviétiques a évité que l’URSS lance une frappe nucléaire contre les États-Unis. L’événement en question date de la guerre froide, en 1983. À cette époque, la Russie n’attendait qu’un signe de représailles de l’Amérique pour lancer une riposte totale. Cependant, le pire a été évité grâce à Stanislav Petrov. Quelques minutes après minuit, les radars de la base soviétique ont signalé une attaque nucléaire venant des États-Unis. Petrov a signalé que le système était défectueux, précisant que le nombre de missiles indiqués sur la machine était minime pour qu’il s’agisse d’une attaque venant de l’ennemi.

Un missile (non nucléaire) est lancé depuis le navire USS Vandegrift

PROLOGUE : LE CRASH DU VOL KAL 007

D’origine russe, Stanislav Petrov est né le 7 septembre 1939 près de Vladivostok. Son père, Yevgraf, était l’un des pilotes des avions de chasse soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère était infirmière.

Un missile de type Titan (dont la tête nucléaire a été retirée) entreposé dans un silo à missile au Titan Missile Museum. © Tony Peters / Wikimedia Commons

Petrov a étudié à l’Académie d’ingénierie de l’aviation militaire de Kiev. Le jeune homme voulait suivre les traces de son père, dans les forces aériennes soviétiques. En 1972, il obtient son diplôme et rejoint le corps des forces de défense aérienne de l’URSS. Au début de l’année 1970, Petrov est affecté à l’organisation en charge du système qui prévoyait les attaques nucléaires venant des pays de l’OTAN. C’est dans ce régiment qu’il a effectué un exploit et a sauvé le monde d’une guerre nucléaire. Petrov s’est marié à Raisa avec qui il a eu un fils, Dimitri, et une fille, Yelena. Sa femme est décédée en 1997 d’un cancer.

Stanislav Petrov était lieutenant-colonel des forces de défense aérienne soviétiques lors de la guerre froide. Il a joué un rôle très important lors de l’incident de fausse alarme nucléaire de 1983. Trois semaines après que l’armée de l’URSS a abattu le vol 007 de Korean Air Lines, Petrov est devenu officier de service au centre de commandement du système d’alerte précoce en frappe nucléaire d’Oko. Lorsque le système a fait part d’une attaque venant des États-Unis, Petrov a désobéi aux ordres du protocole militaire de l’URSS. Il a soutenu qu’il s’agissait d’une erreur et a évité une contre-attaque contre l’Amérique sur la base de données erronées. Il faut prendre en compte que si les attaques avaient été lancées, les pays touchés auraient perdu la moitié de leur population.

Un avion de la Korean Air Lines en septembre 1981 © Hansueli Krapf / Wikimedia Commons

LA NUIT OÙ TOUT A FAILLI BASCULER

Selon la déposition de la Fédération de la Russie auprès de l’ONU, le pays ne lancerait une attaque nucléaire que si les représailles venant des autres pays étaient confirmées par plusieurs sources. Cependant, l’incident a montré qu’il y avait une faille dans le système d’alerte précoce soviétique. Donc, si à l’époque Petrov avait signalé l’arrivée d’un missile nucléaire venant des États-Unis, l’URSS aurait riposté, suivi de réactions en chaîne.

Image d’un radar en « mode nocturne » © BenFrantzDale / Flickr

C’est Petrov qui a indiqué que les données fournies par le radar étaient erronées. Cela a été confirmé plus tard, lorsque aucun missile ne vint entrer dans l’espace aérien soviétique. Il a soulevé qu’il s’agissait d’une fausse alarme due à un alignement rare de la lumière du soleil sur des nuages à haute altitude au-dessus du Dakota du Nord. L’erreur a ensuite été rectifiée après cet incident.

Défilé militaire de novembre 1983 pour commémorer la révolution d’Octobre 1917

Le problème réside dans le fait que Petrov a indiqué plus tard que sa prise de décision n’était pas fiable. Il s’est dit que le système avait été mis en place tout récemment, donc les données fournies pouvaient être fausses. En 2013, lors d’une interview, il a confirmé ses dires. Petrov a déclaré qu’il n’a jamais été sûr des résultats fournis par le système et que sa formation civile l’a aidé à prendre les bonnes décisions.

D’ABORD RÉPRIMANDÉ, FINALEMENT REMERCIÉ

Stanislav Petrov recevant un prix pour son (in)action. © Mikel Agirregabiria / Flickr

Petrov n’a jamais été décoré suite à cet événement. Lorsque le général Yury Votintsev a eu le rapport de Stanislav Petrov en main, il a déclaré que sa décision était la bonne et que cela méritait une récompense. Mais après avoir eu vent que le soldat n’était pas sûr de la décision qu’il avait prise, les responsables ont conclu que le lieutenant-colonel aurait pu faire subir une perte lourde à son pays, donc cela ne méritait aucunement une décoration.

Quelques jours plus tard, l’officier a finalement reçu une réprimande officielle venant de sa hiérarchie, non pas parce qu’il avait refusé d’obéir au protocole… mais pour ne pas avoir rempli correctement le journal de bord. Puis, après la chute de l’Union soviétique, son histoire s’est finalement répandue dans la presse. Stanislav a reçu plusieurs prix internationaux pour son acte héroïque.

© Queery-54 / Wikimedia Commons

De mauvaises décisions venant de chaque pays peuvent conduire à une nouvelle guerre mondiale. Cette fois-ci, les résultats seront plus que désastreux. Les grandes nations ont eu le temps de mettre au point des appareils nucléaires plus dévastateurs que ceux de 1983. Comme Petrov, il ne faut donc pas oublier que, même en temps de guerre, toutes les décisions ne doivent pas être prises à la légère. Pour aller plus loin, découvrez également l’histoire méconnue des 3 ingénieurs qui ont sauvé l’Europe.

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