
Au Danemark, des chasseurs de métaux ont découvert deux rares pièces d’argent datant de l’ère Viking. Visant initialement à « conjurer » leurs raids en Angleterre, elles ont finalement été transformées en bijoux par ce célèbre peuple nordique.
Agnus Dei
Comme l’explique le communiqué du Musée national du Danemark, ces pièces ont été frappées vers 1009, sous le règne du roi anglais Æthelred II, dit « le Malavisé », et présentaient des motifs chrétiens censés protéger le peuple anglais du « fléau viking ». Il semble que le monarque n’avait pas envisagé la possibilité que l’envahisseur en apprécie l’esthétique.
« C’est presque tragicomique », souligne la conservatrice Gitte Ingvardson. « Ces pièces extrêmement rares qui étaient destinées à conjurer symboliquement les raids vikings ont fini par être portées comme bijoux ou amulettes par ces derniers. »
Ces pièces « anti-vikings » sont connues sous le nom d’Agnus Dei (Agneau de Dieu). L’une de leurs faces présente un agneau transpercé par une croix, renvoyant au sacrifice du Christ, ainsi que les lettres grecques alpha et oméga, correspondant au commencement et à la fin. L’autre est ornée d’une colombe prenant son envol, symbolisant le Saint-Esprit.
« Les pièces anglaises modernes comportent également une croix au revers, mais pas d’agneau, tandis que le profil du roi figure sur leur avers », explique Ingvardson.

« Recyclage » médiéval
À ce jour, seuls 30 Agnus Dei ont été mis au jour, essentiellement en Scandinavie, ce qui suggère qu’ils ont été pillés par les Vikings. La présence d’anneaux métalliques soudés indique qu’ils étaient sans doute utilisés comme pendentifs par ces derniers.
« Ils se sont rapidement rendu compte qu’il était bien plus pratique d’utiliser des pièces de monnaie que de tailler l’argent en morceaux pour commercer », détaille Ingvardson. « Ces pièces chrétiennes rares sont des témoignages historiques importants qui relient notamment la royauté anglaise et danoise. »
L’ère viking a pris fin en 1066, et les habitants de ce qui est aujourd’hui le Danemark se sont progressivement convertis au christianisme, alors que le paganisme nordique déclinait. Précédemment, des dizaines de sépultures datant des années 1100, que l’on suppose être celles de certains des premiers chrétiens nordiques, avaient été mises au jour dans un cimetière danois médiéval.
Plus tôt cette année, la découverte en Norvège de la sépulture d’une femme de l’ère viking avait déconcerté les archéologues.