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En Bolivie 16 600 empreintes de dinosaures révèlent un rassemblement de prédateurs encore inexpliqué dans le parc de Torotoro

Dans le parc national de Torotoro, une dalle de pierre vient de livrer un vertige : des milliers de pas fossilisés, presque tous laissés par des prédateurs. Pourquoi tant de carnivores se sont-ils retrouvés au même endroit, au bord d’un ancien lac disparu ?

Paléontologues examinant une vaste dalle rocheuse couverte d’empreintes fossilisées de dinosaures dans le parc national de Torotoro, en Bolivie.
Sur une dalle fossile en Bolivie, des milliers d’empreintes de dinosaures théropodes dessinent une scène préhistorique encore difficile à expliquer – DailyGeekShow.com / Image Illustration

À Carreras Pampa, une dalle fossile révèle une concentration d’empreintes sans équivalent connu

À Carreras Pampa, dans les reliefs secs de Torotoro, le paysage semble d’abord presque ordinaire. Puis le regard accroche une marque, puis dix, puis des centaines. Sur 7 485 mètres carrés, les chercheurs ont recensé une accumulation hors norme. Ainsi, le site ressemble moins à un gisement classique qu’à une place publique figée dans la boue.

L’étude publiée dans PLOS ONE par l’équipe de Raúl Esperante décrit 16 600 empreintes de dinosaures. Elle recense aussi 1 321 pistes continues et 289 traces isolées. À cette échelle, le sol ne montre plus seulement des pas. Au contraire, il devient un registre de circulation, où chaque animal laisse une brève phrase minérale.

Une assemblée de théropodes carnivores qui bouleverse l’image classique des sites à dinosaures

Le plus étrange n’est pas seulement le nombre. Toutes ces empreintes appartiennent à des théropodes, des dinosaures carnivores bipèdes. On y rattache les grands prédateurs populaires, du tyrannosaure à des cousins plus modestes. Pourtant, Torotoro a aussi livré ailleurs des traces d’herbivores. Ici, les mangeurs de plantes semblent absents.

Cette absence transforme le site en énigme. Les empreintes montrent des tailles très variées, de moins de 10 à plus de 30 centimètres. Cela suggère plusieurs espèces, ou bien plusieurs âges. Des jeunes, des adultes, peut-être des groupes distincts, sont donc passés dans le même décor humide du Crétacé supérieur.

Aucune scène de panique ne saute aux yeux. Selon les chercheurs, la plupart des dinosaures avançaient tranquillement, autour de 5,5 à 7,5 km/h. Quelques pistes indiquent toutefois des vitesses proches de 20 km/h. Mais rien ne prouve une chasse collective. C’est donc ce calme apparent qui rend le rassemblement si déroutant.

Des traces de queue et de nage qui montrent les dinosaures en mouvement, presque en direct

Certaines traces racontent plus qu’une marche. Plus de trente pistes conservent des marques de queue, un détail rarissime dans l’hémisphère sud. Ces sillons sinueux montrent donc un geste précis. Certains animaux ont laissé traîner leur appendice derrière eux, peut-être sur une berge molle ou dans une zone peu profonde.

Le site conserve aussi 280 pistes de nage, avec 1 378 marques associées. Là, l’image devient presque cinématographique. Des dinosaures progressent dans une eau basse. Leurs pattes arrière frôlent le fond, tandis que leurs griffes griffent la vase. On ne voit pas les corps, mais le mouvement reste inscrit, comme une ombre en relief.

Un patrimoine paléontologique fragile qui pourrait encore cacher d’autres pistes sous la roche

Carreras Pampa pulvérise le record de la carrière de Lark, en Australie, souvent citée pour ses 3 300 empreintes. Mais ce record n’a rien d’un simple trophée. Il permet d’étudier le comportement animal. Les chercheurs y lisent les déplacements, les pauses, les accélérations et peut-être les routes suivies le long d’un ancien rivage.

La fragilité du lieu rappelle une évidence inconfortable. Une empreinte fossile peut survivre 70 millions d’années, puis disparaître en une saison de négligence. Selon l’Associated Press, l’activité humaine a déjà menacé des sites voisins. Carrières, agriculture et travaux routiers pèsent notamment sur la région de Toro Toro.

Le paradoxe est cruel, mais fascinant. Plus ces empreintes attirent l’attention, plus elles doivent être protégées. Pourtant, sous les zones encore enfouies, d’autres pistes attendent peut-être leur tour. Avec elles revient une question tenace : pourquoi tant de prédateurs ont-ils choisi, ce jour-là, la même rive boueuse ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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