Rien ne prédestinait la jeune Sarah Rector à un tel avenir, mais un heureux concours de circonstances a changé à jamais le cours de sa vie. Retour sur l’incroyable destin de cette afro-américaine devenue millionnaire à l’âge de 10 ans grâce au pétrole.
Sarah Rector naît en 1902 dans la ville de Twine (aujourd’hui connue sous le nom de Taft) en Oklahoma. À cette époque, il ne s’agit pas encore d’un État américain, mais d’un territoire indien où vivent de nombreux membres de la tribu des Creeks.
L’arrière-arrière-grand-mère de Sarah, une esclave ayant appartenu au chef indien Opothleyahola, avait été contrainte de suivre son maître lorsque le gouvernement américain avait obligé les Creeks à quitter l’Alabama pour les rudes terres de l’Oklahoma.
Lorsque ce territoire devient officiellement l’État de l’Oklahoma en 1907, le gouvernement fédéral accorde une parcelle de terre à chaque membre de la nation Creek, y compris Sarah Rector, alors âgée de quatre ans.
Le deal est tout sauf honnête : les terrains donnés aux Indiens et aux descendants d’esclaves sont généralement pierreux et arides, ce qui les rend impropres à la culture, tandis que les plus fertiles sont vendus aux colons blancs.

Les parents de Sarah sont également contraints de payer un impôt foncier sur la propriété de leur fille, un fardeau qui pousse même Joseph Rector à tenter de s’en débarrasser. Ironie du sort, les lois en vigueur à l’époque ne permettent pas la vente de parcelles appartenant à des mineurs, et cette interdiction gouvernementale va se transformer en véritable bénédiction pour la famille.
À l’aube du XXe siècle, le territoire indien était considéré comme le plus grand producteur de pétrole des États-Unis, et suite à la création de l’État de l’Oklahoma en 1907, de nombreux investisseurs et foreurs prospectent dans la région avec l’espoir d’y faire fortune.
Dans l’incapacité de céder les terres de sa fille, Joseph Rector décide donc de les louer à la Standard Oil Company. Au début de l’année 1911, un foreur indépendant y découvre de l’or noir, et l’exploitation de ces puits rapporte rapidement à la famille la coquette somme de 300 dollars par jour (environ 8 000 dollars actuels).
Les journaux locaux évoquent à l’époque une valeur nette d’un million de dollars pour la parcelle (soit environ 26 millions de dollars actuels) et ne tardent pas à surnommer les Rector « la famille de nègres la plus riche au monde ».
En 1911, les parents noirs n’ont pas automatiquement la garde de leurs enfants et doivent s’adresser à un tribunal afin de l’obtenir, ou demander qu’on leur attribue un tuteur blanc. Celui de Sarah s’appelle Thomas Jefferson Porter, et il va s’enrichir sur le dos des Rector alors que ces derniers continuent à vivre dans des conditions relativement modestes.

Suite à une enquête ordonnée par le juge du comté, il est finalement décidé que Porter recevra moins de 2 % du revenu total de Sarah, tandis que les Rector déménageront dans une maison de cinq pièces entièrement meublée et que leurs enfants fréquenteront un pensionnat réputé de la région.
À une époque où il n’est pas rare que les enfants afro-américains soient escroqués par leurs tuteurs, cette décision de justice est saluée par le Muskogee Cimeter, journal noir de l’Oklahoma, qui déclare : « Il faut être un grand homme pour offrir un compromis honnête à une famille de Noirs, et le juge du comté de Muskogee est définitivement de cette trempe. »
Ce battage médiatique autour de la fortune de Sarah Rector finit par attirer l’attention de nombreux « prétendants » venus du monde entier, qui espèrent obtenir la main de l’enfant de 12 ans et ainsi s’assurer une existence des plus confortables.
Quelques années plus tard, elle finit par épouser un ancien joueur de football universitaire qu’elle a rencontré à Kansas City. Le couple acquiert une impressionnante propriété ainsi que plusieurs voitures de luxe et reçoit régulièrement le boxeur américain Joe Louis et le jazzman Duke Ellington.

Lorsque la majorité civile passe de 18 à 21 ans en Oklahoma, de nombreux hommes d’affaires véreux tentent de devenir les tuteurs légaux de la jeune millionnaire, en vain. Les tribunaux se rangent une nouvelle fois du côté de Rector, estimant « qu’elle gère ses biens avec beaucoup d’intelligence » et qu’elle n’a « nul besoin d’un tuteur ».
Après avoir perdu une grande partie de sa fortune lors de la Grande Dépression, elle finira paisiblement ses jours en 1967 dans la ville qui l’a vue naître.
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