L’Homo luzonensis. Cette nouvelle espèce contemporaine d’Homo sapiens qui vivait d’il y 50 000 ans à 67 000 ans a été découverte aux Philippines, et par un Français ! Retour complet sur cette fabuleuse recherche qui nous permet d’en apprendre plus sur l’évolution humaine et les migrations préhistoriques.

Qui est-il dans la classification ?

Nous venons donc de découvrir un nouveau cousin préhistorique de notre espèce Homo sapiens. Également du genre Homo, l’Homo luzonensis descendrait de l’Homo erectus, qui vivait il y a 67 000 ans. L’étude, publiée dans la très sérieuse revue Nature, nous permet donc d’affirmer qu’à l’époque, il y avait plus de cinq espèces du genre Homo qui étaient présentes au même moment sur la Terre, comme le précise Sciences et Avenir. Aujourd’hui, seule la nôtre, les sapiens, a survécu.

C’est grâce aux fouilles dans la grotte de Callao, sur l’île de Luçon, dans le nord des Philippines, que cette fantastique découverte a été possible. À titre de comparaison, il y a 67 000 ans, nos ancêtres, tout comme les Néandertaliens, étaient en train de se répandre en Europe et en Asie.

Le récit actuel de l’évolution humaine comporte toujours des zones d’ombres. L’ajout dans l’équation d’une nouvelle espèce pourrait résoudre bien des mystères et nous permettre de progressivement saisir toute la richesse de notre évolution.

Grotte de Callao – © Wikipédia – Ervin Malicdem

L’historique de la découverte

Comme nous venons de le mentionner, une nouvelle branche de l’arbuste de l’humanité a été créée. Luçon est donc la troisième île de l’Asie du Sud-Est à porter les traces d’une activité humaine « inattendue », depuis désormais 15 ans. L’espèce humaine aurait relativement vite progressé d’un stade d’une espèce non-avancée à une espèce considérée comme “avancée”.

« Il met en outre en évidence la diversité remarquable des homininés archaïques (primitives) une fois présentes en Asie, d’une manière qui dépasse mes attentes. », déclare Yousuke Kaifu, un paléoanthropologue du Musée national de la nature et des sciences de Tokyo, qui ne faisait pas partie de l’étude.

Crâne d’Homme de Pékin (Homo erectus), voisin contemporain de l’Homo luzonensis / © Wikipédia – José-Manuel Benito Álvarez

Mais, cette découverte nous permet également d’en savoir plus sur l’histoire de l’Asie, en tant que zone géographique. Il y a quelques années encore, nous pensions que des homininés archaïques, comme l’Homo erectus, s’aventuraient déjà par des petits ponts de terre, sur des endroits reculés comme l’actuelle Indonésie. Mais on estimait qu’aller plus loin, notamment à l’est, était totalement impossible car des étendues d’eaux faisaient office de frontières naturelles. Il aurait alors fallu attendre bien plus longtemps pour que l’intelligence des individus se développe et permette la construction de radeaux, ou de bateaux archaïques.

Luçon est une île, et par définition il n’y avait pas de pont terrestre. S’y aventurer à une telle époque n’était pas envisageable pour les chercheurs… jusqu’à aujourd’hui. Mais lorsque Armand Mijares, un archéologue de l’Université des Philippines a fouillé la grotte de Callao pour la première fois en 2003, nous avions déjà trouvé des preuves d’une activité humaine vieille de 25 000 ans. À l’époque, l’équipe n’avait creusé que sur deux mètres de profondeur. Un an plus tard, en 2004, une nouvelle espèce a été trouvée, qui remontait à 50 000 ans. Fort de cette découverte, il faudra tout de même 3 ans pour que Mijares revienne dans la grotte et continue les fouilles, plus en profondeur. En 2015, l’équipe de chercheurs met au jour un fossile vieux de 67 000 ans. À l’époque, Mijares estimait que cela pouvait déjà appartenir à une nouvelle espèce.

L’os trouvé en 2015 prouvant l’existence d’un humain âgé de 67 000 ans dans la région / © YouTube

À quoi ressemble cette nouvelle espèce ?

Les fouilles qui y sont actuellement menées depuis 2011 nous ont permis de découvrir de nouveaux éléments physiques extraordinairement intéressants appartenant à au moins trois individus. Si nous n’avons pas pu mettre la main sur un squelette complet, nous sommes désormais en possession de sept dents, deux os de la main, trois os du pied et un os du fémur. Après leurs analyses, il semblerait qu’ils appartiennent à deux adultes et un enfant. Ils nous permettent également d’en apprendre bien plus à la fois sur l’apparence et sur le mode de vie de l’Homo luzonensis.

Premièrement, sa taille. Les petites dents trouvées laissent penser que ces individus ne mesuraient pas plus haut qu’1m20, soit une taille encore plus petite que les Homo floresiensis, l’autre espèce ancienne précédemment trouvée dans la région. Un autre élément qui a alerté les chercheurs est un orteil, incurvé, qui ressemble étrangement à ce que possédait les Australopithèques. Pourtant, ces derniers vivaient uniquement dans la zone africaine.

Reconstitution de l’Homo floresiensis au Musée de l’Homme (Paris) / © Wikipédia – Eunostos

À partir des ossements analysés, les chercheurs pensent connaître la façon de marcher de cette espèce ancienne. Premièrement, elle était capable de marcher sur deux jambes. Elle aurait également eu la possibilité de grimper aux arbres, ce qui constituerait un trait primitif relativement logique pour l’époque et le milieu dans lequel l’espèce vivait.

De manière générale, les traits de ces individus sont un mélange d’anciennes et de nouvelles caractéristiques physiques. Un exemple criant est les dents. Leur taille et forme sont relativement simples, ce qui correspond davantage à un individu moderne. En revanche, leur prémolaire supérieure à trois racines n’est présente que chez 3 % des humains contemporains. L’os du pied, qui ressemble à ceux des australopithèques, a plusieurs similarités avec Lucy, notre célèbre ancêtre qui vivait il y a 3 millions d’années. Tout cela suggère qu’il y a 12 000 ans, période de fin du Pléistocène, les homininés en Asie présentaient une surprenante diversité.

Reconstitution de Lucy, australopithèque bipède – © Wikipédia – Gerbil

Que penser de cette nouvelle espèce ?

Peu de temps après avoir déclaré qu’une nouvelle espèce avait été découverte, plusieurs voix se sont élevées pour nuancer les propos et expliquer que nous n’en sommes pour le moment pas certains. Adam Brumm, un archéologue de l’Université de Griffith, estime au contraire que c’est une découverte sensationnelle qui est totalement légitime, vu les ossements trouvés et analysés. À l’heure actuelle, il y a plus de raisons de croire que c’est une nouvelle espèce plutôt que l’inverse.

Florent Détroit, le Français qui est l’auteur principal de l’étude, ajoute que les “espèces” sont des catégories créées par l’homme afin de clarifier l’histoire de l’évolution. Concernant la disparition de Luzonensis, nous ne savons pas encore quels éléments pourraient avoir été responsables. La piste de l’Homo sapiens, qui est arrivé dans cette région il y a 50 000 ans, pourrait par exemple être un élément concret, mais rien n’a encore été démontré.

Quoi qu’il en soit, la découverte d’une nouvelle espèce humaine est un tournant majeur dans notre connaissance générale de l’histoire de l’évolution. La grande histoire de l’humanité s’enrichit davantage chaque année, et nous pouvons nous attendre à d’autres découvertes dans cette région longtemps laissée pour compte…

La découverte a été faite à la pointe nord des Philippines – © Wikipédia – Hellerick

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Michel Sommer
Invité
Michel Sommer

Tout simplement passionnant !

daflon
Invité
daflon

Elle était tres moche la dame « Homo luzonensis ». Je comprends que la race se soit éteinte.
Dans mon pays, beaucoup de gens qui ressemblent à l’ « Homo luzonensis », sont venus s’installer. J’espère bien qu’ils disparaitront aussi.