Le vendredi 14 février dernier, la station de ski Luchon-Superbagnères, située en Haute-Garonne dans les Pyrénées, s’est fait livrer de la neige par hélicoptère. Une aberration écologique qui permettra sûrement de sauver cette saison hivernale touristique particulièrement victime des changements climatiques. Cette opération est néanmoins condamnée par le ministère de la Transition écologique. 

“Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible” 

Emmanuel Macron s’est rendu le jeudi 13 février sur la Mer de Glace, glacier de vallée alpin situé sur le versant septentrional du massif du Mont-Blanc, afin de dénoncer les ravages causés par le réchauffement climatique. À la suite de cette visite, le conseil départemental de Haute-Garonne a pris la décision de livrer 50 tonnes de neige par hélicoptère, afin de sauver la station de ski Luchon-Superbagnères, victime des changements climatiques. Une opération qui aura nécessité deux heures et demie de vol et qui aurait “coûté entre 5 000 et 6 000 euros, sachant qu’en termes de retour sur investissement, il faut multiplier au moins par 10”, rapporte le syndicat mixte gérant la station. Selon le conseil départemental de Haute-Garonne gestionnaire de la station, cette opération a été lancée afin de garantir quinze jours sereins d’activité pour les écoles de ski, pour permettre aux moniteurs de pouvoir travailler et de pouvoir accueillir un maximum de skieurs. Même s’il a bien neigé dans les Pyrénées, les températures au-dessus de la moyenne ont provoqué la fonte en dessous de 2 000 mètres d’altitude.

Une opération toutefois fortement condamnée par Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique. “Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible”, s’est-elle indignée dans un tweet le dimanche 16 février dernier. 

— Maria Studio / Shutterstock.com

La neige de culture est de plus en plus utilisée 

La ministre a également convoqué les Domaines skiables de France (DSF), un organisme réunissant les 250 stations de ski de l’ensemble de la France. Elle a notamment critiqué le fait que la neige est de moins en moins naturelle dans les stations. France nature environnement (FNE) dénonce également le fait que le ski devienne de plus en plus une activité “artificielle”. En effet, nombreuses sont les stations de sports d’hiver qui se font acheminer de la neige par camions. Certaines d’entre elles stockent même des réserves de neige artificielle à la fin de la saison dans des “carrières sous une couche de sciure de 30 cm d’épaisseur pour pouvoir l’épandre en fin d’automne suivant”.

Aujourd’hui, la neige de culture est utilisée dans 35 % du domaine skiable alpin français. Si la situation ne s’améliore pas, elle devrait être exploitée à 45 % d’ici 2025. Désormais, les stations se voient obligées de mettre en service les canons à neige dès le mois de novembre. “Nous créons une première couche de neige de culture que l’on va damer pour constituer une bande “anti-crevaison” contre les températures trop douces, le déficit de neige, l’usure des skieurs. Les patrons peuvent ainsi signer les contrats des saisonniers pour le premier rendez-vous de Noël”, rapporte Laurent Reynaud, délégué général de DSF. Ainsi, c’est 70 % de la neige de culture qui est produite avant les fêtes de fin d’année.

Néanmoins, l’augmentation de l’utilisation de la neige de culture menace fortement les ressources en eau. 65 % de la neige de culture utilisée provient de retenues collinaires creusées en altitude, contre 35 % issue des torrents. “Cela représente aujourd’hui de 15 à 20 millions de m3 d’eau pour un taux de couverture de 35 % des pistes. Si l’on veut assurer un taux de 45 %, il faudra en utiliser 40 à 50 millions de m3 selon les hivers”, explique Hugues François, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement (Inrae). Cette technique a également des conséquences négatives sur l’environnement. “La neige artificielle, ce n’est pas que de l’air et de l’eau, il y a des effets collatéraux qu’on omet de prendre en compte”, explique Hervé Billard, en charge du pôle montagne à la FNE, dans un récent rapport. En effet, cela détruit définitivement certaines zones humides d’une grande richesse en altitude, menace la biodiversité et perturbe la revégétalisation des sols essentielle aux troupeaux d’alpages en été. 

Le ski menacé par les émissions de CO2

Le ski est également fortement menacé par les émissions de CO2 favorisées par les transports par camion et par hélicoptère. Depuis le début de l’ère industrielle, les températures ont augmenté d’environ 2 °C sur les massifs montagneux français. En Isère, par exemple, les spécialistes ont pu relever une absence d’enneigement depuis l’an 2000.

Les camions et hélicoptères émettent énormément de gaz à effet de serre. Ils menacent donc davantage les problèmes d’enneigement. De plus, la neige de culture a besoin d’une consommation d’énergie de 2 à 3 kWh pour 1m3 de neige. 57 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent également du tourisme de masse.

Dans une récente étude réalisée par le Centre national de recherches météorologiques (CNRM, Météo-France) et l’Institut de recherche scientifique et technique de l’environnement (Irstea) et publiée en mai 2019 dans Scientific Reports, les spécialistes estiment que les pistes de ski seront praticables avec jusqu’à 45 % de leurs surfaces garanties par des canons à neige ou autre technique, même en haute altitude. “L’enneigement reste très variable d’une année à l’autre mais demeure stable en quantité et seules les basses altitudes sont touchées par la remontée de la limite entre pluie et neige”, explique Samuel Morin, chercheur à Météo-France.

Dans ce même rapport, les chercheurs soulèvent deux situations. D’une part, si les États parviennent à atteindre “l’objectif zéro émission nette de carbone en 2015 pour moins de 2 °C de hausse de températures, le ski pourra être pratiqué sur l’ensemble des Alpes et des Pyrénées”. D’autre part, si la situation ne s’améliore pas et que les températures dépassent la barre des 3 °C supplémentaires, plus aucun sport d’hiver ne sera praticable d’ici 2080. Des faits confirmés par un rapport de l’OCDE, qui explique que 80 stations françaises situées en basse altitude risqueront de fermer d’ici la fin du siècle en raison d’un trop faible enneigement. 

Quel avenir pour les stations de ski ? 

Face à une telle situation, la question de l’avenir des stations de ski apparaît évidente. Si le début des vacances de février sont très complexes dans les Pyrénées avec parfois jusqu’à 15 degrés qui nécessitent la livraison de neige par hélicoptère, les stations de ski sont aussi menacées dans les Vosges. En effet, à Gérardmer, la municipalité a fait livrer de la neige par camions. Seuls 5 km de pistes y sont ouverts, contre 40 habituellement. La neige tombe désormais des canons et des hélicoptères, et non plus du ciel.

 En France, les sports d’hiver sont un véritable atout économique avec 250 stations de ski et 120 000 emplois. Les stations ont jusqu’à présent énormément investi pour se développer, alors que les conséquences des changements climatiques apparaissaient déjà. Si la ministre de la Transition écologique s’indigne face à ces opérations, utiliser de la neige de culture et artificielle risque de devenir monnaie courante dans les prochaines années. 

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cuenot

Bonjour, Que dire de cela quand on sait que les pays du golfe ont des pistes tout au long de l’année avec de la neige artificielle… ? le monde ne tourne vraiment pas rond ! Quand est ce qu’on leur demandera à eux aussi de faire des efforts ? Pour… Lire la suite »

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