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L’Agence européenne de l’environnement a effectué des projections sur la fin du XXIe siècle afin d’imaginer ce qui attend les Européens avec le réchauffement climatique. En découlent des cartes qui illustrent deux scénarios possibles : si l’accord de Paris était respecté et si absolument rien n’était fait. Et dans les deux cas, les résultats sont alarmants.

Des cartes préoccupantes pour plusieurs scénarios possibles

L’Agence européenne de l’environnement (EEA) a publié ce lundi 10 février une série de cartes basées sur les différents scénarios du réchauffement climatique d’ici 2100. Deux types de projections ont été réalisées. L’une si l’accord de Paris – à savoir si le réchauffement est limité à moins de 2 °C, ce qui, d’après les scientifiques, est quasiment impossible à atteindre au vu de la trajectoire prise – est respecté. L’autre projection part sur un réchauffement de plus de 4 °C. Dans les deux scénarios imaginés, les conséquences sont préoccupantes.

Ainsi, d’ici la fin du XXIe siècle, la fréquence, la durée et la gravité des événements météorologiques vont augmenter. Les catastrophes naturelles feront partie du quotidien, ce qui est déjà visible aujourd’hui avec les fortes inondations que subit Venise ou la multiplication d’incendies toujours plus ravageurs. De même, l’agriculture devra s’adapter à des précipitations plus instables et des périodes de sécheresse plus longues.

Le rapport quinquennal fait le constat de quelques progrès en matière de lutte contre le changement climatique : les émissions de CO2 ont baissé de 22 % entre 1990 et 2017 et la part des énergies renouvelables représente 17,5 % de la consommation finale, qui est revenue au même niveau qu’en 1990 grâce aux politiques d’économie d’énergie. Cependant, les émissions sont reparties à la hausse depuis 2014 et les secteurs de l’agriculture et des transports sont de plus en plus émetteurs. Un bilan plus que mitigé donc.

Hans Bruyninckx, directeur exécutif de l’EEA, déclare en préambule du sixième rapport sur l’état de l’environnement en Europe que “les trajectoires actuelles ne sont fondamentalement pas durables. Ces trajectoires sont interconnectées et liées à nos principaux systèmes de production et de consommation et il devient urgent de mettre en œuvre des réponses crédibles pour inverser les tendances.” Ces rapports interviennent à point nommé, d’autant plus que la Commission européenne s’apprête, début mars, à dévoiler sa loi climat pour décréter le principe de la neutralité carbone en 2050.

Des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes

La fréquence (à droite) et l’intensité (à gauche) des sécheresses au 21e siècle.© EFA

Pour la période 2041-2070, l’Europe de l’Ouest, la France, les îles britanniques et le nord-est de la Scandinavie devraient connaître une augmentation de la fréquence des sécheresses selon un scénario moyen d’augmentation de 2,5 °C des températures. Mais avec une augmentation de 4 °C, ces mêmes régions vivront des périodes sèches encore plus intenses.

Une hausse drastique des incendies

Le risque incendie avec +2 °C de réchauffement climatique (au milieu) et avec + de 5 °C (à droite) © EFA

Quand bien même l’accord de Paris serait respecté, “le risque augmenterait de 30 % à 40 % en Europe du Sud” d’ici à 2100, d’après les auteurs de l’étude. Sont prévus des incendies encore plus violents, une expansion des territoires sujets aux incendies ainsi que des saisons d’incendies plus longues, et ce, dans la plupart des régions d’Europe, en particulier pour le scénario prévoyant de fortes émissions. La France et l’Espagne sont particulièrement exposées. Mais le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande le sont également. L’augmentation du risque d’incendies est due à la fois aux températures extérieures élevées et à l’inflammabilité des végétaux. De plus, les insectes ravageurs des arbres sont favorisés par ces conditions météo. Par exemple, en France, Allemagne, Suisse, Autriche et Italie, l’épicéa est attaqué par les scolytes, des insectes qui entravent les montées de sève et assèchent le bois, ce qui rend les arbres très sensibles.

Des territoires submergés par les eaux

Augmentation des eaux en mètres avec +2 °C de réchauffement climatique (à gauche) et avec + de 5 °C (à droite) © EFA

La hausse du niveau de la mer menace les écosystèmes, les ressources en eau, les infrastructures, les habitations et les vies humaines. Selon les chercheurs, l’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du XXIe siècle serait de l’ordre de 30 à 60 centimètres dans le scénario où l’accord de Paris serait respecté. Dans le cas contraire, la hausse serait comprise entre 60 centimètres et 1,1 mètre.

Il faut savoir que 11 millions d’Européens vivent à 1 mètre de la mer, et 12,9 millions à 2 mètres. “En l’absence de toute protection côtière existante ou à venir, ces zones seraient inondées de façon permanente au cours des siècles à venir si le niveau de la mer augmentait comme prévu”, explique l’étude. Les villes des Pays-Bas, d’Allemagne, de Belgique et le long des côtes du nord de l’Italie sont parmi les villes les plus exposées aux inondations côtières, menacées à la fois par l’élévation du niveau de la mer et leur exposition aux tempêtes. En France, la côte allant de Calais à Dunkerque, la façade atlantique de Saint-Nazaire aux Landes, et la côte méditerranéenne de Perpignan à Martigues sont menacées par l’augmentation du niveau des océans.

Une partie des côtes menacées par la montée des eaux © EFA

Des précipitations de plus en plus intenses

 Modification des précipitations pour la période 2071-2100, par rapport à 1971-2000 dans le cas d’un scénario avec des émissions élevées, en hiver (gauche) et en été (droite) © EFA

Selon l’Agence européenne de l’environnement, le changement climatique devrait entraîner une augmentation de l’intensité des pluies dans la plupart des régions d’Europe, ce qui favoriserait le risque d’inondations soudaines. Les différentes projections réalisées montrent une multiplication des épisodes de fortes pluies dans la plupart des régions d’Europe, notamment en automne et en hiver. Cette multiplication sera encore plus importante dans le cas d’un scénario d’émissions élevées de gaz à effet de serre. Les augmentations les plus importantes, c’est-à-dire jusqu’à 35 %, se produiraient en Europe centrale et orientale. La France quant à elle serait touchée par une augmentation pouvant aller jusqu’à 25 %. Des prévisions des plus inquiétantes.

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