À partir de 1850, des théories particulièrement alambiquées ont commencé à fleurir au sujet de la Lémurie, un légendaire continent perdu. Tout a changé en 2013, lorsque des chercheurs ont découvert des preuves concrètes de son existence… ou presque.
Oubliez un instant ce que vous savez sur la tectonique des plaques ou l’évolution. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, une poignée de scientifiques influents, se basant sur des éléments assez contestables, affirment qu’un continent depuis longtemps englouti se cache au large de Madagascar et décident de le nommer Lémurie.
Certains vont même jusqu’à affirmer que ses habitants, des êtres gigantesques appelés Lémuriens, étaient nos probables ancêtres. Aussi absurde que cela puisse paraître, l’idée fait son chemin pendant un temps, tant dans la culture populaire qu’au sein de certains cercles scientifiques.
Bien évidemment, la science moderne a depuis démystifié l’idée que la Lémurie et ses étranges résidents aient réellement existé, mais en 2013, des géologues ont découvert des preuves de l’existence d’un continent perdu en plein océan Indien, ce qui a eu pour effet de raviver certaines théories au sujet de ce lieu légendaire.

Tout commence en 1864, avec la publication dans le Quarterly Journal of Science de l’article « Les mammifères de Madagascar », signé par Philip Lutley Sclater. Cet avocat et zoologiste britannique a notamment observé qu’il y avait beaucoup plus d’espèces de lémuriens à Madagascar qu’en Afrique ou en Inde, et affirme que cette île était la terre d’origine de cette espèce.
En outre, il avance l’idée que les lémuriens ont pu migrer vers l’Inde et l’Afrique depuis Madagascar en traversant un continent de forme triangulaire depuis longtemps englouti qui s’étendait autrefois du sud de l’Inde à l’Afrique australe et à l’Australie occidentale.
Cette étrange affirmation intervient à une époque où la théorie de l’évolution n’en est qu’à ses balbutiements et où la notion de dérive des continents ne fait pas consensus. De nombreux scientifiques éminents défendent alors l’idée que des « ponts terrestres » auraient permis à certaines espèces animales de migrer d’un continent à l’autre.
Bientôt, d’autres savants et auteurs de renom reprennent la théorie popularisée par Sclater. À la fin des années 1860, les travaux du biologiste allemand Ernst Haeckel affirment que la Lémurie a permis aux humains vivant en Asie (que certains considèrent à l’époque comme le berceau de l’humanité) de migrer vers l’Afrique.
L’homme va même plus loin en 1870, écrivant que « le véritable berceau de l’humanité est probablement la Lémurie, un continent tropical actuellement situé en dessous du niveau de l’océan Indien, dont l’existence durant l’ère tertiaire semble plus que probable lorsque l’on regarde la répartition actuelle de certaines espèces animales et végétales dans le monde. »

Sous l’impulsion d’Haeckel, les théories au sujet de l’existence de la Lémurie se répandent jusqu’au début du XXe siècle. Cela se passe bien avant que la science moderne ne découvre les ossements de nos ancêtres en Afrique, et que les sismologues modernes ne comprennent comment la tectonique des plaques a éloigné les continents actuels, autrefois rattachés les uns aux autres.
En l’absence de ces connaissances fondamentales, nombreux sont ceux qui privilégient alors la théorie de la Lémurie, surtout après la publication de la « Doctrine Secrète » de l’occultiste, médium et auteure russe Elena Blavatskaja en 1888. Cet ouvrage avance l’idée qu’il y avait autrefois sept anciennes races humaines et que la Lémurie était le berceau de l’une d’entre elles. Selon Blavatskaja, ces êtres hermaphrodites mesuraient près de 5 mètres de haut, possédaient quatre bras et vivaient aux côtés des dinosaures.
Retour en 2013. Toutes les théories scientifiques au sujet de l’existence de la Lémurie et d’un pont terrestre responsable de la migration de certaines espèces animales ont été rejetées. De façon inattendue, des fragments de granit sont découverts au large de l’Inde, le long d’un étrange relief sous-marin s’étendant sur des centaines de kilomètres en direction de l’île Maurice.
En dépit du fait que l’île ait vu le jour il y a 2 millions d’années lorsque, grâce à la tectonique des plaques et aux volcans, elle a lentement émergé de l’océan Indien, des géologues y découvrent du zircon, remontant à environ 3 milliards d’années.
Selon eux, le minéral en question provient d’une masse terrestre beaucoup plus ancienne qui s’est peu à peu enfoncée dans l’océan. Ce continent englouti est finalement baptisé « Mauritie ».

En se basant sur la dérive des continents et les données géologiques collectées ces dernières années, la Mauritie aurait sombré dans l’océan Indien il y a environ 84 millions d’années, mais la théorie de Sclater voulant que les lémuriens proviennent de Madagascar s’est révélée infondée, puisque ces derniers sont en réalité originaires d’Afrique continentale et ont atteint l’île il y a seulement 54 millions d’années.
Il reste toutefois surprenant de constater que le zoologiste britannique et ses confrères avaient en partie raison au sujet de l’existence d’un continent englouti, en dépit de connaissances géologiques très limitées à l’époque.
Il y a quelques années, des chercheurs avaient découvert la Balkanatolie, continent oublié ayant permis aux mammifères venus d’Asie de s’établir en Europe il y a plusieurs dizaines de millions d’années.
