L’Islande devient le premier pays à obliger les entreprises à payer les femmes autant que les hommes

L’Islande a dignement fêté son entrée dans la nouvelle année en appliquant, dès le 1er janvier 2018, une loi qui reconnaît l’inégalité salariale comme un délit, passible d’une amende plutôt salée…

 

Même travail, même salaire

C’est officiel : d’ici à 2022, l’ensemble des entreprises publiques et privées implantées sur le sol islandais devront scrupuleusement respecter la parité salariale. Un message fort et ô combien inespéré que le gouvernement islandais adresse au reste de l’Europe, et plus largement, au reste du monde. Annoncée le 8 mars 2017, Journée internationale des droits des femmes, et votée 3 mois plus tard, la loi pénalisant les inégalités salariales est entrée en vigueur ce 1er janvier 2018.

Désormais, toutes les entreprises de plus de 25 employés devront OBLIGATOIREMENT respecter l’égalité salariale au moyen du « Equal Pay Standard » ; ce système de gestion salariale, développé par les syndicats islandais, leur permettra notamment de décrocher une certification devenue obligatoire. Sans celle-ci, les entreprises hors-la-loi s’exposent à des amendes particulièrement douloureuses – même si le montant exact n’est toujours pas connu, elles tourneraient autour des 400 €…

Une loi qui fait sens 

Si l’Islande est l’un des premiers pays du monde à légiférer sur cette épineuse question des inégalités salariales entre hommes et femmes, cela ne veut pas dire qu’il autorisait les écarts de salaires pour autant : la discrimination salariale basée sur le sexe est interdite depuis 1961 ! Jusqu’à 2017, les cas d’inégalités salariales ne reposaient que sur les plaintes des employés : à partir de 2018, c’est à l’entreprise elle-même de s’assurer que l’ensemble de ses employés hommes et femmes sont payés de manière équitable !

Il est invraisemblable qu’à travail égal, homme et femme ne soient pas autant payés l’un l’autre : c’est n’est pas une affaire de politique mais de bon sens. Et ce dernier fait cruellement défaut à notre classe dirigeante, pas particulièrement emballée à l’idée de résoudre ce problème : l’écart salarial moyen est toujours de 19 % entre les hommes et les femmes et provoquerait un manque à gagner de 62 milliards d’euros à l’État français… Et ça ne va pas en s’arrangeant : le Forum économique mondial (WEF) prédit dans son rapport du 2 novembre 2017 une disparition totale des inégalités de genre d’ici un siècle !  Pour les inégalités économiques, comptez 217 ans…

« Name and Shame »

Malgré notre 11e position au classement annuel du WEF en matière de parité, il nous reste beaucoup de chemin à accomplir pour un jour espérer rejoindre l’Islande – sans surprise 1er du classement – la Norvège, la Finlande, et le Rwanda. Pour le moment, la stratégie employée par Marlène Schiappa, notre secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, consiste à recourir au « Name and Shame »; à traduire par « dénoncer publiquement » les champions des inégalités salariales – Maurel & Prom et Sartorius Stedim Biotech en ont d’ailleurs déjà fait les frais.

Outre cette stratégie de communication, la secrétaire d’État dit s’intéresser au modèle belge. Eh oui, nos voisins figurent parmi les meilleurs élèves en terme d’égalité salariale hommes – femmes avec un écart moyen de 6,5 %, soit 3 fois moins que la France ! Pour diminuer davantage cet écart indigne de pays égalitaires, les autorités belges ont mis à la disposition des entreprises un logiciel qui leur permet de calculer les différents écarts de salaires entre leurs employés hommes et femmes. Gageons que l’initiative islandaise inspirera bon nombre de pays à sérieusement reconsidérer la place des femmes dans leur société…


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