Dans le Guizhou, une maison bricolée façon Studio Ghibli a fasciné les curieux avant d’être rasée. Attraction virale et symbole de résistance, elle racontait surtout un bras de fer entre attachement familial, ambitions touristiques et pouvoir administratif local.

Une tour bricolée dans le Guizhou qui évoquait les décors de Miyazaki
Dans le Guizhou, au sud-ouest de la Chine, les montagnes découpent le paysage comme un décor de film. Au milieu de ces reliefs, une bâtisse attirait les regards depuis des années. Elle grimpait sur un ancien bungalow en pierre, avec ses dix niveaux de bois, de contreplaqué et de bambou.
Très vite, les visiteurs ont pensé aux mondes de Hayao Miyazaki. Rien d’étonnant : la maison semblait pousser toute seule, comme une créature maladroite. Ainsi, le parallèle avec Le Château ambulant a circulé sur les réseaux. Pourtant, derrière l’image féerique, une famille vivait sous pression.
Chen Tianming a transformé sa maison en refuge contre un projet touristique
Au départ, Chen Tianming possédait une maison familiale sans extravagance. Elle se trouvait dans le village de Xingyi. Selon l’AFP, reprise par The Guardian et ChannelNewsAsia, cet homme de 43 ans aurait dépensé environ 200 000 yuans, soit près de 29 000 dollars, pour la transformer.
Mais ce chantier racontait autre chose qu’un caprice architectural. En 2018, un projet touristique a bouleversé une partie du village. Plusieurs familles ont quitté les lieux. Chen, lui, est resté. Ensuite, comme le chantier local tardait, il a ajouté des pièces, étage après étage, en signe de résistance verticale.
Peu à peu, la maison a changé de statut. Les touristes, les photographes et les internautes chinois en ont fait une curiosité. En Chine, les “maisons clous” fascinent souvent, car elles résistent aux grands projets. Celle-ci frappait encore plus fort : elle ressemblait à un conte, tout en révélant un conflit très concret.
Un décor viral devenu un casse-tête de sécurité et d’urbanisme local
Pour les autorités locales, l’imaginaire ne réglait rien. Elles jugeaient la structure dangereuse, sans permis, et trop fragile face à l’affluence. En août 2024, elles l’ont donc classée comme construction illégale. Puis elles ont demandé à Chen de retirer les ajouts et de garder seulement le bungalow d’origine.
Cette affaire dépasse pourtant le simple dossier d’urbanisme. Dans les campagnes chinoises, le tourisme transforme parfois les paysages en vitrines. Villages, rizières et montagnes deviennent alors des arguments économiques. Cependant, quand un habitant refuse de quitter le cadre, le récit touristique perd son vernis et expose ses tensions.
La démolition éclair laisse derrière elle un symbole de résistance rurale
Le 18 mai 2026, les autorités de Xingyi auraient envoyé un dernier avis à la famille. Elles lui demandaient de partir avant 9 heures le mercredi suivant. Après l’échéance, des agents de sécurité publique sont arrivés. Ils ont fait sortir Chen Tianming et ses parents, puis les engins ont ramené la tour bricolée à son état initial.
D’après l’AFP, Chen affirme ne pas regretter son combat. La formule sonne durement : regretter ne sert à rien. Désormais, il cherche une aide juridique pour contester la démolition forcée. Dans les gravats, une question demeure donc : quand une maison cesse-t-elle d’être un simple bâtiment pour devenir un morceau de mémoire collective ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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