Un conflit lointain peut produire des risques très locaux. Depuis 2022, les services britanniques et américains décrivent des opérations attribuées à l’Iran contre des dissidents, des journalistes, des responsables publics ou des lieux juifs. Le point commun tient moins au commando classique qu’au recours à des relais criminels.

Une menace moins visible que les missiles, mais suivie par le MI5 et le FBI
La trêve négociée au printemps 2026 entre Washington, Téhéran et Israël n’a pas effacé le risque de représailles. Reuters rapporte encore des échanges de tirs en mai, malgré un cessez-le-feu présenté comme maintenu. Pour les services occidentaux, la menace intérieure devient donc un dossier séparé du front militaire.
Le MI5, service britannique de sécurité intérieure, affirme avoir traité plus de 20 complots liés à l’Iran depuis janvier 2022. Ce chiffre ne désigne pas seulement des projets aboutis. Il regroupe des surveillances, des préparatifs et des menaces jugées assez sérieuses pour mobiliser police et renseignement.
Le FBI et la justice américaine documentent le même schéma. Le cas John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, sert de repère. En 2022, Washington a accusé Shahram Poursafi d’avoir proposé 300 000 dollars pour organiser son assassinat.
Des intermédiaires criminels qui donnent à Téhéran une distance utile
Le mécanisme ressemble à une sous-traitance. Un donneur d’ordre présumé n’approche pas directement la cible. Il passe par un intermédiaire, parfois installé dans un autre pays, qui contacte ensuite des exécutants locaux. Cette chaîne crée ce que les enquêteurs appellent un déni plausible.
Ce terme signifie qu’un État peut nier son rôle, faute de lien direct visible. Dans la vie courante, c’est l’équivalent d’un message transmis par plusieurs personnes: plus la chaîne s’allonge, plus l’origine devient difficile à prouver. Pour une enquête pénale, chaque maillon doit être identifié.
De New York à Londres, des affaires qui montrent le même mode opératoire
La journaliste et militante irano-américaine Masih Alinejad illustre cette logique. En 2022, un homme armé a été arrêté près de son domicile à New York. La justice américaine a ensuite poursuivi plusieurs suspects liés à un projet d’assassinat. L’affaire a montré la vulnérabilité des exilés très visibles.
Le Royaume-Uni suit aussi cette piste. En avril 2026, la police antiterroriste britannique a repris des enquêtes après une série d’incendies visant des sites juifs à Londres. Reuters précise que les enquêteurs examinaient de possibles liens avec l’Iran, sans présenter cette hypothèse comme un verdict judiciaire.
Londres a ensuite annoncé en mai 2026 des sanctions visant 12 personnes et entités accusées d’activités hostiles liées à l’Iran. Parmi elles figure le réseau Zindashti, décrit par le gouvernement britannique comme un groupe criminel utilisé pour des menaces, enlèvements et assassinats à l’étranger.
Pourquoi ces opérations sont difficiles à attribuer rapidement
L’attribution reste le point le plus sensible. Un incendie, une filature ou une tentative d’agression peut d’abord ressembler à un crime local. Les enquêteurs cherchent ensuite les paiements, les messageries chiffrées, les voyages et les contacts. Sans ces éléments, l’accusation politique reste fragile.
Cette prudence explique les formules utilisées par les gouvernements. Ils parlent souvent d’activités « liées à l’Iran » ou de réseaux « agissant pour le compte » de Téhéran. La répression transnationale, c’est-à-dire la pression exercée par un État sur ses opposants à l’étranger, se mesure alors dossier par dossier, parfois pendant des mois.