Entretien avec Issa d’UniqueHornTatoo, le tatoueur fou de manga et de pop culture japonaise

Entretien avec Issa d’UniqueHornTatoo, le tatoueur fou de manga et de pop culture japonaise

Le Daily Geek Show a eu l’honneur de s’entretenir avec Issa Maoihibou, un tatoueur qui devient un véritable phénomène en France (et au-delà !). Passionné de pop culture japonaise, Issa est aujourd’hui à la tête de son propre studio de tatouages à Paris : le Unique-Horn Tattoo. C’est le premier salon de tatouages Manga / Geek / Animés de France, et il attire chaque année de plus en plus d’amoureux de la culture nippone.

Cette interview a été réalisé par Erwan Roudaut pour le Daily Geek Show.
 

BONJOUR ISSA, EST-CE QUE TU PEUX TE PRÉSENTER ?

Issa Maoihibou : Je m’appelle Issa, je suis tatoueur, j’ai 39 ans et j’ai appris à tatouer chez Tin-Tin il y a une quinzaine d’années. Et depuis bientôt trois ans, j’ai ouvert mon propre studio Unique-Horn Tattoo.

 

COMMENT T’ES VENUE L’IDÉE DE MONTER TON PROPRE SALON À TOI ? 

Issa Maoihibou : Après avoir passé plus d’une dizaine d’années chez un des meilleurs tatoueurs de France, j’avais vraiment envie de créer mon lieu à moi, même si c’était une superbe expérience. Disons que j’aime beaucoup le monde du tatouage mais pendant longtemps, j’ai dessiné tous les styles.

Ça m’a ouvert plein d’univers, mais je me suis rendu compte au bout d’un certain moment que je me retrouvais à faire des choses qui ne me plaisaient pas forcément. Je les faisais un peu par défaut, parce que j’étais l’un des seuls capables de les faire là où je travaillais. En parallèle, je voyais de plus en plus de gens ne travailler que leur propre style. Et en allant faire une convention de tatouages à San José à côté de San Francisco, j’ai vu qu’il y avait une centaine de pointures du tatouage, exclusivement des super tatoueurs américains. Et tous avaient un style vraiment particulier. Et là je me suis dit : « Il faut que j’arrête de faire un peu de tout et que je me concentre sur ce qui me plait ».

J’ADORE LE MANGA, JE ME SUIS DÉCIDÉ À NE FAIRE QUE ÇA

Et surtout, s’il faut faire un métier dans lequel tu travailles 6 jours sur 7, 10 heures par jour, autant mettre toute ton énergie dans quelque chose qui te stimule et qui te fait t’épanouir. J’avais fait quelques tatouages par ci par là style manga. Et vu que j’adore le manga, je me suis décidé à ne faire que ça. J’ai enlevé tout ce qu’il y avait dans mon book, je n’ai gardé que 5 tatouages manga et je suis parti de là pour me construire une nouvelle clientèle.

 

EN TANT QU’ARTISTE, LE FAIT DE T’ÊTRE FOCALISÉ SUR LE STYLE MANGA T’A-T-IL FAIT ÉVOLUER ? ET COMMENT FAIS-TU POUR ATTIRER UNE CLIENTÈLE QUI NE VEUT QUE DU TATOUAGE MANGA ?

Issa Maoihibou : J’ai l’impression d’avoir évolué mais je ne pourrai pas te dire moi-même, ce sont les autres qui te le diront. Mais je m’épanouis, ça c’est sûr. En me focalisant sur le style manga, je me suis rendu compte que tout ce que j’avais appris avant m’a servi : de temps en temps, je vais avoir des éléments graphiques, d’autres plus réalistes… Le fait d’avoir travaillé ces styles, ça m’a donné de la matière.

L’image manga a un impact hyper fort, très coloré. Il y a une construction, une harmonie, qui me parle vraiment. Le but premier, c’était vraiment de me faire plaisir. C’était un trip totalement égoïste. Ce que j’aime bien chez le tatouage, c’est rendre service aux gens. Contrairement au phénomène de la page blanche chez l’écrivain, on te dit tous les jours « j’ai envie de ça ».

L’IMAGE MANGA A UN IMPACT HYPER FORT, PLUS COLORÉ

Plus c’est stimulant, plus tu vas rebondir, proposer d’autres choses, faire évoluer le projet, proposer des idées encore plus cool que ce que les gens avaient en tête. J’ai eu plein de retours de gens qui me disaient, et qui me disent encore : « Je viens de découvrir ce que tu fais, j’adore les mangas, mais aucun tatoueur n’en fait… ». Et concrètement, pour cibler ces gens là… Il m’a fallu du temps. Un jour, alors que j’étais inscrit sur Instagram, mon copain m’a dit de tester les hashtags. Du coup j’ai testé et pouf, voilà où j’en suis !

 

HORMIS LE TATOUAGE, PRATIQUES-TU D’AUTRES SUPPORTS, COMME LA PEINTURE, LE DESSIN… ?

Issa Maoihibou : Je faisais des aquarelles, des dessins animés (j’étais illustrateur avant)… De temps en temps, je refais des aquarelles. J’aime bien les vêtements aussi, la mode, tout ça. J’aime bien créer des motifs, des visuels pour les fringues. Et en Octobre, j’adore faire le Inktober (une initiative qui invite les artistes du monde entier à faire un dessin à l’encre par jour durant tout le mois).

 

ALORS QUE TON SALON A 3 ANS, TU T’ES DÉCIDÉ IL Y A QUELQUES MOIS D’EMBAUCHER, D’AVOIR UNE APPRENTIE… MAINTENANT, IL Y A AUSSI LOÏCK, LES GUESTS… POURQUOI AUTANT DE GENS VIENNENT DANS TON SALON ALORS QUE TU ÉTAIS SEUL AUPARAVANT ?

Issa Maoihibou : Pendant 10 ans, j’ai travaillé dans un studio avec beaucoup de tatoueurs. Qui dit beaucoup de tatoueurs dit beaucoup de clients, beaucoup d’accompagnants, les amis passent également… Il y avait donc toujours des gens autour de moi. Ça pouvait être très cool mais quand j’ai pris le virage manga, j’ai commencé à arrêter de sortir boire des coups.

Je rentrais chez moi, je me concentrais sur mon boulot. J’aime beaucoup les gens mais des fois je n’ai pas besoin de les voir. J’ai eu besoin de rester dans mon coin pendant un an et demi, voire deux ans. Je voulais me concentrer sur mon projet, et je devais surtout apprendre à tout gérer. Il fallait dessiner le soir, dessiner les projets pour le lendemain ou les jours suivants… Et durant la journée, il fallait faire les commandes de matériel, monter les meubles, faire la comptabilité, toutes ces choses agaçantes. Il m’a donc fallu quasiment deux ans pour trouver mon rythme, savoir exactement quoi faire…

 

CONCERNANT LES PERSONNES QUE TU AS EMBAUCHÉES, COMMENT APPRÉHENDAIS-TU LA RELATION MAÎTRE ET APPRENTI ? CELA CHANGE-T-IL LA FAÇON DONT TU TRAVAILLES ?

Issa Maoihibou : Je ne l’appréhendais pas. Je me disais juste que ce serait quelqu’un qui pourrait me soulager de la masse de travail, sur des missions vraiment très basiques mais qui doivent être faites, comme monter et démonter un poste, faire un pansement, expliquer les soins, commander du matériel, faire le ménage… Toutes ces tâches qui font partie du tatouage mais qui ne sont pas liées à la création. Avec quelqu’un, je peux me concentrer sur la création. J’aime également transmettre les choses, même si je ne pensais pas que ça prendrait autant d’énergie, parce que je suis très exigeant. Je ne pensais pas l’être parce qu’auparavant j’étais seul, mais maintenant je le réalise. Quand Audrey fait quelque chose de travers, je lui dis sur un ton un peu agressif « mais qu’est ce que tu fais ? » 

 

PEUX-TU NOUS PRÉSENTER AUDREY EN TANT QU’APPRENTIE ?

Issa Maoihibou : Audrey vient de la bande dessinée, elle a fait deux écoles de BD. Quand j’ai lancé mon concours pour trouver un ou une apprenti-e, elle a gagné. Ce qui est assez drôle, c’est que je l’ai sélectionné parmi 130 personnes. Suite à une pré-sélection de 10 personnes, fondée uniquement sur le talent et les dessins, j’ai conservé les meilleurs, j’ai regardé leurs CV, leurs lettres de motivation, j’en ai rencontré quelques-uns… C’est lors de la toute fin que je me suis rendu compte que c’était l’une de mes clientes, sans le savoir, ce qui est assez drôle. Je l’avais rencontré il y a quelques années, et elle m’avait déjà dit qu’elle voulait être mon apprentie. Comme je l’ai dit précédemment, je suis assez exigeant – certains diront même un petit peu chiant – donc c’était une bonne chose et je me suis dit qu’au moins elle était motivée.

 

ET LOÏCK ?

Issa Maohibou : C’est d’abord une demande de sa part, il avait envie d’apprendre de nouvelles techniques. Il ne voulait pas forcément changer de style ; il souhaitait apprendre de nouvelles choses. Là où il était avant, il avait senti qu’il était arrivé à un certain pallier où l’évolution avait peut-être l’air un peu plus compliquée. Du coup, il s’est tourné vers moi et s’est proposé de devenir guest. Je lui ai d’abord proposé un jour de temps à autre, mais le courant est bien passé et petit à petit, il est resté ici.

 

CONCERNANT TON LIVRE, GEEK TATTOO : POP CULTURE IN THE FLESH, PEUX-TU NOUS DIRE COMMENT A GERMÉ L’IDÉE DE FAIRE CE RECUEIL DE TATOUAGES GEEK ? 

Issa Maoihibou : L’idée vient du fait que j’ai tatoué une demoiselle qui s’appelle Sabrina, qui est éditrice de ce livre. Comme tu peux le remarquer quand tu viens dans ma boutique, j’aime bien les livres. Ce n’est pas une bibliothèque de romans mais je possède beaucoup de livres, et j’ai au moins une fois et demi plus de livres chez moi. J’aime beaucoup les livres et surtout les beaux livres. Quand je l’ai tatoué, je me suis rendu compte qu’elle était éditrice et on en a discuté… et déjà à l’époque, j’étais en train de préparer un petit livre qui montrait avec des croquis le processus de tatouage. Je l’ai d’ailleurs vendu à la Japan Expo. Elle m’a ensuite proposé qu’on fasse un livre ensemble et j’ai adoré l’idée. C’est le même éditeur qui a sorti Geekart, un livre que j’aime beaucoup. Et le projet a commencé comme ça sur une proposition de Sabrina de Huginn & Muninn.

© Daily Geek Show

 

DANS LE PROCESSUS, COMBIEN DE TATOUEURS AS-TU CONTACTÉ ET COMMENT AS-TU FAIT POUR SÉLECTIONNER LES TATOUEURS GEEK DU LIVRE ?

Issa Maoihibou : J’ai voulu prendre en majorité des gens spécialisés dans le domaine. Le processus a été assez lent, ça a pris facilement un an et demi, même quasiment deux ans entre le moment où l’on s’est dit qu’on faisait le livre et aujourd’hui. Notamment parce que les tatoueurs ne sont pas très réactifs. Ils le sont en matière de tatouages mais ils ne prennent pas toujours le temps de répondre rapidement à cause de leur charge de travail. J’ai contacté par e-mail près d’une centaine de tatoueurs pour leur proposer de faire partie du livre. Pour beaucoup d’entre eux, on a vraiment dû insister encore et encore. Ils disaient oui au départ, mais il fallait par la suite leur envoyer les photos, les questionnaires, etc., et les relancer… Ça a pris un peu de temps.

 

POUR RESTER DANS LE THÈME UN PEU GEEK, SI TU DEVAIS TATOUER UN UNIVERS DE MANGA POUR TOUJOURS ? CE SERAIT LEQUEL ?

Issa Maoihibou : C’est une question très difficile ! Un univers, une oeuvre de manga ? Peut-être One Piece du coup. J’aime beaucoup l’univers de Sailor Moon, des Chevaliers du Zodiaque et il y a plein d’autres dessins animés que j’aime beaucoup comme Kill la Kill. Je pense aussi à Re:Creators, qui est un animé dans lequel les personnages viennent de romans, de jeux vidéo, d’animés et qui interagissent les uns avec les autres. Je te dis One Piece parce que j’aime beaucoup l’univers. Et surtout, il y a des centaines de personnages secondaires avec des design vraiment cool…

 

LA SUITE POUR TOI ?

Issa Maoihibou : Dans les projets pour la rentrée et cet hiver, on va faire des Walking Sunday [un dimanche, chacun peut se faire tatouer à l’improviste selon un thème précis N.D.L.R]. A peu près une fois par mois. On a fait ça un dimanche fin juin, sur le thème de Pokémon. En moyenne, entre deux et six mois d’attente sont nécessaires entre la demande du client et le moment où tu te fais tatouer. Tant mieux, je suis content, je suis occupé *rires*. Mais je me disais que ce serait bien d’avoir un peu de fraîcheur et de spontanéité de temps en temps. C’est une pratique qui se fait beaucoup dans plein de studios de tatouages. C’est également l’occasion de découvrir le talent de Loïck qui travaille chez moi, qui, lui, vient d’un univers un peu plus new school. Ce qui est bien avec le new school, c’est que tous les sujets peuvent être tatoués dans n’importe quel style.

ON VEUT QUE UNIQUE-HORN TATTOO SOIT UNE RÉFÉRENCE DANS LA CULTURE MANGA TATTOO

On veut que Unique-Horn Tattoo soit une référence dans la culture manga tattoo. Je me suis dit que c’était une bonne idée et que ça permettait aux gens qui avaient réellement envie de se faire tatouer chez moi de venir durant ces Walking Sundays, sans pour autant attendre des mois et des mois.… C’est bien parfois de casser la routine avec ce petit rendez-vous. De nouveaux clients viennent régulièrement et les anciens viennent aussi en entendant parler de ça. Unique-Horn Tattoo est un studio privé. Vous ne trouverez pas l’adresse sur Internet et je dis à mes clients de ne pas divulguer l’adresse. Et le Walking Sunday, c’est un des rares moments où les gens viennent.

Loïck Mori, Issa Maoihibou et Audrey Sparks 

 

QUEL EST LE GENRE DE TATOUAGE QUE L’ON TE DEMANDE LE PLUS ? Y A-T-IL UN UNIVERS QUI RESSORT, DES PERSONNAGES ?

Issa Maoihibou : Ce que l’on me demande le plus, c’est l’univers de Ghibli. Ensuite c’est Dragon Ball. On me demande au moins un à deux tatouages Dragon Ball par semaine.

 

ISSA, MERCI BEAUCOUP D’AVOIR PRIS DU TEMPS POUR NOUS ACCORDER CETTE INTERVIEW !

Issa Maoihibou : Merci au Daily Geek Show et à ses lecteurs pour leur intérêt !

 
 
Si vous voulez en découvrir encore plus sur Issa, nous vous invitons à rejoindre tout de suite sa page Facebook et son profil Instagram. N’hésitez pas à visiter son site aussi : Unique-Horn.com. Sachez qu’il sera exceptionnellement en séance dédicace le 19 octobre à partir de 17h30 au Manga Café ainsi que le 16 novembre au Dernier Bar avant la Fin du Monde !

Le livre Geek Tattoo : Pop Culture in the Flesh sort le 21 novembre en librairie mais vous pouvez d’ores et déjà le précommander sur Amazon ❤. Ne manquez pas cet ouvrage sublime regroupant plus de 80 tatoueurs internationaux et 500 oeuvres !

Nous vous invitons aussi à découvrir les profils Instagram d’Audrey Sparks (aka Audrafe) et de Loïck Mori qui méritent le détour.

 

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