— Marjan Apostolovic / Shutterstock.com

De récentes expériences sur des souris ont montré que l’activité de l’histamine induite par l’inflammation pouvait inhiber la libération de sérotonine dans le cerveau. Ce qui suggère le rôle clé de cette molécule dans l’apparition de la dépression.

Des expériences révélatrices

Bien que de nombreux travaux aient lié inflammation et dépression au fil des années, les principaux mécanismes causaux impliqués font toujours débat. Ayant impliqué l’utilisation d’un nouveau type de microélectrode implantable dans l’hippocampe de rongeurs afin de mesurer en temps réel leurs niveaux de sérotonine (neurotransmetteur essentiel à la régulation de l’humeur souvent ciblée par les traitements antidépresseurs), cette nouvelle étude publiée dans la revue JNeurosci pourrait avoir identifié l’un d’entre eux.

Pour déterminer par quels biais l’inflammation influençait l’activité de la sérotonine, les chercheurs ont injecté aux animaux une toxine connue pour déclencher des réponses inflammatoires, ce qui s’est traduit par une chute spectaculaire des niveaux de sérotonine dans leur hippocampe en l’espace de quelques minutes. La toxine utilisée dans l’expérience étant incapable de traverser la barrière hémato-encéphalique, l’équipe a estimé que l’inflammation était probablement responsable de la chute de sérotonine.

L’étape suivante a consisté à identifier le mécanisme à l’origine de la baisse du taux de sérotonine. Il s’est avéré que l’augmentation des niveaux d’histamine dans le cerveau, générée dans le cadre de la réponse inflammatoire des animaux, était directement en cause : celle-ci agissait sur les hétérorécepteurs inhibiteurs de l’histamine H3 au niveau des terminaisons sérotoniques.

L’inflammation chronique des sinus a récemment été liée à une modification de l’activité cérébrale — Leigh Prather / Shutterstock.com

L’administration d’un antidépresseur courant appartenant à la famille des inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS) n’ayant pas entrainé une augmentation des niveaux de sérotonine chez les rongeurs s’étant préalablement vu injecter la toxine, les chercheurs ont déduit que le composé réduisait la capacité du cerveau à éliminer l’histamine, interférant ainsi avec la régulation des niveaux de sérotonine. Afin de confirmer cette hypothèse, les souris ont été traitées simultanément avec des composés réduisant les niveaux d’histamine et l’antidépresseur, ce qui a permis de faire remonter leurs niveaux de sérotonine.

« Nos travaux mettent en lumière l’histamine en tant qu’acteur clé potentiel de la dépression »

Quasi systématiquement associée aux allergies et au rhume des foins, l’histamine joue un rôle crucial dans la réponse immunitaire de l’organisme aux agents pathogènes étrangers, et influence également les cycles de sommeil, la pression sanguine et la fonction sexuelle. Les antihistaminiques courants contre les allergies agissant en bloquant la capacité des molécules d’histamine à se lier à certains types de récepteurs d’histamine, il est important de comprendre que les antihistaminiques classiques prescrits pour les allergies n’ont aucun effet sur le mécanisme nouvellement identifié.

Dans cette étude animale, les chercheurs ont utilisé des composés réduisant drastiquement les niveaux d’histamine dans tout le corps. S’il est probable que le mécanisme histaminique induit par l’inflammation puisse expliquer l’efficacité variable des antidépresseurs ISRS d’un patient à l’autre, ces molécules s’avèrent vitales pour un certain nombre de fonctions corporelles. Par conséquent, des recherches supplémentaires seront nécessaires avant d’envisager de telles expériences chez l’Homme.

« Nos travaux mettent en lumière l’histamine en tant qu’acteur clé potentiel de la dépression », estime Parastoo Hashemi, auteur principal de l’étude. « Ce phénomène, et ses interactions avec la sérotonine, ou molécule du bien-être, pourrait donc constituer une nouvelle voie cruciale pour améliorer les traitements de la dépression. »

Les cellules vieilliraient prématurément chez les personnes souffrant de dépression — fizkes / Shutterstock.com

Une réaction et un trouble complexes

La dépression étant un trouble hétérogène, il est peu probable que ce mécanisme particulier en soit l’unique cause. Mais si l’hypothèse évoquée plus haut venait à être validée chez l’Homme et une cible pharmacologique identifiée, de nouveaux traitements de la dépression pourraient être mis au point, y compris ceux qui améliorent l’efficacité des ISRS actuellement disponibles en empêchant l’histamine de perturber les niveaux de sérotonine.

« L’inflammation est une réaction extrêmement complexe, intervenant à l’échelle de l’organisme », explique Hashemi. « La dépression l’est tout autant, et les substances chimiques impliquées sont affectées de multiples façons par des facteurs génétiques et environnementaux. Nous devons donc examiner des modèles plus détaillés de comportements dépressifs, tant chez la souris que chez l’Homme, pour obtenir une image plus complète des rôles de l’histamine et de la sérotonine dans la dépression. »

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