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Au XVe siècle, les Incas maîtrisaient mieux la trépanation que les Américains 400 ans plus tard

Pratiquée pendant des millénaires, elle a permis de sauver de nombreuses vies

En étudiant des centaines de crânes datant de l’ère précolombienne, une équipe de chercheurs américains est parvenue à l’étonnante conclusion que les médecins incas maîtrisaient la trépanation comme personne au XVe siècle.

Consistant à percer des trous dans le crâne du patient, la trépanation représente aujourd’hui une forme de chirurgie bien barbare, mais pendant des millénaires, elle a permis de sauver de nombreuses vies.

Pratiquée dès la préhistoire pour soulager la pression intracrânienne résultant de l’accumulation de fluides dans le cerveau après des chocs violents, elle a également été employée jusqu’au XXe siècle pour traiter les maux de tête chroniques et certains troubles neurologiques ou comportementaux.

Au fil des décennies, des crânes trépanés ont été découverts partout dans le monde, mais c’est au Pérou que se trouvaient les mieux conservés d’entre eux, se comptant par centaines.

Neurologue à l’université de Miami, David Kushner s’est associé à John Verano, bioarchéologue à l’université Tulane, et Anne Titelbaum, bioarchéologue à l’université de l’Arizona, pour établir le taux de réussite moyen des différentes civilisations qui pratiquaient cet art délicat.

Au total, l’équipe a examiné 421 crânes découverts sur les hauts plateaux péruviens (datant de 1 400 à 1 000 avant notre ère), 59 provenant de la côte sud du Pérou (400 à 200 avant notre ère) et 160 provenant de la région de Cuzco, capitale de l’Empire inca (XIVe et XVe siècle).

— © Rama / Wikimedia Commons

Lorsque la partie du crâne à la périphérie du trou pratiqué ne montrait aucun signe de guérison, les chercheurs estimaient que le patient était mort durant l’opération ou très peu de temps après. À l’inverse, des bords lisses indiquaient qu’il avait survécu des mois, voire des années.

« Les résultats obtenus étaient étonnants », explique Kushner. « Environ 40 % des individus du premier groupe avaient survécu à l’opération, contre 53 % du second, et 75 % à 83 % du troisième qui vécurent sous la domination inca. »

Les scientifiques évoquent un perfectionnement des techniques employées pour réaliser ces délicates opérations, caractérisé par des trous d’un diamètre moindre, nécessitant moins de perçage et permettant également de réduire le risque d’infection et de perforation de la membrane protectrice du cerveau appelée « dure-mère ».

« Pendant 1 000 ans, les méthodes employées pour réaliser les trépanations n’ont cessé de s’améliorer », commente Corey Ragsdale, bioarchéologue à l’université du Sud de l’Illinois. « Ce n’était pas une histoire de chance. L’habileté des hommes qui la pratiquaient était sans pareille : à l’époque inca, plusieurs patients ont d’ailleurs survécu à plusieurs trépanations successives. »

Plus étonnant encore, Kushner et Verano ont comparé ces chiffres à ceux de la guerre de Sécession, et sont parvenus à la conclusion que les médecins incas maîtrisaient mieux la trépanation que leurs homologues américains quatre siècles plus tard. Bien que les techniques employées soient extrêmement similaires, environ 50 % des patients opérés durant la guerre civile ne survivaient pas, contre 20 % seulement sous l’ère inca.

Il convient évidemment de replacer ces résultats dans leur contexte. Au XIXe siècle, la plupart des soldats souffraient de blessures par balle et étaient opérés directement sur le champ de bataille dans des conditions d’hygiène déplorables, ce qui favorisait les infections et augmentait drastiquement le risque de décès.

« Les traumatismes et types de blessures auxquels ils étaient sujets étaient évidemment bien différents de ceux qui touchaient les Incas, mais le taux de survie remarquable des trépanés péruviens constitue une preuve évidente de l’incroyable savoir-faire de ces civilisations anciennes », conclut Emanuela Binello, neurochirurgienne à l’université de Boston.

En 2024, une étude avait révélé que les Européens du Néolithique se promenaient avec des trous de 5,5 centimètres dans le crâne.

Par Yann Contegat, le

Source: Science Mag

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