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© Bundesarchiv, Bild 183-19000-1918 / CC-BY-SA 3.0

Le tumulte médiatique et l’intrusion dans la vie privée des personnalités publiques ne sont pas des phénomènes nouveaux. Dès le début du XXe siècle, des scientifiques, à l’instar des vedettes du divertissement, ont été sous les feux de la rampe, et l’exemple de Marie Curie est particulièrement éloquent. Alors que des scandales menaçaient de ternir son héritage, une autre figure de proue des sciences, Albert Einstein, est venue à son secours avec une lettre de soutien empreinte de sagesse.

Une carrière académique exceptionnelle éclipsée par les préjugés

Marie Curie a été la première femme à remporter un prix Nobel en physique en 1903, une distinction partagée avec son époux Pierre pour leurs découvertes sur la radioactivité. Elle décrochera ensuite le Nobel de chimie en 1911 pour ses travaux sur le polonium et le radium. Elle et Linus Pauling sont les deux seules personnes dans l’histoire à avoir reçu le prix Nobel dans deux domaines distincts.

Mais malgré ces accomplissements, elle a été confrontée à une discrimination flagrante, notamment lorsqu’elle a postulé pour une place à l’Académie française des sciences en 1910. Les médias français se sont alors déchaînés contre elle, brandissant des rumeurs infondées et des préjugés xénophobes. 

Les médias de droite aiment également évoquer les affaires personnelles de Marie de manière non scientifique et à travers des ragots, tout en glorifiant son adversaire, le scientifique Édouard Branly, pionnier de l’invention des ondes radio et de la transmission. Le 23 janvier 1911, Branly est élu de justesse à l’Académie française. Curie réagit comme elle l’a toujours fait face à un revers important : elle se plonge entièrement dans son travail.

L’affaire Langevin et la médiatisation d’une vie privée

La situation s’est exacerbée après le décès de Pierre Curie en 1906. Pierre Curie périt dans un accident de voiture à Paris, souffrant d’une fracture catastrophique du crâne. Marie et Paul Langevin, l’ancien doctorant et héritier de Pierre, sont tous deux bouleversés par cette perte. 

Mais Marie Curie et Paul Langevin ont ensuite entamé une relation affective, compliquée par le fait que Langevin était marié. Suite à une enquête privée menée par Jeanne, l’épouse de Langevin, les lettres d’amour entre les deux scientifiques ont été volées et menacées d’être divulguées. Marie Curie, déjà mise à mal par la presse, se retrouve une nouvelle fois en pleine tourmente.

Après que Jeanne eut officiellement demandé le divorce, la date du procès était prévue pour coïncider avec l’acceptation par Marie de son deuxième prix Nobel à Stockholm. Afin d’éviter toute humiliation potentielle, les membres du comité Nobel sont alors très inquiets et demandent discrètement à Marie Curie de ne pas assister à la cérémonie de remise des prix. 

Einstein, un allié inattendu

Lors d’une conférence scientifique à Bruxelles en octobre 1911, où Einstein était également présent, Marie Curie apprend que sa relation avec Langevin est devenue une affaire publique en France. Curie et ses filles sont contraintes de se réfugier chez des connaissances à Paris, dont le mathématicien Émile Borel, menacé de licenciement après avoir été accusé par le ministre de l’Instruction publique de porter atteinte à la réputation académique française.

Face à la pression sociale et médiatique, elle trouve un soutien inestimable en la personne d’Einstein, qui lui écrit une lettre le 23 novembre 1911. Marie Curie a reçu une lettre d’Albert Einstein l’encourageant d’aller à Stockholm. Cela montre qu’Einstein avait un point de vue très différent. Il l’exhorte à ignorer les détracteurs et à poursuivre son travail important.

« Ne vous moquez pas de moi qui vous écris sans avoir rien de raisonnable à dire. Mais je suis tellement furieux de la bassesse avec laquelle le public ose aujourd’hui s’occuper de vous qu’il faut absolument que je donne libre cours à ce sentiment », écrit Einstein.

Des vies complexes dans un contexte social complexe

Marie Curie s’est rendue à Stockholm pour recevoir son prix pour ses découvertes révolutionnaires du radium et du polonium, peut-être inspirée par Albert Einstein. Curie et Langevin ne seront plus jamais ensemble en tant que couple, mais leur relation professionnelle et amicale perdure. 

Einstein et Curie se lient d’amitié, partageant des moments en famille et collaborant même lorsque des sentiments anti-allemands montent en France dans les années 1920. Marie Curie décède en 1935, laissant un héritage scientifique indélébile, en partie préservé grâce au soutien d’Einstein et à sa propre résilience face à l’adversité. Ce chapitre de l’histoire nous rappelle que les questions de genre, de moralité et de notoriété publique ont toujours été intimement liées et sont encore pertinentes aujourd’hui. Pour aller plus loin, voici 7 faits méconnus sur Marie Curie, cette éminente chercheuse qui a révolutionné la science.

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