La “loi sur le handicap” a été promulguée il y a 15 ans lors du second mandat de Jacques Chirac, par le gouvernement Raffarin. Elle avait pour objectif de favoriser “l’égalité des droits et des chances”, ainsi que “la participation et la citoyenneté des personnes handicapées”. Depuis ce 11 février 2005, des conférences nationales sur le handicap ont également lieu tous les trois ans. Mais que reste-t-il vraiment de ces velléités d’inclusion ? 

LA LOI SUR LE HANDICAP

Le président Emmanuel Macron, à l’occasion de l’anniversaire de la loi mais également de la cinquième conférence sur le handicap, avait annoncé au terme de celle-ci les nouvelles mesures qu’il allait mettre en place pour une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap. Coup de communication à l’approche des municipales ou véritable sollicitude à l’égard de ces personnes ? Il s’est en tout cas engagé, entre autres, à créer 6 000 nouvelles places d’hébergement ou à faire en sorte que les enfants en situation de handicap soient mieux scolarisés. Mais la question de la mobilité reste toujours en suspens.

La loi sur le handicap accordait dix ans aux commerces, écoles et transports pour devenir tout à fait accessibles aux personnes en situation de handicap physique, auditif/visuel et mental, qui représentent par ailleurs des millions de Français. Pourtant, quinze ans après la création de cette loi, nous observons que les personnes à mobilité réduite font toujours face à d’énormes difficultés quand il s’agit d’emprunter les transports en commun : chaque moment de leur journée est un challenge. Seulement 3 % du métro parisien (soit 9 stations sur 303) est accessible aux personnes à mobilité réduite, et environ 62 % du réseau de transport francilien leur est inaccessible. 

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LE QUOTIDIEN DE PERSONNES À MOBILITÉ RÉDUITE

Le Monde a suivi le quotidien d’Alexandre Martel, jeune homme de 24 ans atteint de paralysie cérébrale depuis sa naissance et qui, quotidiennement, se rend à la délégation de l’APF France handicap, où il lutte afin que les réclamations des personnes handicapées soient entendues. Chaque jour, c’est un parcours du combattant puisqu’il ne peut pas prendre le métro. Il est donc obligé de prendre un bus, le seul type de transport en commun qui est entièrement adapté aux personnes à mobilité réduite. En effet, les 4500 bus en service dans Paris sont tous munis d’une rampe d’accès que les chauffeurs doivent déployer en cas de besoin. Il suffit d’un seul problème (bus supprimé, ascenseur permettant d’accéder au RER B à Denfert-Rochereau)  pour qu’un simple trajet devienne un cauchemar. Résultat, il va mettre 1h10 pour faire un trajet qui aurait pu être effectué en beaucoup moins de temps : il prendra un bus, un RER et pour finir le tramway.

Mais Alexandre Martel n’est pas le seul dans cette situation. Depuis qu’elle a 20 ans, Liliane Morellec est atteinte de sclérose en plaques qui l’empêche de conduire mais également de travailler. Elle s’est confiée au Monde. Pour se déplacer, elle n’a qu’une seule solution : les bus du PAM dédiés aux Yvelines et Hauts-de-Seine, PAM signifiant “Pour un accès à la mobilité”. Ce service a été mis en place en 2003 pour pallier les carences des transports en commun. Il est financé par les départements, la région et Ile-de-France Mobilités. À Paris, 5000 personnes à mobilité réduite bénéficient régulièrement de ce service public de transport collectif.

Mannig Georgelin est une collégienne parisienne qui souffre d’une amyotrophie spinale (il s’agit du nom que l’on donne à “un groupe de maladies héréditaires caractérisées par une faiblesse et une atrophie des muscles”). Elle se plaint également du manque d’accessibilité aux transports dans Paris, et a écrit une lettre à l’attention des candidats aux élections municipales de son arrondissement dans le but de les rendre conscients des difficultés qu’elle rencontre tous les jours. “La spontanéité de mes déplacements est quasi impossible, car il est nécessaire de prévenir les transporteurs au minimum trois jours à l’avance sur l’horaire de l’aller et du retour pour être sûre d’avoir un véhicule au moment voulu, écrit-elle. De plus, depuis quelques mois, les chauffeurs sont obligés de grouper les courses. Concrètement, cela signifie qu’il faut faire des détours sur le trajet habituel pour aller chercher un autre passager, et nous ne sommes évidemment jamais prévenus à l’avance de cette situation, ce qui a pour conséquence de retarder notre arrivée.”

LES FAILLES DES TRANSPORTS PUBLICS

Mais le PAM est toutefois loin d’être optimal. Liliane Morellec fustige le fait qu’elle “puisse se voir refuser une course parce qu’il s’agit d’un loisir”, qu’il faille réserver bien à l’avance, que les retards soient souvent conséquents mais également son coût, assez cher par rapport à un ticket de métro normal : c’est 8,20 euros le trajet de moins de 15 kilomètres alors qu’un ticket de métro classique coûte 1,90 euro. Il n’est pas normal que les personnes à mobilité réduite doivent assumer les difficultés dues à leur condition, qu’ils n’ont pas choisie, et Liliane Morellec dénonce une vraie “assignation à résidence”.

Elle est très inquiète car elle pense que ces “failles catastrophiques et aberrantes” engendreront “un isolement total” si les choses changent et que la qualité du service empire. « On en a marre d’être des oubliés, des citoyens de seconde zone. Les politiques ne pensent à nous que lorsque notre voix est bonne à prendre. » Les PAM se rendent tout à fait compte de leurs carences, et répondent que si le prix de ces courses est élevé, c’est tout simplement parce qu’il est nécéssaire d’assurer des véhicules adaptés, et dont le conducteur est un accompagnateur formé.

Beaucoup de personnes en situation de handicap, mais surtout à mobilité réduite, nourrissent l’espoir que l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques à Paris en 2024 incitent les administrations concernées à lancer des travaux visant à rendre plus accessible le métro parisien. Mannig Georgelin prend l’exemple d’Athènes, qui “était arrivé à rendre ses quatre lignes de métro accessibles en 2004”. Elle ajoute que “ça serait fou qu’on n’arrive pas à faire la même chose ici”. En juillet 2019, Valérie Pécresse a sollicité la RATP afin qu’elle lance des études “pour rendre tout ou partie de la ligne 6 accessible”. La présidente de la région Ile-de-France a pour but, pour 2024, de rendre accessible au moins 60 % du réseau francilien aux personnes en situation de handicap.

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