Dans le cadre d’un vaste essai clinique, cet anti-inflammatoire stéroïdien bon marché et largement disponible a été administré à des milliers de patients atteints de formes graves de Covid-19 et a permis de réduire d’un tiers le nombre de décès chez ceux ayant été placés sous respirateur.

Une baisse importante du nombre de décès pour les formes graves de la maladie

La dexaméthasone est le premier médicament à réduire les décès dus au coronavirus, qui a entraîné le décès de plus de 430 000 personnes dans le monde. Les chercheurs comptent une diminution d’un tiers des décès chez les patients gravement touchés par le coronavirus et placés sous respirateur. « C’est un résultat surprenant », estime Kenneth Baillie, médecin aux soins intensifs de l’université d’Edimbourg, et membre du comité directeur de l’essai RECOVERY. « Il est clair que cela aura un impact massif à l’échelle mondiale. »

Annoncés via un communiqué de presse ce mardi, ces résultats prometteurs feront prochainement l’objet d’une publication dans une revue scientifique.

Lancé en mars dernier, l’essai RECOVERY est l’un des plus grands essais randomisés et contrôlés au monde concernant les traitements potentiels contre le coronavirus. Dans le cadre de celui-ci, 2 100 sujets ont reçu de la dexaméthasone à une dose faible ou modérée (soit six milligrammes par jour) pendant dix jours, et leurs résultats ont ensuite été comparés à ceux d’environ 4 300 personnes ayant reçu des soins standard pour une infection au coronavirus.

Si l’effet de la dexaméthasone a été plus frappant chez les patients gravement malades placés sous respirateur, une amélioration a également été constatée chez ceux recevant un apport supplémentaire en oxygène mais n’étant pas placés sous respirateur, avec une diminution de 20 % du risque de décès. Tandis que l’anti-inflammatoire stéroïdien n’a eu aucun effet chez les sujets présentant des formes plus légères de Covid-19.

Peu après la publication des résultats, le gouvernement britannique a annoncé qu’il avait immédiatement autorisé l’utilisation de la dexaméthasone pour les patients hospitalisés et atteints de formes graves de Covid-19.

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« C’est une avancée majeure »

« C’est une avancée majeure », déclare Peter Horby, spécialiste des maladies infectieuses à l’université d’Oxford, et chercheur principal de l’essai. « L’utilisation de stéroïdes pour traiter les infections respiratoires virales telles que le Covid-19 a été controversée. Les données des essais de stéroïdes lors des épidémies de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et de syndrome respiratoire du Moyen-Orient causées par des coronavirus apparentés n’étaient pas concluantes. »

« Néanmoins, étant donné la grande disponibilité de la dexaméthasone, et certains résultats prometteurs des études sur les stéroïdes lors de précédentes flambées, il était nécessaire de tester ce traitement dans le cadre d’un essai clinique rigoureux. »

Les directives de traitement de l’Organisation mondiale de la santé et de nombreux pays ont mis en garde contre le traitement des personnes atteintes de coronavirus par des stéroïdes, et certains chercheurs se sont inquiétés des rapports anecdotiques faisant état d’une généralisation du traitement par stéroïdes. Ces substances inhibent le système immunitaire, ce qui pourrait apporter un certain soulagement aux patients dont les poumons sont ravagés par une réponse immunitaire trop intense se manifestant parfois pour les cas graves de Covid-19. Mais ces patients peuvent encore avoir besoin d’un système immunitaire pleinement fonctionnel pour se défendre contre le virus lui-même.

L’essai RECOVERY suggère qu’aux doses testées, les avantages du traitement stéroïdien pourraient l’emporter sur les inconvénients potentiels. L’étude n’a révélé aucun effet indésirable du traitement, pouvant « être administré à la quasi-totalité des patients » souligne Horby.

Et le schéma de réponse – avec un impact plus important sur les cas graves de Covid-19 et aucun effet sur les infections légères – correspond à l’idée qu’une réponse immunitaire trop intense est plus susceptible d’être néfaste à long terme pour les cas graves. « Lorsque vous êtes dans un état nécessitant que vous soyez placé sous respirateur, c’est généralement que vous avez une réponse inflammatoire anormale ou excessive qui contribue autant à la morbidité et à la mortalité que tout effet viral direct », souligne Anthony Fauci, directeur de l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses.

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Un traitement facile à administrer

Jusqu’à présent, le seul médicament dont l’efficacité avait été démontrée pour les cas de Covid-19 dans le cadre d’un vaste essai clinique contrôlé et randomisé était l’antiviral remdesivir. Mais bien que celui-ci ait réduit le temps que les patients pouvaient passer à l’hôpital, il n’a pas eu d’effet statistiquement significatif sur le nombre de décès. Bien que Gilead Sciences, société pharmaceutique basée en Californie le produisant, ait pris des mesures pour augmenter sa production, celui-ci n’est actuellement disponible que pour un nombre limité d’hôpitaux dans le monde et s’avère complexe à administrer (injections pendant plusieurs jours).

La dexaméthasone, en revanche, est un produit médical de base que l’on trouve dans les rayons des pharmacies du monde entier et qui est disponible sous forme de comprimé. Un avantage particulier étant donné que les infections à coronavirus continuent d’augmenter dans les pays où l’accès aux soins de santé est limité. « Pour moins de 60 euros, vous pouvez traiter 8 patients et sauver une vie », souligne Martin Landray, épidémiologiste à l’université d’Oxford ayant supervisé l’essai RECOVERY.

« Trouver des traitements efficaces comme celui-ci modifiera l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les vies et les économies du monde entier », estime Nick Cammack, chercheur chez Wellcome, organisation caritative britannique de recherche biomédicale basée à Londres. « Bien que cette étude suggère que la dexaméthasone ne bénéficie qu’aux cas graves, ce traitement permettra de sauver d’innombrables vies. »

Selon les chercheurs, les résultats pourraient également avoir des implications pour d’autres maladies respiratoires graves, comme le syndrome de détresse respiratoire aiguë. « Je pense que cela bénéficiera aux patients bien au-delà du Covid-19 », conclut Kenneth Baillie.

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