La scientifique américaine Rebekah Jones affirme avoir été renvoyée du ministère de la Santé par le gouverneur de Floride pour s’être opposée à la censure de certaines informations, visant à justifier le plan de réouverture de la Floride. Explications.

Un licenciement polémique

Le jour même où les restaurants, cinémas, salles de sport et salons de coiffure de la quasi-totalité des comtés floridiens étaient autorisés à rouvrir leurs portes, et les plages de l’État à nouveau accessibles au public, Rebekah Jones, conceptrice et responsable de la base de données statistiques relatives au Covid-19 présentée par la Maison-Blanche comme un modèle de transparence et d’intégrité, était renvoyée du ministère de la Santé de Floride sur ordre de l’administration du gouverneur Ron DeSantis.

Jones a expliqué qu’elle avait été dans un premier temps mise sur la touche pour avoir protesté contre la censure de certaines informations que le document incluait, puis licenciée pour avoir refusé de « modifier manuellement les données afin de soutenir le plan de réouverture » de l’État. Allégation niée par un porte-parole de DeSantis, qui a insisté sur le fait que la scientifique avait été licenciée pour comportement perturbateur et insubordination.

Sans surprise, l’annonce du renvoi de Jones a entraîné de vives réactions de la part de nombreux chercheurs de Floride, affirmant que des statistiques précises et impartiales étaient absolument essentielles pour la gestion en période de crise sanitaire. De leur côté, les démocrates ont estimé que cette décision avait été motivée par des raisons politiques, le républicain Ron DeSantis étant un proche soutien de Donald Trump.

Selon Jeremy Konyndyk, chargé de mission au Centre pour le développement mondial, qui avait coordonné la lutte contre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest sous Obama, « cette déclaration soulève des questions sur les chiffres encourageants de la Floride ces derniers temps ». Tandis que Terrie Rizzo, présidente du parti démocrate de Floride, a estimé que « l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante » était « indispensable ».

Capture d’écran de la base de données en ligne créée par Rebekah Jones – © Florida Department of Health, Division of Disease Control and Health Protection

Des précédents dans l’État de Géorgie

Il s’avère que cette controverse trouve également des parallèles en Géorgie, où le bureau de Brian Kemp, autre gouverneur républicain, avait été forcé de présenter ses excuses pour avoir intégré des chiffres erronés dans la base de données de santé publique de l’État, montrant une prétendue tendance à la baisse des cas de coronavirus.

Le 18 mai dernier, DeSantis avait insisté sur le fait que la Floride était sur une voie sûre pour la « première phase » de la réouverture, soulignant que les médias avaient prédit un nombre massif de décès et d’hospitalisations n’ayant jamais eu lieu et que les statistiques de l’État indiquaient que le pic de cas avait été franchi.

Mais le gouverneur, qui s’est récemment entretenu avec Mike Pence, vice-président des États-Unis, au sujet de la réouverture de la Floride au tourisme, a également été accusé de dissimuler les véritables chiffres relatifs au nombre de décès dus au coronavirus en Floride (où la barre des 2 000 morts a été franchie il y a quelques jours, pour près de 50 000 cas confirmés).

Dans une déclaration écrite, Helen Aguirre Ferre, porte-parole du gouverneur de Floride, a expliqué que « Rebekah Jones avait fait preuve d’insubordination à plusieurs reprises, notamment en décidant de modifier unilatéralement les tableaux sans l’approbation de l’équipe épidémiologique ou de ses superviseurs », et précisé qu’un tel comportement « ne pouvait être toléré durant cette crise sanitaire sans précédent », ce qui avait conduit le ministère de la Santé « à déterminer qu’il était préférable de la licencier ».

« Ils font beaucoup de modifications. Je vous conseille d’être diligents dans votre utilisation de ces données »

Spécialiste de l’analyse des donnéesdata scientist ») également diplômée en géographie et en journalisme, Rebekah Jones avait elle-même conçu cette base de données statistiques relatives au Covid-19. Disponible en deux langues, celle-ci détaille notamment le nombre de décès, de cas, ainsi que des personnes testées et suivies par comté, code postal ou statut de résident/non-résident. « J’ai travaillé seule sur ce projet, 16 heures par jour pendant deux mois, la plupart du temps sans être payée », a expliqué Jones, dans un courriel adressé au Tampa Bay Times.

« Ils font beaucoup de modifications. Je vous conseille d’être diligents dans votre utilisation de ces données », a-t-elle ajouté.

Selon le quotidien floridien, qui a eu accès aux mails reçus par Jones, certains exigeaient notamment qu’elle supprime les données relatives aux cas de Floridiens ayant signalé des symptômes liés au coronavirus des mois avant que leurs cas ne soient confirmés.

Les scientifiques s’appuyant sur cette base de données n’ont pas manqué de condamner ces actes. « À l’instar de nombre de mes collègues, je suis perplexe », a déclaré Jennifer Larsen, de l’université de Floride. « Lorsqu’un ouragan arrive, vous disposez de données radar et d’un suivi qui vous permettent de savoir quand vous mettre à l’abri. Si nous n’avons pas connaissance des véritables chiffres, les conséquences pourraient être dramatiques pour la population. »

— Gorodenkoff / Shutterstock.com

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Alain Smeekensbarthelemy M. Auteurs de commentaires récents
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barthelemy M.

Bien sûr, ca fait partie du complot démocrate pour scier la branche sur lequel est assis Trump! Rien à faire, les investisseurs attendant leurs dividendes!