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— sg-naturephoto.com / Shutterstock.com

Dans l’immensité sauvage et glacée de la Laponie, à quelques kilomètres au sud du cercle polaire arctique, repose un mystère archéologique fascinant. La découverte d’un cimetière préhistorique, baptisé Tainiaro, bouleverse les conceptions de l’âge de pierre et de l’étendue des déplacements des sociétés préhistoriques. Situé dans une région isolée, ce site défie les attentes et pose des questions fondamentales sur les pratiques funéraires des hommes de la Préhistoire, en particulier dans des environnements aussi rudes et reculés.

Découverte et signification du site

Découvert par hasard en 1959 par des ouvriers lors de l’extraction de sable, le site n’avait pas attiré l’attention nécessaire. Tainiaro est un cimetière préhistorique situé au sud du cercle polaire arctique, dans la forêt boréale du nord de la Finlande. Cette découverte pose une question intrigante : pourquoi les hommes préhistoriques ont-ils choisi un tel endroit pour leurs rites funéraires? Le site, qui date de 6 500 ans, est potentiellement l’un des plus grands cimetières de l’âge de pierre en Europe du Nord.

Initialement négligé après sa découverte, le site de Tainiaro a été redécouvert et étudié plus sérieusement il y a une trentaine d’années par une équipe dirigée par Tuija Laurén, mais le financement du projet s’est épuisé et les résultats n’ont jamais été publiés. Aujourd’hui, la reprise des fouilles par Tuija Laurén et un groupe de l’université d’Oulu a permis de réaliser la première photographie complète du site. 

Les travaux récents ont révélé que le cimetière contenait environ 200 corps, un nombre significativement plus élevé que les estimations antérieures. Ce chiffre est remarquable, compte tenu du froid extrême qui règne dans cette partie du monde. Selon Aki Hakonen, principal auteur de l’étude et membre du département d’archéologie de l’université d’Oulu, « la recherche sur Tainiaro montre que des cimetières apparemment importants ont également existé près du cercle polaire ».

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© Tuija Laurén / Aki Arponen

Caractéristiques et recherches sur le site

Cette découverte en milieu extrême pose des questions sur les pratiques funéraires des sociétés préhistoriques et l’existence potentielle d’autres cimetières similaires dans la région. En raison des conditions acides du sol, les restes physiques, y compris les os, se sont complètement décomposés au fil des millénaires. 

Les archéologues doivent donc s’appuyer sur les fosses funéraires allongées. Afin d’étayer leur théorie selon laquelle ces trous étaient utilisés pour l’inhumation d’êtres humains, les scientifiques ont comparé la forme de ces fosses cohérentes avec plus de 800 autres tombes de l’âge de pierre provenant de 14 cimetières d’Europe du Nord. 

Les fosses contenaient des traces de matière carbonisée et des pigments d’ocre rouge, ce qui permet de mieux comprendre les pratiques funéraires de ces peuples. La signification de ces éléments reste incertaine, mais ils pourraient indiquer des croyances culturelles profondes, possiblement liées au feu et à la chaleur, éléments vitaux dans les régions subarctiques.

Un regard neuf sur l’âge de pierre

Pour surmonter les difficultés liées à l’état du site, les chercheurs ont commencé à cartographier Tainiaro à l’aide d’images radar géophysiques. Cette approche permettra d’obtenir des informations supplémentaires sans perturber physiquement le site. De plus, ils espèrent que des études et des fouilles supplémentaires pourront fournir de nouveaux détails qui clarifieront la civilisation énigmatique qui se cache derrière ce cimetière.

Des analyses de sol sont envisagées pour détecter des cheveux fossilisés, souvent utilisés dans les rituels funéraires de l’époque. Ces analyses pourraient également révéler des informations sur les animaux et les oiseaux dont les fourrures et les plumes étaient apparemment utilisées dans ces rituels. L’objectif est de collecter de l’ADN ancien et d’autres données chimiques pour apporter une preuve claire de l’interprétation des sépultures ou permettre des découvertes totalement nouvelles.

L’étude, publiée dans la revue Antiquity, pourrait révolutionner la perception des sociétés préhistoriques, en particulier en ce qui concerne leurs pratiques funéraires et leur répartition géographique. Les résultats de ces études pourraient redéfinir la compréhension de la mobilité et de la dispersion des populations de l’âge de pierre.

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