— Martin Prochazkacz / Shutterstock.com

De nouvelles recherches suggèrent que durant l’apogée de l’industrie de la chasse à la baleine, au XIXe siècle, les cachalots ont appris à éviter les attaques au harpon en s’enseignant mutuellement des « tactiques défensives ».

Une baisse spectaculaire du taux de harponnage

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Biology Letters, des experts ont analysé les journaux de bord numérisés des baleiniers américains évoluant dans le Pacifique Nord et ont constaté que le taux de harponnage avait chuté d’environ 58 % au cours des premières années de la chasse industrielle à la baleine.

Une telle baisse ne pouvant être attribuée à d’autres facteurs tels que des baleiniers ou des équipages initialement plus performants ou l’abattage d’individus particulièrement vulnérables, les chercheurs ont conclu que les cétacés partageaient des informations essentielles sur la chasse et avaient modifié leur comportement pour survivre.

Les modèles utilisés par l’équipe ont révélé que les capacités sociales avancées des cachalots leur avaient permis d’apprendre des « tactiques défensives » auprès d’autres spécimens ayant survécu à des rencontres antérieures avec des baleiniers. Plusieurs journaux de bord faisant notamment mention d’une communication du danger au sein des groupes sociaux, de fuite à l’approche des baleiniers et de plongée dans les eaux profondes pour échapper aux tirs de harpon.

« Les unités sociales naïves ont appris ces mesures défensives auprès des unités sociales expérimentées et les ont adoptées »

Avant l’Homme, les orques constituaient les prédateurs les plus sérieux pour les cachalots. Alors que ces derniers se rassemblaient en groupes évoluant lentement à la surface et combattaient les orques à l’aide de leurs mâchoires ou de leurs nageoires, cette stratégie s’avérait bien vaine face aux baleiniers, et avait surtout pour effet de faciliter leur travail.

« Nous suggérons que les unités sociales naïves ont appris ces mesures défensives auprès des unités sociales expérimentées et les ont adoptées », estiment les auteurs de l’étude. « Les rencontres avec les baleiniers duraient généralement des heures et les cachalots, grâce à leurs systèmes d’écholocation et de communication, pouvaient probablement échanger et coordonner leur comportement sur des distances de plusieurs kilomètres. »

Toujours selon l’équipe, cette remarquable capacité des cachalots, « voire potentiellement d’autres espèces », à modifier leur comportement aussi rapidement face à de nouvelles menaces constitue la preuve d’une évolution culturelle, l’apprentissage social ayant eu lieu trop rapidement pour que celle-ci soit génétique.

Des animaux toujours menacés

Bien que la chasse commerciale à la baleine ait été interdite en 1986, en vertu d’un moratoire établi par la Commission baleinière internationale, plusieurs pays, dont l’Islande, la Norvège et le Japon, poursuivent leurs activités, généralement sous le couvert de la chasse « scientifique ».

Ces mammifères massifs sont également menacés par les navires, la pêche à la palangre et la modification de la disponibilité de la nourriture, alimentée par le changement climatique.

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