Un CubeSat de moins de six kilogrammes vient d’emporter du tritium en orbite. Cette source nucléaire ne propulse rien : elle fournit un courant continu pendant des décennies et pourrait annoncer une génération de satellites capables de rester actifs en permanence.

BOHR embarque une source d’énergie nucléaire discrète en complément des panneaux solaires
Le 7 juillet 2026, une fusée Falcon 9 a décollé de Californie. Parmi ses passagers se trouvait un appareil peu ordinaire. En effet, baptisé BOHR, pour Betavoltaic Orbital High-Reliability, ce CubeSat commercial développé par City Labs transporte une source électrique basée sur la désintégration du tritium. Ainsi, il s’agit d’une première dans le secteur spatial privé.
Cependant, la formule mérite une précision importante. BOHR n’est pas entièrement « nucléaire ». En réalité, ses fonctions principales restent alimentées par des panneaux solaires classiques. Par ailleurs, le générateur NanoTritium fournit séparément l’électricité à une charge utile expérimentale. Dès lors, le satellite agit comme un laboratoire volant, puisqu’il teste la fiabilité de cette technologie en conditions réelles.
Le fonctionnement bêtavoltaïque transforme la désintégration du tritium en électricité continue
À bord, aucun réacteur ni réaction en chaîne n’est utilisé. De plus, aucun combustible n’est porté à haute température. En effet, le tritium est un isotope radioactif de l’hydrogène qui émet des particules bêta, essentiellement des électrons, en se désintégrant. Ensuite, leur énergie est captée par un semi-conducteur, qui la transforme directement en courant, selon un principe proche du photovoltaïque.
Certes, la puissance obtenue reste modeste. Par conséquent, il est impossible d’alimenter un moteur spatial ou un émetteur gourmand. En revanche, elle suffit pour faire fonctionner des horloges, des mémoires ou des capteurs. De plus, elle alimente aussi des circuits de sécurité. Grâce à une demi-vie de 12,3 ans, le tritium produit ainsi de l’électricité pendant plus de vingt ans.
Ainsi, cette endurance change la logique des petites missions. En effet, un satellite solaire traverse souvent l’ombre de la Terre et doit alors utiliser des batteries soumises à de nombreux cycles. À l’inverse, une source bêtavoltaïque délivre un courant continu, même dans l’obscurité. Par conséquent, elle peut sécuriser des équipements critiques dans les cratères lunaires, les régions polaires ou les zones éloignées du Soleil.
L’usage du nucléaire dans l’espace s’inscrit dans une longue histoire depuis les années 1960
À première vue, l’expérience de City Labs semble futuriste. Pourtant, le lien entre nucléaire et espace est ancien. Dès les débuts de l’ère orbitale, les États-Unis ont testé des générateurs radio-isotopiques sur les satellites Transit. Ensuite, les sondes Voyager ont utilisé des systèmes transformant la chaleur du plutonium 238 en électricité. Aujourd’hui encore, ces générateurs fonctionnent.
Par ailleurs, la guerre froide a produit des projets plus ambitieux. En effet, certains satellites soviétiques de reconnaissance radar utilisaient de véritables réacteurs nucléaires. Toutefois, l’un d’eux, Kosmos 954, a connu une rentrée incontrôlée en 1978. Ainsi, des débris radioactifs se sont dispersés dans le nord du Canada, ce qui a déclenché la vaste opération Morning Light.
Les enjeux militaires et civils d’une alimentation autonome durable pour les satellites
D’une part, BOHR ne transporte ni uranium enrichi ni générateur au plutonium. D’autre part, les électrons émis par le tritium traversent difficilement la peau humaine et peuvent être contenus par un blindage léger. Par conséquent, le risque reste limité. Toutefois, toute matière radioactive impose des contrôles stricts, notamment lors de la fabrication, du lancement et de la rentrée atmosphérique.
Au-delà de l’exploit technique, l’intérêt est stratégique. En effet, les armées cherchent des satellites plus résistants, capables de fonctionner malgré les éclipses ou les pannes de batteries. De plus, ils doivent résister aux attaques visant leurs panneaux solaires. Ainsi, une alimentation autonome peut maintenir en vie des systèmes critiques. D’ailleurs, BOHR a été développé dans le cadre d’un contrat américain de défense.
Enfin, des usages civils apparaissent également. Par exemple, on pense aux capteurs sous-marins, aux stations polaires ou aux infrastructures isolées. Ces dispositifs pourraient fonctionner longtemps sans maintenance. Certes, la batterie nucléaire ne remplacera pas les panneaux solaires. Néanmoins, elle pourrait devenir leur assurance discrète. Dès lors, une question demeure : jusqu’où accepter ces sources radioactives miniatures en orbite ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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