Un seul exemplaire, un record de vitesse jamais battu depuis, et pourtant aucune descendance : lancé par l’URSS à la fin des années 1960, le K-222 fila à 44,7 nœuds en immersion, près de 83 km/h, une performance qu’aucun sous-marin n’a jamais égalée.

Un pari métallurgique sur un métal impossible à souder
Pour dépasser toutes les vitesses connues, les ingénieurs soviétiques écartent l’acier et misent sur le titane. Ce métal offre une résistance supérieure pour un poids moindre, ne rouille presque pas et reste amagnétique, ce qui le rend discret face aux mines et aux détecteurs magnétiques des avions de chasse anti-sous-marins.
Restait un obstacle de taille : à l’époque, personne ne sait souder le titane à grande échelle. Le chantier de Severodvinsk doit donc inventer la soudure sous argon et travailler en salle blanche pour éviter la moindre contamination. Le coût grimpe à tel point que la marine surnomme le bâtiment le « Poisson d’or ».
Pourquoi le plus rapide était aussi le plus bruyant
Sous l’eau, la vitesse se paie en bruit. Plus une coque fend l’eau vite, plus le vacarme hydrodynamique enfle, selon une logique physique implacable que le titane ne pouvait pas contourner. Deux réacteurs nucléaires délivraient ici 80 000 chevaux, une puissance calibrée pour 38 nœuds que la coque dépassa pourtant très largement lors des essais.
Au-delà de 35 nœuds, le fracas à bord évoquait déjà le rugissement d’un avion à réaction. Les témoins des essais estimèrent le niveau sonore à plus de 100 décibels dans le poste de commande.
Ce tapage avait surtout une conséquence redoutable. Il noyait le sonar du bâtiment, l’empêchant de repérer ses cibles au moment précis où il fonçait. Sprinter revenait ainsi à foncer aveugle, tout en s’annonçant à des kilomètres à la ronde.
Un chasseur de porte-avions lancé aux trousses de l’US Navy
Le K-222 avait une mission limpide : couler les porte-avions américains. Il emportait pour cela dix missiles de croisière tirables en plongée, complétés par quatre tubes lance-torpilles à l’avant.
Dès sa première patrouille, à l’automne 1971, il prit en chasse le groupe aéronaval de l’USS Saratoga dans l’Atlantique Nord, le filant à grande vitesse. La suite fut moins glorieuse : des fissures dans la coque imposèrent trois ans de réparations, avant qu’une avarie sur son réacteur, en 1980, ne précipite son retrait du service actif.
L’impasse qui a pourtant fondé toute une lignée
Trop cher, trop long à bâtir, trop bruyant : la marine soviétique renonça vite à produire le moindre navire jumeau. Sept années séparent d’ailleurs la pose de la quille de la mise à l’eau, un délai que les plaques de titane défectueuses et les fissures à répétition ne cessèrent d’allonger. Le record de 44,7 nœuds resta donc l’œuvre d’un exemplaire unique, jamais reproduit.
Son véritable héritage se cache ailleurs. Grâce au savoir-faire acquis sur le titane, l’URSS put ensuite lancer les redoutables sous-marins des classes Alfa et Sierra. Le K-222 ne fut jamais un succès militaire, mais il aura appris à tout un pays à dompter un métal d’avenir.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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