
Au début des années 1990, la Russie s’est lancée dans un projet aussi improbable que spectaculaire : changer la nuit en jour à l’aide d’un miroir spatial géant agissant comme une sorte de veilleuse céleste.
Un concept innovant
L’idée a germé dans l’esprit fertile de Vladimir Syromyatnikov, l’un des ingénieurs aéronautiques les plus réputés du pays, qui s’était illustré en 1975 avec le système d’amarrage du vol d’essai Apollo-Soyouz, impliquant, comme son nom l’indique, la coopération des États-Unis et de l’Union soviétique au cœur de la Guerre froide.
Dès les années 1980, l’URSS commence à envisager sérieusement la possibilité d’utiliser un miroir spatial comme voile solaire pour propulser des engins spatiaux, mais il faut attendre sa chute, et l’émergence de la Fédération de Russie, pour qu’un tel projet se concrétise. À l’époque, les grandes entreprises du pays s’intéressent de près à la technologie pour une raison bien différente : augmenter l’ensoleillement quotidien et ainsi stimuler la productivité.
Si le tout premier prototype, baptisé Znamia, est testé sur la terre ferme, son petit frère va connaître un tout autre destin. Fait de plastique et recouvert d’aluminium, ce miroir circulaire de 20 mètres se distingue par son extrême finesse et son poids plume (moins de 4 kilogrammes). Une fois en orbite, il pourra capter le rayonnement solaire au-delà de la courbure de la Terre, et le réfléchir vers une zone encore plongée dans l’obscurité.
Arrimé à un Progress M-15, engin spatial sans équipage utilisé pour ravitailler la station Mir, Znamia 2 prend son envol le 27 octobre 1992. Il faut ensuite attendre la nuit du 4 février 1993 pour qu’il soit enfin largué et déploie ses « ailes ».
Mission initiale accomplie
Pendant une poignée de minutes, Znamia 2 va parvenir à réfléchir un faisceau lumineux d’environ 4 kilomètres de diamètre en direction de l’Europe, bien avant le lever du Soleil. Alors que les cosmonautes évoquent un disque de lumière glissant à la surface de la planète, les rares observateurs au sol ont aperçu un bref éclair lorsque le faisceau est passé au-dessus de leurs têtes et a traversé une mer de nuages.
Forte de ce succès, la Russie envisage un dispositif plus ambitieux, constitué d’une constellation de miroirs spatiaux encore plus grands pour éclairer 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 des chantiers de construction ou des sites forestiers situés dans des régions du pays non raccordées au réseau électrique.
Le lancement de Znamia 2.5 a lieu en 1999, mais l’opération tourne au fiasco lorsque le miroir s’accroche à une antenne lors de son déploiement. Un temps envisagé, Znamia 3 ne verra finalement jamais le jour.
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