Un vieux fort chinois, oublié par un traité colonial, est resté sans gouvernement pendant près d’un siècle. Résultat : ses habitants y ont empilé 350 immeubles, sans permis ni urbanisme. Ce quartier est ainsi devenu l’endroit le plus densément peuplé jamais recensé, avant sa démolition dans les années 1990.

Un vide administratif né d’un oubli dans un traité colonial de 1898
En 1898, le Royaume-Uni négocie l’extension de son territoire à Hong Kong. La convention laisse alors de côté un vieux fort chinois, planté sur la péninsule de Kowloon. Pékin continue de le revendiquer. Londres, de son côté, ne l’administre jamais vraiment.
Ni la police coloniale ni les autorités chinoises ne mettent vraiment les pieds dans cette enclave sans loi. Après l’occupation japonaise, des réfugiés fuyant la guerre civile chinoise s’y installent. La population grossit alors sans discontinuer, pendant des décennies, loin de tout contrôle.
Sans urbanisme ni permis, une ville verticale bâtie par empilement
Les habitants n’ont ni permis de construire, ni code du bâtiment à respecter. Ils font dès lors ce qu’aucun urbaniste n’aurait autorisé ailleurs : ils empilent les étages. Les promoteurs ajoutent sans cesse de nouvelles structures au-dessus des anciennes. Ils utilisent le moindre mètre carré disponible.
Le résultat frôle l’absurde. Les immeubles se touchent presque mur à mur. Les ruelles se réduisent à des couloirs à peine praticables. Pourtant, deux ascenseurs seulement desservent l’ensemble des tours, qui comptent treize à quatorze étages.
Cette anarchie finit pourtant par produire une cohérence involontaire. Aucune tour n’a de fondations solides à elle seule. Les 350 bâtiments s’appuient donc littéralement les uns sur les autres. Cette structure collective, aucun bureau d’études ne l’aurait jamais validée sur le papier.
1,25 million d’habitants au kilomètre carré, un record jamais approché
En 1987, environ 33 000 personnes vivent entassées sur 2,6 hectares d’immeubles interconnectés. La densité approche alors 1,25 million d’habitants par kilomètre carré. À titre de comparaison, Manille est aujourd’hui la mégapole la plus dense au monde. Elle plafonne autour de 44 000 habitants au kilomètre carré.
L’écart donne le vertige. Kowloon comptait près de trente fois la densité de Manille. Même Dharavi, à Mumbai, l’un des bidonvilles les plus surpeuplés de la planète, reste pourtant loin derrière. Il n’atteint qu’une fraction infime de cette concentration humaine record.
Cette promiscuité n’empêche pas une vie économique dense : cabinets dentaires collés à des cuisines, ateliers clandestins, salons de mahjong. Ainsi, de 1950 à 1970, les triades locales contrôlent le quartier, où prospèrent jeu, prostitution et trafics en tout genre.
De la démolition en 1993 à un jardin impérial sur les ruines du quartier
Hong Kong se prépare à repasser sous souveraineté chinoise. Dans ce contexte, l’enclave devient un problème gênant, autant pour Londres que pour Pékin. Le gouvernement colonial annonce aussitôt sa démolition, en janvier 1987. Les travaux ne débutent toutefois qu’en mars 1993, après des années de négociations sur le relogement.
Sur ces ruines, Hong Kong plante un jardin inspiré des parcs impériaux du sud de la Chine. Le Kowloon Walled City Park ouvre ses portes en décembre 1995. Son design avait même reçu un diplôme lors de l’exposition horticole internationale de Stuttgart, en 1993.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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