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Biais du survivant : l’histoire révélatrice d’un avion et d’un casque criblés de balles

« Ma grand-mère a fumé trois paquets de cigarettes par jour toute sa vie et a vécu jusqu’à cent ans »

Casque Brodie
Casque Brodie porté par les Marines en 1917 — © Joshua R. Murray / Wikimedia Commons

Indissociables de l’esprit humain, les biais cognitifs peuvent prendre de nombreuses formes. On s’intéresse aujourd’hui à l’un des plus célèbres : le biais du survivant.

Grand-mère fumeuse et casque Brodie

Vision partielle et trompeuse de la réalité, le biais du survivant consiste à prendre des exceptions statistiques pour des généralités. Ce qui implique dans de nombreux cas la surévaluation des chances de succès d’une initiative en se focalisant sur une minorité de réussites.

Le cas de la fameuse grand-mère ayant fumé trois paquets de cigarettes par jour toute sa vie et s’étant paisiblement éteinte dans son sommeil à l’âge de 95 printemps en constitue un bon exemple, mais d‘autres s’avèrent encore plus parlants.

Au cours de la Première Guerre mondiale, les généraux alliés auraient commencé à s’inquiéter de l’augmentation de cas de traumatismes crâniens chez leurs soldats, coïncidant avec l’introduction du casque Brodie. Si le nouvel équipement semblait être à l’origine de ces blessures, il permettait en réalité à beaucoup plus de soldats de survivre.

— © McGeddon / Wikimedia Commons

Impacts de balles

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Américains avaient constaté que la plupart de leurs bombardiers revenaient criblés d’impacts de balles dans trois zones principales : le fuselage, les ailes et la queue. À première vue, renforcer ces éléments (image ci-dessus) semblait constituer un bon moyen de réduire le nombre de victimes lors de raids aériens. Cependant, il s’agissait encore un fois d’une vision biaisée du problème.

En examinant les données disponibles, le statisticien Abraham Wald s’est rapidement rendu compte qu’elles concernaient exclusivement les appareils « survivants ».

Concrètement, les impacts de balles dans le fuselage, les ailes et la queue des avions ayant pu rejoindre la terre ferme indiquaient qu’il ne s’agissait pas de zones critiques. La solution consistait donc précisément à renforcer les autres éléments de l’appareil afin d’augmenter les chances de survie des pilotes.

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