
Pouvant peser jusqu’à 40 tonnes, les baleines à bosse sont connues pour engloutir quotidiennement des quantités vertigineuses de nourriture. Des scientifiques ont récemment documenté une étonnante stratégie de prédation nocturne chez ces cétacés.
L’union fait la force
En étudiant un groupe de Megaptera novaeangliae évoluant au large des côtes du Massachusetts, David Wiley et ses collègues avaient remarqué qu’elles émettaient une double vocalisation lorsqu’elles évoluaient près du fond et dans des conditions de faible luminosité, suggérant qu’elles coordonnent leurs mouvements.
Intriguée, l’équipe a utilisé des balises équipées de caméras pour suivre leurs déplacements et leurs interactions. L’analyse de ces données a révélé une technique de prédation coopérative, n’étant pas sans rappeler celle des vélociraptors de Jurassic Park.
Pendant qu’un individu longeait le fond sablonneux, afin de déloger les lançons enfouis dans les sédiments, deux autres M. novaeangliae surgissaient et se plaçaient respectivement à 11 heures et 1 heure, ouvrant la gueule lorsqu’elles se trouvaient suffisamment proches de l’éclaireuse et engloutissant avidement les poissons en fuite.
Au total, sur les 110 épisodes de chasse benthique (au niveau du fond marin) documentés, 79 % impliquaient une collaboration étroite au sein de groupes de trois à quatre baleines, illustrant la nature hautement sociale de ces cétacés et leurs remarquables capacités cognitives.

Plus de nourriture et moins d’énergie dépensée
D’après l’équipe, l’adoption d’une telle stratégie pourrait être liée à la rareté des proies, ou viser à maximiser la quantité de nourriture engloutie, réduisant ainsi significativement la quantité d’énergie dépensée dans cette activité.
Mais comme le rappelle Wiley, aussi ingénieuse soit l’approche, elle expose également les cétacés à un risque d’enchevêtrement dans le matériel de pêche qui parsème le fond marin, notamment les casiers et filets maillants, décrits comme omniprésents.
« Mieux comprendre ces comportements uniques nous aidera à orienter les stratégies de conservation », concluent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiology.
Il y a deux ans, les baleines à bosse étaient entrées dans le club très fermé des animaux utilisant des outils de chasse, dans ce cas des « filets de bulles ».