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Avec des étés plus longs sans banquise, les ours polaires risquent de basculer vers la famine

Quand la banquise disparaît plus longtemps, l’ours polaire ne perd pas seulement son terrain de chasse. Il perd du temps, de l’énergie, puis du poids. Une étude récente montre que même les stratégies les plus intuitives ne suffisent plus. Et c’est peut-être là que l’histoire devient franchement inquiétante.

Ours polaire marchant sur une toundra rocheuse, avec des morceaux de banquise au loin sous un ciel gris arctique.
Privé plus longtemps de banquise, l’ours polaire doit survivre sur terre avec des ressources alimentaires insuffisantes – DailyGeekShow.com / Image Illustration

L’allongement des étés sans glace bouleverse la survie des ours polaires

Pendant longtemps, l’image semblait presque simple : un prédateur taillé pour la glace, obligé d’attendre son retour pour repartir chasser le phoque. Pourtant, dans l’ouest de la baie d’Hudson, au Manitoba, cette attente s’étire. Désormais, l’été sans glace dure plus longtemps, et ce décalage change tout, jusque dans la mécanique intime de la survie.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de paysage. L’ours polaire est un colosse construit pour le gras, pas pour picorer ce qu’il trouve sur la toundra. En effet, là où un grizzli peut diversifier son menu, lui dépend d’une ressource bien précise, riche, dense, presque irremplaçable : les phoques capturés depuis la banquise.

Le suivi de vingt ours révèle une perte d’énergie impossible à compenser

Pour comprendre ce qui se joue sur terre, des chercheurs de l’Alaska Science Center de l’USGS ont observé vingt ours polaires durant 19 à 23 jours, entre août et septembre, de 2019 à 2022. Pour cela, ils ont combiné caméras, colliers GPS, mesures de dépense énergétique et pesées avant-après : jusque-là, rarement une telle surveillance estivale avait été menée aussi finement.

Le résultat, publié le 13 février 2024 dans Nature Communications, coupe toutefois court à une idée séduisante. En moyenne, les animaux étudiés ont perdu près d’un kilo par jour. Autrement dit, même lorsqu’ils bougent peu, même lorsqu’ils explorent, même lorsqu’ils tentent de manger, l’équation énergétique reste défavorable.

Le détail est, en revanche, encore plus frappant. Certains mâles ont passé plus de 40 % de leur temps à chercher de quoi avaler : baies, herbes, varech, carcasses d’oiseaux ou de caribous. Pendant ce temps, d’autres se sont couchés pour économiser leurs forces. Au final, un seul ours a réussi à prendre du poids, grâce à une chance rarissime : la carcasse d’un mammifère marin échouée à terre.

Le régime terrestre ne peut pas remplacer la chasse au phoque sur la banquise

Depuis quelques années, une hypothèse revenait régulièrement : et si l’ours polaire finissait par adopter un comportement plus proche de celui du grizzli ? Sur le papier, l’idée intrigue. Pourtant, dans les faits, le corps raconte une autre histoire. Un mâle polaire peut approcher 600 kilos, avec des besoins énergétiques qui n’ont rien de comparable.

C’est là, justement, que la comparaison se fissure. Le grizzli sait exploiter des ressources terrestres variées, alors que l’ours polaire reste spécialisé à l’extrême. Or son métabolisme réclame des proies très riches en lipides, et la terre ferme n’offre qu’un menu de dépannage. En somme, de quoi tenir un peu, pas de quoi traverser des saisons sans glace toujours plus longues.

Dans la baie d’Hudson, les plus vulnérables paient déjà le prix du réchauffement

Cette étude ne flotte pas dans le vide. Dans l’ouest de la baie d’Hudson, la population d’ours polaires a déjà reculé d’environ 30 % depuis les années 1980, tandis que la saison sans glace s’est allongée de plusieurs semaines. Ainsi, ce que racontent les capteurs rejoint ce que montre le terrain depuis des décennies : les réserves s’épuisent plus vite.

Tous les ours ne paieront pourtant pas le même prix. Les chercheurs soulignent notamment que les jeunes individus et les femelles accompagnées de petits sont les plus exposés. En effet, quand l’énergie manque, ce sont souvent les organismes les plus fragiles qui basculent d’abord. La faim ne frappe jamais de manière parfaitement égalitaire, même chez les grands prédateurs.

Le plus troublant, peut-être, tient à ce renversement discret. Longtemps, l’ours polaire a servi de symbole du changement climatique parce qu’il semblait résumer une menace lointaine. Désormais, il incarne autre chose : une limite biologique très concrète. Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir s’il s’adaptera, mais combien de temps un chasseur de glace peut encore tenir sur une terre qui ne l’a jamais vraiment nourri.

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