— John White, circa 1585-1593 © The Trustees of the British Museum, CC BY-NC-SA

Après que Christophe Colomb a atteint les Amériques en 1492, d’autres Européens s’y sont également rendus. Mais la période qui s’est achevée en 1609 a particulièrement marqué la création d’un monde internationalisé et moderne. Cette période a notamment apporté des richesses incroyables au territoire européen, mais également des événements historiques tragiques ou des maladies venant des peuples autochtones. Les dates et personnages clés qui ont marqué l’histoire des colonies européennes sont connus grâce à de nombreux textes et des illustrations. Néanmoins, les archéologues ne connaissent pas encore tout au sujet de l’histoire des indigènes d’Amérique du Nord et ont estimé beaucoup de dates finalement erronées. Bien heureusement, de nouvelles méthodes permettent de remédier à cela.

Des hypothèses remises en question

Mais comment pouvons-nous expliquer que les hypothèses sur la chronologie conventionnelle des populations indigènes d’Amérique du Nord soient remises en question ? Afin de répondre à cette question, des chercheurs de l’université Cornell, de l’université de Géorgie et du New York State Museum ont lancé le projet Dating Iroquoia. Ils ont ainsi utilisé la datation au radiocarbone et la modélisation statistique afin de dater les matériaux organiques provenant des sites iroquois situés dans la Mohawk Valley de New York et en Ontario au Canada et de déterminer quand les peuples autochtones étaient réellement actifs dans ces endroits.

Les archéologues considèrent qu’une colonie indigène était active notamment en matière de commerce de marchandises européennes, comme le métal et les perles de verre. Depuis les toutes premières missions commerciales de traite des fourrures dans les années 1580, les archéologues datent les premières apparitions aux alentours de 1580-1600, période aussi appelée “Perle de verre 1”. Ils savent de surcroît que le commerce avait lieu avant cette période. La période “Perle de verre 2” est datée entre 1600 et 1630. Durant celle-ci, de nouveaux produits ont été introduits et le commerce s’est fait plus fréquent. Toutes les datations basées sur le commerce concernant la présence des communautés indigènes n’ont cependant pas été prouvées par les archéologues.

Pour commencer les analyses, les chercheurs ont étudié deux sites en Ontario : Warminster et Ball. Depuis plusieurs années, les archéologues ont pu montrer que ces deux sites ont des liens directs avec le territoire européen. En effet, Samuel de Champlain aurait séjourné à Warminster en 1615 et 1616. De nombreuses marchandises ont également été trouvées sur ces sites. Par ailleurs, les chercheurs ont analysé des plantes datées au radiocarbone, ce qui leur a permis de confirmer que les estimations historiques précédemment réalisées étaient cohérentes. Ainsi, les indigènes ont vécu vers 1565-1590 à Ball et vers 1590-1620 à Warminster.

Néanmoins, les hypothèses concernant d’autres sites iroquois ont été remises en question par les archéologues. Les relations avec l’Europe y sont bien moins étroites. En ayant recours au radiocarbone, les chercheurs ont constaté des différences par rapport aux estimations précédemment établies qui s’appuyaient sur la présence ou l’absence de plusieurs produits européens. Par exemple, le site Mantle, situé au nord-est de Toronto, est aujourd’hui le village le plus fouillé en Ontario. Lors de fouilles réalisées entre 2003 et 2005, les archéologues ont daté la période de présence des peuples autochtones de Wendat entre 1500 et 1530, car il leur manquait la plupart des biens commerciaux. Néanmoins, les nouvelles datations au radiocarbone situent désormais cette période entre 1586 et 1623 ou entre 1599 et 1614. Les activités sur d’autres sites appartenant à ces mêmes communautés ancestrales sont également plus récentes que ce que pensaient les archéologues auparavant. Par exemple, le site Draper originellement daté de la seconde moitié des années 1400, est désormais daté entre 1521 et 1557 grâce à la datation au radiocarbone.

Enfin, les archéologues ont étudié des sites de la vallée Mohawk, située dans l’État de New York. Au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, les rivières de cette vallée constituaient une voie de transport majeure pour le commerce avec l’Europe. Encore une fois, les chercheurs ont constaté, à l’aide de la datation au radiocarbone, que la date n’est pas exacte.

Mais pourquoi la chronologie précédente est-elle incorrecte ?

Les archéologues ont constaté qu’ils avaient soutenu à tort que les biens commerciaux étaient également en circulation dans ces régions et en ont donc déduit à tort que les peuples autochtones étaient de même présents à certaines périodes. En effet, contrairement à ce qu’ils pensaient, la coutume Wendat veut par exemple que chaque membre découvre par lui-même la route commerciale. Il apparaît donc logique que les répartitions de ces peuples en fonction des périodes soient inégales. Par ailleurs, certaines archives ont également montré que des groupes autochtones refusaient tout lien avec les Européens. Des missionnaires jésuites décrivaient par exemple un village qui n’utilisait plus de biens français, les étrangers et leurs biens ayant été accusés de transmettre des maladies.

En outre, certains sites ne sont fouillés que partiellement, d’autres sont détruits ou parfois même inconnus. De plus, les objets utilisés et conservés dans les colonies peuvent différer de ceux intentionnellement déposés dans des cimetières. Les archives archéologiques peuvent également être pillées. Tout cela rend donc encore plus complexe la datation exacte de l’histoire indigène d’Amérique du Nord.

Une nouvelle datation qui interroge sur l’histoire sociale, politique et économique des communautés autochtones

Ces nouveaux constats établis par les archéologues soulèvent alors des questions essentielles sur l’histoire sociale, politique et économique des communautés autochtones d’Amérique du Nord.

Les chercheurs placent le début de la période d’activité de ces communautés au milieu du XVe siècle. Néanmoins, les nouvelles datations au radiocarbone ont révélé que certains des sites importants datent plutôt du milieu du XVIe au début du XVIIe siècle. Une nouvelle chronologie qui pose alors la question de savoir comment les premières relations avec les Européens ont eu lieu et quel rôle elles ont réellement joué.

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swapof

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